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qui a tué Palomino Molero
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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 11:35 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

      Mario Vargas Llosa , Qui a tué Palomino Molero,
     Commentaires de Jean Pierre Le Blond

Lieux
 
 
Le roman a été publié en 1986. Le titre fait attendre un roman policier dans un pays d'Amérique latine .
L'essentiel du roman se déroule dans la ville de Talara et ses environs . Talara est située sur la côte nord-est du Pérou, pas très loin de la frontière avec l'Equateur. La bourgade donne sur la mer et possède un port de pêche au
fond d'une baie encadrée par deux môles. (p.  33, 37-38, 146) La baie est fermée au sud par un promontoire dominé par un phare et appelé Punta Arena. C'est dans ce secteur que se trouvent la crique abritée où se baigne Dona
Adriana (p.112) et le rocher aux crabes où le lieutenant Silva et Lituma sont allés se poster pour l'épier.
La bourgade est encadrée
par la zone réservée et gardée de la compagnie pétrolière sur le promontoire de Punta Arena. (p.11) et par
l'enceinte également fermée et gardée de la base aérienne et de l'aéroport à quelques kilomètres
(plus d'une heure de marche), au nord-est vers l'intérieur des terres (p.37-38) La plage des pêcheurs où 
Lituma rencontre Dona Adriana (p.78), où le colonel Mindreau vient faire des aveux à Silva se trouve à proximité
du port de pêche (p 146, 148).
La ville comptait 84 .978 habitants en 2005 mais à l'époque du récit (1954), ce n'est qu'une petite ville. (27957 habitants en 1961)
Le gendarme Lituma est originaire de Piura où vit également Dona Asunta, mère de Palomino Molero. Piura se
trouve à 116 kms au sud-est de Talara, à l'intérieur des terres.Le gendarme vient y passer ses jours de congé
avec ses cousins et amis. Piura possède également une base aérienne  que  le colonel Mindreau a commandée
pendant 2 ans avant d'être muté à Talara 3 mois avant le début du récit (p.47) La ville de Piura comptait
377.469   habitants en 2005, à l'époque du récit, elle semble déjà plus peuplée que Talara
. (72.096 habitants en 1960)
Après la découverte de la lettre anonyme, Silva et Lituma se rendent à Amotape pour interroger Dona Lupe.
Amotape est située 50kms au sud de Talara,  à l'ouest de l'axe routier Piura-Sullana-Talara. Et plus près de la
mer que de Sullana.
Le chevrier a découvert la victime sur le chemin de Lobitos, au nord de Talara.
 De la gendarmerie Alicia Mindreau suit Silva et Lituma jusqu'au Rocher aux crabes où elle les surprend en train d'épier Dona Adriana. D'après la description (p.112), la crique doit se situer un peu au-delà de Punta Arena.
Au retour ils franchissent le grillage qui sépare les installations de l'International et le bourg de Talara.
Ils passent ensuite devant l'hôpital de la compagnie, devant la capitainerie du port et l'hôtel Royal (p.122)
puis ils entrent dans Talara (p.124-125), passent derrière l'église et arrivent au poste de gendarmerie (p.131)
Le récit se déroule donc dans un espace relativement restreint qui en accroît l'intensité dramatique. 
 


Dernière édition par Dan.L le Mer 31 Jan - 12:14 (2018); édité 1 fois
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 11:35 (2018)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 11:37 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

Mario Vargas Llosa, qui a tué Palomino Molero , chronologie 
 
  
 
Le mémorandum rédigé par le colonel Mindreau permet d'établir la chronologie des événements (p. 39) D'après ce document Palomino, âgé de 18 ans et entré à la base aérienne de Talara le 15 janvier 1954, a disparu dans la nuit du 23 au 24 mars, il a été assassiné
après 3 ou 4 jours de désertion (p. 44), le 27 ou 28 mars 1954. Le récit débute avec la découverte de son cadavre par un chevrier,
sans doute le lendemain. Dona Lupe révèle qu'il est arrivé  chez elle avec Alicia Mindreau, qu'ils devaient repartir le dimanche mais
ont été enlevés le samedi soir (p.96,et sont restés deux nuits (p.97) et deux jours.Ils sont donc arrivés le jeudi soir, le jeudi 25 mars
si l'on se reporte au calendrier de l'année 1954. L'enlèvement a eu lieu le samedi 27 mars, l'assassinat , la nuit même ou le lendemain
dimanche du fait que le colonel n'y a pas participé et avait donné l'ordre d'une éxécution  avec une balle dans la tête (p.159-160) .) 
L'enquête commence le dimanche 28 mars ou le lundi 29 mars. Elle a duré exactement 19 jours, selon le lieutenant Silva ( p.152)
quand le colonel Mindreau vient lui faire des aveux sur la plage des pêcheurs, le jeudi 15 ou le vendredi 16 avril. Le dénouement
intervient 3 jours plus tard (p173) . Cela faisait en effet 3 jours que Dona Adriana se montrait hilare et que Silva paraissait
renfrogné et mal à l'aise quand parvient le télégramme annonçant la mutation des deux gendarmes  le dimanche 18 ou le
lundi 19 avril..
 


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 11:39 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

Mario Vargas Llosa, Qui a tué  Palomino Molero ? Le narrateur
 
Un narrateur omniscient
Le roman commence par la bordée de grossièretés débitées par le gendarme Lituma à la vue du cadavre de Palomino Molero. Il s'achève sur la même bordée de grossièretés quand il apprend sa mutation pour un  trou lointain. La présence du narrateur s'efface derrière le personnage mais quoique discrète, apparaît immédiatement. Le récit à la troisième personne et au passé est conduit par un narrateur qui sait tout des événements et des personnages. Il intervient dans le récit pour donner au lecteur des informations nécessaires au lecteur. Ainsi, il présente le chauffeur de taxi Don Jeronimo et décrit les services qu'il rend à la gendarmerie, souvent de mauvais gré. (p. 11) Plus loin le narrateur décrit son arrivée à la gargote de Dona Adriana quand il doit conduire Silva et Lituma au bureau du colonel Mindreau (p. 35).Au chapitre 2, il décrit Lituma passant son jour de congé à Piura d'où il est originaire et où il retrouve ses cousins et amis « les indomptables ». (p.13 De même, il raconte les circonstances dans lesquelles Matias Querocotillo avait entendu chanter Palomino. (p.33-34). Il décrit aussi la situation d'Amotape, son environnement et la légende à l'origine de son nom. (p.84-85) Tout au long du récit, il décrit les actions et les réactions de Silva et Lituma  au cours de leur enquête et de leurs allées et venues. (p.57,63-64,73,76, enquête au bordel), (p.78), enquête à Amotape (p. 89 à 111), scène du rocher aux crabes et enquête près d'Alicia Mindreau (p.112 à 145),  scène sur la plage des pêcheurs, avant et après l'arrivée du colonel Mindreau (p.146 à 172), chapitre 8 sur les commentaires après la conclusion de l'enquête.
 
Un récit focalisé sur le personnage de Lituma.
Mais le plus souvent, le récit focalisé sur Lituma reproduit son point de vue et le lecteur découvre les personnages et les choses telles que les voit Lituma. Or Lituma vient d'entrer dans la gendarmerie (p. 25),  son regard et ses réactions sont celles d'un novice : il se ravise, au dernier moment avant de décrocher le cadavre, en se souvenant qu'il faut attendre l'arrivée du juge et le constat. (p.11- 12)
Dès le début, le lecteur découvre la victime à travers le regard horrifié de Lituma (p.9)  Dans la suite du récit, le lecteur suit  l'enquête, les personnages  et les événements avec le gendarme novice qui se révèle un observateur très attentif du déroulement de l'enquête menée par son supérieur.
Le lecteur découvre le lieutenant Silva avec le regard de Lituma , admiratif pour l'impartialité de son chef et critique sur son comportement privé et surtout sur sa fascination pour Dona Adriana (p.36)
Avec Lituma
-le lecteur s'interroge sur l'attitude du lieutenant Silva face au colonel Mindreau (p 41 et 42) et admire sa fermeté jointe à sa correction réglementaire. (p.  42, 43,44,46,48,49)
- il s'interroge sur le moment choisi par Silva pour intervenir au bordel (p.61) et admire sdon habileté à faire parler Dufo' en le réconfortant (p. 65,66,69, 76). Il se désole de son échec (p .70)
- il se demande quand Silva va en venir à l'enquête avec Dona Lupe (p.86,88, 90). Il comprend sa stratégie de diversion puis sa façon d'exploiter la terreur de Dona Lupe. (p.92,94, 95)
- Il observe l'attitude courtoise de Silva avec la fille du colonel.
 (p.121,127)
Lituma fait preuve de la même acuité dans l'observation des réactions des interlocuteurs de son chef .
-attitude du colonel (p. 41,44,47,49) et (p. 150,151,154,159, 160, 162, 164-166)
- terreur de Dona Lupe (p. 87,94)
Il note avec curiosité l'hilarité de Dona Adriana et l'abattement de Silva (p. 173-174) au dernier chapitre.
La prédominance de la focalisation sur le gendarme novice fait partager au lecteur les difficultés  et les rebondissements de l'enquête en même temps que l'habileté de l'enquêteur principal.


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 17:07 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

Mario Vargas Llosa Qui a tué Palomino Molero ? Un roman policier 
  
Comme le titre l'annonce le roman a les caractéristiques d'un roman policier.  
I-                   L’énigme policière et les rebondissements de l’enquête
A- Le roman s'ouvre sur la réaction horrifiée du gendarme Lituma à la vue du  cadavre découvert par le chevrier. (p. 9). 
Ce constat a lieu probablement le lundi 29 mars. La victime est rapidement identifiée par le chauffeur de taxi. (p.12)  
Mais à partir de là, le mystère s'épaissit. Comment expliquer un tel acharnement sur un  petit chanteur de boléros,  
« silencieux et timide » selon le patron du Riobar (p.26) 
B- Les difficultés de l'enquête La première déposition de dona Asunta, mère de Palomino  n’est évoquée que par un bref rappel. (p.24) tout comme la première
entrevue avec le colonel Mindreau, 3 jours avant la seconde. (p.39) 
Le récit insiste sur les difficultés de l'enquête. Lituma  venu passer sa journée de congé à Piura, les explique à ses 2 cousins
et à Josefino, leur ami commun. L'absence de témoins et le refus de coopérer des autorités de la base aérienne rendent la tâche particulièrement ardue. (p.14) Les déclarations de Dona Asunta, mère de la victime que Lituma a pris l'initiative d'interroger, accroissent le mystère :  pourquoi Palomino, dispensé de service militaire et apparemment peu fait pour la vie militaire, a-t-il
décidé d'entrer à la base aérienne de Talara en déclarant à sa mère qu'il avait besoin d'aller à Talara et que c'était une
question de vie ou de mort (p.22) Seule piste exploitable. L'hypothèse d'un amour impossible avec une femme du côté de
l'aéroport. (p.28, 29) Le lieutenant Silva avoue au chauffeur de taxi que l'enquête n'a pas avancé (p. 36). Lituma continue
à déplorer le refus de coopérer du colonel Mindreau et le deuxième rendez-vous, confirme son refus. (p.31-32,52) Pourtant,
à la surprise de Lituma, le lieutenant Silva se déclare satisfait de l'entretien (p.50-51) Il a acquis la certitude en observant
les efforts du colonel pour masquer son trouble et sa nervosité (p.51) que celui-ci  « sait une mégachiée de choses ». (p.51)
Il a pu constater en outre ses rapports conflictuels avec sa fille.
C- Une enquête à rebondissements
Le premier rebondissement intervient au chapitre IV, à la suite de la nouvelle du scandale provoqué par un « sous-bite »
au bordel de Talara, 3 jours de suite. Le lieutenant Silva  a l’intuition que l’attitude bizarre de l’auteur du scandale cache
quelque chose. (p.56) Il décide de se rendre sur les lieux à tout hasard. (p.57)  Il sait attendre le moment d’intervenir et
parvient à faire progresser l’enquête. Il a désormais la conviction que tout le monde à la base aérienne sait ce qui s’est
passé et que le lieutenant Dufo  sait qui a tué Palomino.(71-72,76) Sa rage vengeresse contre le colonel et sa fille et ses
propos sur le châtiment mérité de Palomino ne sont pas encore exploitables mais peuvent orienter vers l’hypothèse d’une
rivalité amoureuse entre Dufo et Palomino qui reste à confirmer. La lettre anonyme que Lituma découvre enroulée à la poignée
de porte du poste de gendarmerie, à son retour, constitue un second rebondissement en fournissant une piste précise (p.82)
qui paraît sérieuse à Silva. (p.88)
Le déplacement de Silva et de Lituma à Amotape, au chapitre V, fait considérablement avancer l’enquête. Le témoignage de
Dona Lupe permet d’établir que Palomino s’est enfui de la caserne et a trouvé refuge  à l’hôtellerie de Dona Lupe avec une jeune
fille. Les deux amoureux sont restés deux jours et deux nuits et ont été enlevés, le samedi soir, alors qu’ils projetaient de
se rendre à San Jacinto, le dimanche, pour demander au prêtre de les marier. Ils ont été enlevés par deux hommes en uniforme
arrivés en jeep : un homme jeune et armé, particulièrement menaçant (p.103, et un homme plus âgé, le père de la jeune fille,
qui a tenté de calmer les autres. A ce stade, Silva sait que les auteurs de l’enlèvement sont Dufo et le colonel Mindreau mais
n’a pas encore la preuve qu’ils sont aussi les tueurs. (p.110)
 Un troisième rebondissement se produit, au chapitreVI, avec les confidences d’Alicia Mindreau aux deux gendarmesdans des circonstances tout à fait inattendues. Elle décrit sa rencontre avec Palomino et l’amour immédiat qu’il a conçu pour elle, la cour
assidue qu’il lui faisait. Elle confie également  qu’elle hait son père et que Dufo, son fiancé officiel, lui servait de paravent (p.137).
Elle prête à son père une attitude plus qu’équivoque à son égard. Il lui a apporté son revolver pour qu’elle tue (p.139) et se traîne
à ses pieds comme un amant humilié (p.141).  Quand Alicia décide de mettre fin à l’entretien, Silva a acquis la certitude que c’est
elle qui avait déposé la lettre anonyme (p.142) même si  à deux reprises elle esquive la question de Silva comme si elle n’y avait
pas prêté attention. Malgré tout, Silva, comme il le déclare au colonel Mindreau venu les trouver sur la plage des pêcheurs,
il déclare a le sentiment d’avoir résolu l’énigme policière. (p.154)A la découverte d’une guitare à la porte du poste de gendarmerie,
on peut également penser avec Lituma que c’est Alicia qui est venue la rendre (p.149) puisqu’elle avait déclaré l’avoir en sa
possession, même si, en l’absence de preuves formelles le lieutenant Silva prétend n’en rien savoir. (p.150)
Les aveux du colonel Mindreau, au chapitre VII, confirment et précisent les conclusions de Silva. Le colonel se montre d’abord
soucieux de savoir si sa fille l’a accusé d’avoir abusé d’elle. Il entreprend ensuite de réfuter cette accusation confirmée par Silva.
Il affirme que sa fille est atteinte d’une maladie dont il cite le nom anglais « delusions ». Cette maladie pousserait Alicia à accuser
son père de choses terribles parce qu’elle le rend responsable de la mort de sa mère. (p. 157-158 et 161). Le colonel remercie Silva
de ne pas avoir mentionné ces accusations dans son rapport. (p.164, 166) Ensuite il déclare désavouer mais comprendre l’acharnement
de Dufo et de ses hommes  sur la victime. (p.159) Il concède avoir donné l’ordre de l’éxécution « une balle dans la tête suffisait.
Et un enterrement discret. C’étaient mes ordres. La stupide boucherie non, naturellement. » (p.159). Il a accordé cette exécution comme une consolation pour l’orgueil blessé de Dufo et nie y  avoir participé. (p. 160) Il en condamne la cruauté mais déclare ne rien regretter. Il se justifie en dénonçant l’attitude de Palomino, inadmissible à ses yeux. Il explique qu’il avait signifié à Palomino qu’un simple soldat n’avait pas le droit de poser les yeux sur la fille du commandant de la base et le lui avait interdit (p. 161-161, 162-163) Malgré les preuves du contraire opposées par Silva (p. 160-161) il accuse Palomino d’avoir enlevé Alicia, le soir même, et de l’avoir
violée pour le mettre devant le fait accompli. (p.162-163)
Avec les aveux du colonel l’énigme du crime initial se trouve résolue mais immédiatement, intervient un rebondissement
extraordinaire en deux temps. D’abord, juste après le départ de Silva et de Lituma, retentit un bruit que Lituma interprète
comme un coup de feu indiquant le suicide du colonel. (p. 167) Le lieutenant Silva, fidèle à la règle de s’interdire toute conclusion
hâtive et non vérifiée dénigre la réaction immédiate de Lituma. (p. 167) Mais, dans un deuxième temps, la lettre testamentaire
déposée par le colonel conformément à ses dires (p .165) confirme son suicide et coup de théâtre supplémentaire annonce qu’avant
de se suicider, il a tué sa fille. (p.168, 169, 170)
Comme le veulent les règles du genre, le roman commence par la découverte d’un crime énigmatique et s’achève par la résolution
de l’énigme, mais, coup de théâtre supplémentaire, la résolution de l’énigme est suivie d’une double mort : le  colonel se suicide après avoir tué sa fille qui l’a implicitement dénoncé pour  sa responsabilité dans l’assassinat de Palomino mais surtout a sali son honneur en l’accusant à mots couverts de comportement incestueux.
Le dernier et ultime rebondissement se produit avec l’arrivée du télégramme annonçant les mutations en forme de sanction de Silva
et Lituma , chacun dans un trou perdu.(p.189-190)
 
II- La conduite de l’enquête
A-    Le rôle de Lituma
1- Un gendarme novice
Lituma vient d’entrer dans la gendarmerie. (p.25) Ses amis plaisantent sur son sentimentalisme bien éloigné de l’impassibilité
requise pour l’exercice de ce métier. Preuve de son inexpérience,  il allait commettre une bévue en décrochant le cadavre sans
attendre l’arrivée du juge et le constat. (p. 14) Son supérieur, le lieutenant Silva plaisante aussi à ses dépens en le traitant de
« bleu » et en l’accusant, à tort d’ailleurs, d’être un piètre observateur (p.50 et 51) Il s’amuse à l’étonner en se montrant très
satisfait de son entretien avec le colonel (p.51) et en se montrant confiant pour la suite de l’enquête. (p.53) Il se moque de son étonnement après les déclarations de Dona Lupe et prend plaisir à le dérouter par la prudence de ses conclusions pour le mettre
en garde contre les conclusions hâtives.(p.110) De même il prend le contrepied de Lituma à propos de la guitare déposée à la porte
du poste de gendarmerie (p.148) et lui rappelle la méfiance nécessaire devant les apparences (p.150) Il s’amuse de sa peur après
l’envoi du rapport de Silva (p.148), dénigre sa réaction immédiate au coup de feu (p.167), déplore sa lenteur de compréhension (p.169
et rit de son affolement après la double mort du colonel et de sa fille. (p.171)
2- son rôle secondaire mais non négligeable dans l’enquête
Au cours de sa journée de congé à Piura, Lituma prend l’initiative d’allerinterroger Dona Asunta, la mère de Palomino qui est
déjà allée faire sa déposition à la gendarmerie de Talara mais cette initiative fait apparaître une question clé de l’énigme :
Pourquoi Palomino, dispensé de service militaire, est entré à la base aérienne de Talara en ajoutant qu’il avait besoin d’aller
à Talara et qu’il s’agissait pour lui d’une question de vie ou de mort. La visite à Moïses, au Riobar permet de faire apparaître
une piste plausible, celle d’un amour impossible de Palomino dans la zone de l’aéroport.
Autrement Lituma s’efface devant son chef ; Tout au plus, se permet-il quelques interventions timides sollicitées par son chef.
Ainsi quand Silva fait état devant le colonel des constations de son subordonné (p.42) Décontenancé par l’attitude méprisante du colonel, il bafouille mais Silva vole à son secours. (p46) Ensuite on le voit intervenir modestement pour renchérir sur l’indignation
de Dufo.(p.68) ou pour poser une question spontanée.Il n’intervient pas dans l’enquête près de Dona lupe, sauf pour une question instinctive sur la présence d’une jeune fille, Question que Silva réprime immédiatement du regard. (p.95) Pendant les confidences d’Alicia, il garde le plus souvent pour lui les réflexions et les commentaires qui lui viennent à l’esprit. Instinctivement il pose
cependant une question à Alicia sur la personnalité de Palomino et renchérit sur sa réponse (p. 123).Il risque encore deux
questions à Alicia, l’une sur ses sentiments pour Palomino (p.136) et l’autre sur son fiancé officiel (p.137). Il en ajoute une sur
les raisons de l’engagement de Palomino (p.137) Silva prend appui  sur les interventions de son subordonné. (p. 13) Souvent il réprime
ses questions mais se réjouit de constater que son supérieur pose les questions qui lui viennent aussi à l’esprit. (160) Exécutant
docile des ordres de son chef, il se sent solidaire de lui dans la conduite de l’enquête,  craint  son échec (P.70) et pour les risques
que  court Silva (p.148,151) Lituma allait toutefois  lui demander la permission de  rapporter la guitare à la mère de Palomino quand survient le colonel. (P.150)
3-Son rôle d’observateur et de faire-valoir de Silva 
A travers son regard, le lecteur admire l’habileté de Silva et observe les réactions de ses interlocuteurs. (cf développement
sur le narrateur)
 
B- Les qualités d’enquêteur du commandant Silva
 On sait peu de choses de son physique. On sait qu’il fume (p. 32, 57, 73, 76, 110, 138, 146) pour se détendre mais aussi pour
mettre en confiance son interlocuteur (Dufo, p.73) ou au contraire pour le décontenancer en jouant avec la fumée pendant l’interrogatoire. (Dona Lupe p.92)
Il porte de lunettes aux verres fumés pour cacher l’expression de son regard et pour dérouter l’interlocuteur (p.135)
 Le portrait moral qu’en fait Lituma (p.36)  témoigne d’une réelle admiration pour ses qualités professionnelles que l’on
vérifie au cours de l’enquête.
Il a des intuitions justes  sur les pistes à exploiter : celle des maisons des aviateurs (p, 29), celle de Dona Lupe suggérée par
la lettre anonyme (p.88). Surtout il a l’intuition que les scandales provoqués par le « sous-bite » au bordel cachent quelque chose.
(p.56 et 57)
Dans la conduite de l’enquête, il fait preuve d’un calme imperturbable.  C’est le cas devant le colonel. Il ne se laisse pas intimider
par son ironie méprisante et tout en gardant l’attitude du respect réglementaire envers un officier de grade supérieur, il lui tient
tête et persévère dans son insistance en réitérant ses demandes (p.41, 42, 48) Il ne paraît troublé que lorsque le colonel lui demande
si sa fille l’a accusé d’avoir abusé d’elle. Il bafouille et balbutie mais se tire d’embarras par des réponses mesurées et un peu évasives. (p.156)
Patient, il sait attendre le moment propice pour intervenir, par exemple, pour se saisir de Dufo et le traîner sur la plage (p.61et 63).
De même avec Dona Lupe (p.90)
Observateur perspicace des réactions de son interlocuteur, il sait adapter sa stratégie aux comportements de chacun. Pour faire
parle  Dufo, il lui prodigue paroles et gestes d’amitié et de réconfort. (p.64-66) Avec Dona Lupe il tente la stratégie de la diversion
pour endormir sa méfiance par des propos salaces sur la distinction entre les femmes grosses et les femmes bien en chair. (p.88-90) N’y parvenant pas, il exploite sa terreur pour la contraindre à sortir de son refus de parler (P.91-92)
Il prêche le faux pour savoir le vrai avec Dufo (p.70, 72, 73, 74) ou avec le colonel quand il évoque l’hypothèse d’une liaison de
Palomino à Piura et non à Talara. (p.46)
Pour encourager les confidences d’Alicia, il adopte le ton de la courtoisie et des bonnes manières. Il tente de lever l’ambiguïté de
ses propos  en proposant  une interprétation fausse (p 138).
Il mène l’enquête avec honnêteté et une certaine abnégation. Il sait en effet que la résolution de l’enquête ne lui vaudra que des
ennuis (p.153) et quand lui parvient le télégramme annonçant sa mutation et celle de Lituma, il n’en est que moyennement surpris.
(p.189) Il est cependant révolté par les rumeurs fausses qui circulent après la conclusion de l’enquête et nient la rigueur de son
travail au service de la vérité et de la justice. (p.179)
 
Le rôle des enquêteurs consiste surtout à flairer les pistes exploitables, à être là au bon moment pour recueillir les témoignages
et les aveux, à savoir les provoquer par une stratégie adaptée. La vérité apparaît progressivement mais il reste toujours
suffisamment d’inconnues, d’hypothèses à vérifier et de rebondissements imprévus pour aiguiser la curiosité du lecteur. O
utre le plaisir d’être associé à la recherche de la clé de l’énigme, il a celui de découvrir l’habileté de l’enquêteur. 


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 17:11 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

Mario Vargas Llosa, quia tué Palomino Molero ? La double intrigue 
  
Comme tout roman policier, le roman de Vargas Llosa propose une énigme policière qui s'impose immédiatement à Lituma (p.10) 
Mais dès le deuxième chapitre, à la question de savoir qui a tué Palomino Molero, les cousins et amis de Lituma ajoutent  
une autre question à leurs questions sur la victime : «  A propos d'oeufs, le lieutenant Silva s'est -il enfin envoyé la grosse ? 
Demanda José. » (p. 15)  A partir de là l'intrigue policière et l'intrigue sentimentale sont liées mais évoluent en sens inverse. 
I  La double intrigue 
Le lien entre l'intrigue policière et l'intrigue sentimentale, annoncé au chapitre deux, n'apparaît vraiment qu'au chapitre suivant.  
Tout en se préparant à se rendre, à sa demande et pour la deuxième fois, au bureau du colonel Mindreau, le lieutenant Silva   
semble accaparé par Dona Adriana qui le fascine au plus grand étonnement de Lituma. (p.29-30) Il établit le lien entre la résolution 
de l'énigme policière et la conquête de Dona Adriana. Alors qu'elle soupirait en disant qu'il ferait mieux de faire son boulot » et 
de «  rechercher les assassins plutôt que d'importuner des femmes mariées » il lui demande : « M'accorderez-vous une petite 
nuit en récompense ? A ce prix-là je les trouve et je les mets poings liés à vos pieds, je le jure. » (p.31 
 Au moment de  se rendre au bordel pour poursuivre l'enquête à tout hasard, le lieutenant Silva raconte à Lituma l'exhibition de  
son sexe à Dona Adriana. (p.57-58) Elle précède de peu celle  à laquelle se livre le sous-lieutenant Dufo (p.62-63) En le questionnant 
un peu plus tard, Silva se montre compréhensif en évoquant sa jalousie dans la même situation. (p.74) Le soir même, après l'arres- 
tation de Dufo par la police de l'armée de l'air, Silva annonce à Lituma son intention de tenter sa chance près de Dona Adriana,  
en se présentant, en pleine nuit, à son domicile. Il demande à Lituma de faire un détour par la plage des pêcheurs pour s'assurer 
que le mari est en mer. Il ajoute que ses deux buts dans la vie sont de « s'envoyer cette grosse-là et de savoir qui a tué  
Palomino Molero » (p.77) Le lien entre les deux intrigues se trouve fortement réaffirmé. 
Lors de l'enquête à Amotape, pour endormir la méfiance et la crainte de Dona Lupe, Silva s'adresse à Lituma pour lui vanter les 
charmes de Dona Adriana et se lance dans une tirade truculente sur la différence entre une femme bien en chair  comme Dona 
Adriana et une femme grosse . Il lui raconte  aussi comment il l'épie quand elle prend son bain  au pied du rocher aux crabes 
(p.87 à 90) et se dit prêt à tout pour elle. (p.111 
L'intrigue sentimentale semble prendre le pas sur l'intrigue policière, au chapitre VI,  quand Silva emmène Lituma au rocher  
aux crabes, pour épier Dona Adriana avec des jumelles (p. 112) Il se lance à nouveau dans une tirade d'un lyrisme lubrique  
et grotesque. (p.113-116) L'arrivée d'Alicia Mindreau qui les surprend en flagrant délit redonne la priorité à l'enquête policière.  
Le soir, à la gargote de Dona Adriana, Silva répond à sa colère par une provocation (p.144) 
L'enquête policière reprend ses droits avec l'arrivée du colonel venu faire des aveux  sur la plage, au chapitreVII, mais, après  
la fin de l'entretien et le bruit ressemblant à un coup de feu qui bouleverse Lituma et lui fait tout de suite penser au suicide  
du colonel, Silva poursuit son chemin avec désinvolture jusqu'au poste de gendarmerie et, même après avoir lu le mot  
déposé par le colonel annonçant son suicide et le meurtre de sa fille, il délaisse son rôle  de gendarme pour aller forcer en  
pleine nuit la porte de Dona Adriana. (p.171-172) La résolution de l'énigme policière semble devoir être suivie de la  
conclusion de l'intrigue sentimentale. 
II-  L'évolution inverse des deux intrigues 
A) les progrès de l'enquête et les déconvenues successives de Silva 
Au début du récit, Lituma  se montre pessimiste sur les chances de résolution de l'énigme policière (p.14), il  ne l'est pas moins  
sur les chances de Silva d'obtenir les faveurs de Dona Adriana. (p. 15) 
Mais, contre toute attente, l'enquête policière progresse, peu à peu, à l'opposé de l'intrigue sentimentale. Silva interprète mal,  
comme le montrera la suite, la réaction de Dona Adriana à son comportement exhibitionniste. (p.57-58) Il subit une  
première déconvenue en allant frapper la nuit à la porte de Dona Adriana restée sur la plage. Avec Lituma, elle rit de la 
mauvaise surprise qui attend Silva. Elle annonce l'échec du harcèlement auquel il se livre et dénigre son amour qu'elle réduit 
à un caprice du désir. (p.80-83)  Cela coïncide avec les premières certitudes auxquelles a conduit l'interrogatoire de Dufo. 
Silva vante ensuite les charmes de Dona Adriana pour faire diversion et endormir la méfiance de Dona Lupe. Son amour s'exprime  
alors triomphalement dans  des tirades d'un lyrisme truculent et lubrique  où il célèbre la femme bien en chair par opposition 
à la femme grosse. (p .87 à 90) L'expression de cet amour charnel contraste avec l'amour romantique de Palomino tel qu'il est 
décrit  par Dona Lupe. (p .95 à 100) Silva verse dans le même lyrisme lubrique en guettant Dona Adriana, avec ses jumelles, 
du haut du rocher aux crabes. (p.113 à 116). Le soir à la gargote, il ne prend toujours pas au sérieux la colère de Dona 
Adriana et l'annonce de sa vengeance. Il répond par une provocation supplémentaire. (p.145) 
La déconvenue finale se produit quand, après le dénouement de l'enquête policière, Silva force la porte de Dona Silva, 
se rendant coupable de harcèlement avec effraction et tentative de viol. (p.172) et (180 à 186) L'hilarité triomphante de  
Dona Adriana s'oppose à l'abattement de Silva définitivement humilié et s'exprime avec un lyrisme cru et vengeur  
dans le récit burlesque qu'elle fait à Lituma, après le départ de Silva. 
B) conclusions inverses et coïncidentes 
Silva est parvenu à résoudre l'énigme policière en 19 jours, mais a lamentablement échoué dans sa tentative pour séduire  
Dona Adriana. Cependant, l'opposition n'est pas totale. L'entrecroisement des conversations sur les conclusions de l'enquête c 
riminelle et le récit de Dona Adriana  fait apparaître un point commun entre les deux intrigues : si l'enquête a établi la vérité  
pour la justice, cette vérité est niée par les clients de la gargote, au profit de rumeurs nourries par la révolte sourde 
du peuple contre «  les gros bonnets ». Finalement, c'est comme si l'enquête n'avait pas abouti, sauf que les deux gendarmes 
sont sanctionnés pour l'avoir conduite à son term et mutés, chacun, dans un trou perdu. En ce sens, le lieutenant Silva échoue 
sur les deux plans, humilié à la fois par Dona Adriana et les commentaires délirants sur les résultats de l'enquête. 
III- Le rôle des contrepoints 
A) les contrepoints burlesques de l'intrigue sentimentale 
L'intrigue sentimentale assortit de contrepoints burlesques le récit de l'enquête policière. Cela suggère que l'écart entre la barbarie  
et la civilisation n'est pas toujours si grand que l'on croit. Le crime barbare de Dufo et la tentative de viol de Silva, également inspirés par la passion ne sont pas totalement étrangers. Les blancs haut placés et censés représenter la civilisation ne font pas preuve de comportements civilisés. Le colonel a des rapports conflictuels avec sa fille et lui impose une relation incestueuse, si on se fie plus au témoignage de la fille qu'aux explications du Père. Comme le dit le colonel, en évoquant la barbarie du crime de Dufo : « Il y a un fond bestial, chez tous. Avec ou sans éducation, tous. Je suppose que davantage dans les basses classes, parmi les métis. » ajoute-t-il avec ses préjugés sociaux et raciaux. (p.160) Dans le roman, c'est Palomino, un métis, qui incarne l'amour noble, raffiné  et poétique. Les contrepoints de l'intrigue sentimentale détournent le lecteur de l'enquête policière et l'orientent vers le roman social et politique. 
B ) contrepoints burlesques liés aux manifestations de la vie animale 
D'autres notations concernant les manifestations de la vie animale accompagnent le récit de l'enquête de commentaires burlesques. D'une certaine façon, elles rabaissent le comportement des hommes en le ravalant à celui des animaux. Ainsi, pendant que Don Lupe fait le r écit de l'enlèvement, on entend, à 3 reprises et suivi des commentaires de Lituma, le braiment affolé d'une bourrique montée par un onagre. P93, 95-96, 100) Les criaillements de mouettes et les aboiements de chiens qui s'arrachent des viscères de poissons jettent une note discordante pendant la conversation courtoise et policée entre Silva et Alicia Mindreau.(p.122,123) puis c'est le monologue d'un ivrogne quand elle interroge Silva sur les peines encourues par son père.(p.132,133 et 135) Un peu auparavant, sur le chemin du retour à la gendarmerie, ils ont vu un chat terrorisé par des gosses armés de frondes. (p.130) Au début de la conversation avec le colonel, les aboiements d'un chien se transforment en hurlement (p.154) Plus loin, les aveux du colonel et son récit de la vengeance bestiale de Dufo sont entrecoupés par des miaulements et des poursuites de chats (p.163, 164) « Au loin, plusieurs chats miaulaient et criaient frénétiques : se battent-ils, sont-ils en chaleur ? Tout était confus dans ce monde, nom de nom . » commente Lituma.  
C) Le passage du roman policier au roman social. 
Le romancier modifie et adapte les règles du roman policier à la description de la réalité sociale et politique du Pérou.  
Le lieu choisi   n'est pas une grande ville, un milieu industriel et urbanisé comme souvent dans les romans policiers mais une petite ville de pêcheurs qui concentre toutes les inégalités, tous les conflits et toute la corruption de la société péruvienne. 
Le couple d'enquêteurs respecte le schéma traditionnel du couple d'enquêteurs dans le roman policier, avec un enquêteur confirmé et un novice inexpérimenté, observateur naïf et admiratif de son supérieur mais le sentimentalisme de Lituma, obsédé par l'image de la victime  (p.14,16,17,21) et prompt à s'attendrir avec les interlocuteurs de son chef, même les coupables (p.19-20,41,46,74,75,134,137,138155-156) en fait un observateur et un dénonciateurs des tares de la société péruvienne. Au terme du roman et de son apprentissage, il est paré pour mener ses propres enquêtes sur les lieux de sa mutation ce qu'il fera dans  Lituma dans les Andes (1993) où il réapparaît avec le grade de lieutenant. 
Silva quoique habile à faire parler les témoins et les suspects ne prend pas beaucoup d'initiatives dans l'enquête. Il ne se rend pas sur les lieux du crime, omet des points essentiels dans l'interrogatoire de la mère de Palomino (p.21) Il se contente d'exploiter les pistes qu'on lui suggère : zone de la base aérienne proposée par Lituma sur les indications de Moîses et témoignage de Dona Lupe à Amotape proposé par la lettre anonyme. Il se contente d'intervenir au bon moment pour susciter les confidences du suspect Dufo, d'encourager les confidences d'Alicia Mindreau, de recueillir les aveux du colonel.  De ce fait l'enquête se trouve orientée surtout vers l'exploration de la psychologie des victimes et des coupables  et l'analyse des conflits sociaux sous-jacents. De plus, sa passion pour Dona Adriana le détourne souvent de l'enquête au profit d'une quête sentimentale décrite sur le mode burlesque. Contre toute raison et par souci d'obtenir des preuves tangibles et incontestables, il continue à mettre en doute les conclusions de Lituma et du lecteur qu'il juge hâtives. (p.110) Les 3 derniers chapitres qui dissipent ces doutes, en complétant les éléments de l'enquête, permettent surtout d'approfondir la psychologie  de la victime et des coupables, de dévoiler les rapports conflictuels  et la relation incestueuse du colonel et de sa fille, de dévoiler ses préjugés sociaux et racistes à l'origine du crime. Le dernier chapitre qui rapporte en les croisant les rumeurs populaires alimentées par les fantasmes et la révolte sourde du peuple contre « les gros bonnets » peint, en même temps, la corruption généralisée de la société péruvienne. Le comportement privé de Silva et son humiliation par Dona Adriana contribuent à la déconsidération des représentants de l'ordre. 
  
La double intrigue, les contrepoints au récit de l'enquête, l'adaptation des règles du roman policier font passer le lecteur du roman policier à un roman social qui analyse les tares de la société péruvienne et dénonce ces maux profonds que sont l'inégalité, l'injustice et la corruption institutionnalisée. Le peuple ne croit pas à la vérité établie par les deux gendarmes impuissants devant une vérité qui les dépasse et sanctionnés pour avoir révélé cette vérité. La justice ne sera pas rendue et ils ne peuvent contribuer à rétablir l'ordre social malgré leur ténacité au service du droit. Le suicide du colonel et leur mutation indiquent que la vérité sera étouffée d'autant plus facilement que les rumeurs  contribuent à une falsification de la vérité. Cependant le roman par la description et l'analyse qu'il fait de la société péruvienne ouvre la voie à l'espoir et à la reconstruction d'une société meilleure. Ainsi peut-on interpréter l'apparition symbolique d'un rapace pendant l'entrecroisement des conversations rapportant les rumeurs sur l'affaire et le récit triomphal de Dona Adriana. La description de ce rapace intervient à trois reprises (p.175, 176 et 177)  et fait allusion à un mythe fondateur. En effet, le mythe fondateur de Mexicotenochtitlan, capitale de l'empire aztèque représente un aigle sur un cactus, dévorant un serpent, un oiseau ou une figue de barbarie qui évoquerait le cœur de la victime d'un sacrifice humain. Il permettait aux Aztèques d'insister sur la vocation de Tenochtitlan à être l'endroit où l'univers était perpétuellement régénéré par les sacrifices humains. A partir du XVIème, les représentations du mythe de fondation de la ville montrent un aigle dévorant un serpent à la place de la figue de Barbarie pour occulter la dimension sacrificielle du symbole. Le roman évoque un rapace quelconque au lieu d'un aigle et substitue un lézard au serpent du mythe mais la ressemblance est évidente. Par ce rappel du mythe le romancier exprime  l' espoir d'une régénération de la société péruvienne. 
  


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 31 Jan - 17:14 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero Répondre en citant

MV Llosa Qui a tué Palomino Molero ? La peinture de la société péruvienne 
  
La forme du roman policier sert d'introduction à un roman social et politique qui analyse la corruption de la société péruvienne, société cloisonnée et inégalitaire qui nourrit la révolte sourde du peuple contre un pouvoir autoritaire. 
  
I-Une société cloisonnée et inégalitaire 
A) Un aménagemant de l'espace qui reflète et fige les fractures sociales 
La petite  ville de Talara et sa région concentrent dans un espace restreint, toutes les inégalités et tous les conflits présents, à grande échelle, dans l'ensemble du pays comme dans les pays voisins d'Amérique latine. Trois sociétés y coexistent comme des castes séparées. La bourgade de Talara où vit le peuple  se trouve symboliquement coincée(p.112) en contrebas de la colline de Punta Arena , à l'ouest, par le phare et la zone de l'international Petroleum Company et, à l'est, par le plateau  où sont implantés l'aéroport et la base aérienne. La zone fermée et gardée de la compagnie pétrolière n'abrite pas seulement les tours de forages, les cuves de pétrole mais aussi  les bureaux, les maisons  confortables et les équipements luxueux de la zone d'habitation séparée des employés de la compagnie. (p.11, 38)) La zone militaire de la base aérienne, également enclose et gardée, comporte pareillement une zone d'habitation qui n'a pas grand chose à envier à celle des gringos. 
 (p. 37-38), (p.120-121, 124-125,146,148)  La bourgade de Talara , population pauvre de pêcheurs comme Matias et de petits commerçants, tenanciers de gargotes comme Dona Adriana qui complète ainsi les revenus de la pêche, est entassée sous le soleil, au bord de la mer polluée.(p.33) L'aménagement spatial reflète la séparation entre les différentes classes sociales et semble consacrer, de façon définitive, un ordre inégalitaire et injuste grâce auquel  les  sociétés industrielles  étrangères  et les militaires hauts placés exercent leur domination sur ceux qui vivent en contrebas,   
B)  des inégalités choquantes 
Le luxe des équipements et des maisons des gringos et des militaires de la base aérienne suscitent l'envie de Lituma et nourrissent les fantasmes populaires.(p.37-38) A l'opposé, les maisons et les équipements collectifs de la population locale frappent par leur pauvreté comme la gargote de Dona Adriana (p.30-31) : son logement est formé par l'arrière-boutique de sa taverne  (p.30, 181). Le cinéma offre ses projections en plein air avec des moyens rudimentaires (p. 57et 126-127), le bordel, véritable institution dans ces pays marqués par le machisme, est aménagé dans une fragile baraque en bois et donne lieu à une description encore plus burlesque.   (p.56-57) 
A Piura et à Amotape, la misère du peuple est la même. Nous la découvrons avec les yeux de Lituma qui est issu des quartiers populaires de Piura et a des origines métisses . La vulgarité de langage des 4 indomptables dénote leur appartenance sociale. (p.13-15). La pauvreté de Dona Asunta, la mère de Palomino, saute aux yeux (p.17 et suivantes ) le cabaret de Moisés, le Riobar  construit en bois sur le vieux pont ressemble à une baraque. (p.24)  Les quartiers populaires où vivent les métis de Piura comme ceux de la Castilla, où vivait Palomino, ou de la Mangacheria dont Lituma se dit fier, n'ont rien de commun avec les quartiers riches des blancs (p.128) A Amotape, le 
 village  « est un entassement de cabanes de terre et de roseaux »    les gens pauvres et crasseux vivent de maigres ressources. (p.85)    La misère de Dona Lupe  est comparable. Sa taverne- hôtellerie n'est qu'une pauvre cabane. (p.86) la description de l'intérieur (p.87) le récit de la mort de son mari et de 7 de ses treize enfants accroît cette impression de grande misère que ne soulage aucune protection sociale mais qui n'exclut pas la générosité (p.93, 101) 
C ) Le manque de perspectives 
Pour les enfants de pauvres ou de métis  qui veulent échapper à la pauvreté de leurs parents pêcheurs ou petits commerçants il n'existe d'autre solution que d'entrer au service des blancs qui utilisent leurs compétences. Ils engageaient Palomino pour chanter à l'occasion des fêtes religieuse ou populaires (p.25) ou  pour donner la sérénade à leurs fiancées (p.27) ou encore pour  leurs fêtes privées comme à l'anniversaire de Lala Mercado, dans un riche quartier de blancs, où il a rencontré la fille du colonel. (p.127-128) Ensuite il s'est engagé à la base aérienne, malgré son  exemption de service militaire et son peu  de disposition pour la vie militaire, mais  il n'occupe qu'un poste sans grade de mécanicien. (p.46,162-163))  Deux des fils de Dona Adriana  travaillent à la compagnie pétrolière (p.30) Lituma pour assurer sa subsistance est entré à la gendarmerie malgré son cœur trop sensible . (p.16) 
  
  
II-Le racisme et les préjugés sociaux  
C'est encore avec le regard de Lituma que le lecteur découvre les préjugés racistes et sociaux qui minent la société péruvienne. Il revendique avec fierté  son appartenance au quartier pauvre de la Mangacheria(p.25) et ses origines métisses qui le rendent particulièrement sensible à toutes les manifestations de ce racisme.(p.128) 
 A) le racisme des blancs 
 Palomino  chante si bien et il est si joli garçon que toutes les filles blanches de la fête organisée par Lala Mercado, expriment ingénument leur racisme en déclarant qu'il n'a pas l'air d'un métis. (p.127) 
B) Le racisme d'Alicia. 
 Lituma  relève toutes les manifestations du racisme d'Alicia.Il s'irrite de la question d'Alicia sur les origines de la mère de Palomino et reste sans voix, déconcerté devant l'aveu de son racisme, quand elle déclare qu'il n'avait rien d'un métis ni par son éducation ni par son instruction. (p.126) Le racisme est si profondément ancré en elle qu'elle a substitué le prénom de « Palito » à ses deux véritables prénoms, trop visiblement métis. (p.126 et 131) Lituma, lui-même, comme métis se sent méprisé par Alicia. (p.128)  
C) Les préjugés sociaux et racistes du colonel 
 Mais il est particulièrement révolté par les préjugés sociaux et racistes du colonel. Dès l'entretien du chapitre III, le colonel exprime son mépris  pour les hommes de troupe et sa conviction de la supériorité morale des officiers, devant Lituma, intérieurement révolté par ces préjugés. (p.46) Pour lui, il existe un fond bestial en tout homme mais plus dans les basses classes et parmi les métis. (p.160) Au cours de ses aveux sur la plage, il étale, avec force et, à plusieurs reprises,  ces préjugés comme des évidences indiscutables. Il lui semble inconcevable qu'un simple troufion s'éprenne de la fille du commandant de sa base. C'est encore plus inconcevable, si ce simple troufion est un métis originaire du quartier de Castilla et, de plus, joueur de guitare  (p.160-161) Le rang social et les origines métisses de Palomino lui interdisaient formellement d e poser les yeux sur sa fille . Il l'a expliqué à Palomino, en croyant à  l'évidence de cet interdit fondé sur des préjugés de classe et de race. (p.162-163). A ses yeux, cet amour était impossible et sa fille ne pouvait pas être amoureuse de Palomino. (p.161) Pourtant, lui-même n'était  pas arrêté, dans son comportement vis à vis de sa fille, par l'interdit de l'inceste, beaucoup plus évident . Le sous-lieutenant Dufo, fiancé officiel d'Alicia avait trouvé grâce à ses yeux parce qu'il était officier, de bonne famille, non « un chien galeux de Castilla » et aussi, parce qu'il était faible et sot , ce qui  permettait au colonel de ne pas voir sa fille lui échapper . (p.164)  En  écoutant le récit de Dona Lupe,  Lituma imagine les amours de Palomino  et d'Alicia. Il rêve du triomphe de l'amour sur les préjugés sociaux et raciaux. (p.106) Mais, ce n'est qu'un rêve et, aux yeux du colonel, le viol d'un interdit social et racial a justifié l'éxécution de Palomino. (p.160) Sa mort est le produit des préjugés de classe et de race minant la société péruvienne qui ont décuplé la jalousie du fiancé officiel. . 
  
III La corruption de la société péruvienne et de ses institutions  
  
A) Les pouvoirs exorbitants des militaires 
Le pouvoir est aux mains des militaires. Les officiers de la base aérienne comme le colonel Mindreau  se  croient d'une essence supérieure et  méprisent le reste de la société, y compris, les gendarmes de la Garde Civile. (p.32)  Ils ne sont pas soumis lois communes et peuvent se permettre après la découverte du crime, d'opposer un refus à la volonté d'enquête du lieutenant de gendarmerie Silva. Le colonel, qui a donné l'ordre de l'exécution, a rédigé un rapport  détaillé mais mensonger sur la mort de Palomino, à ses supérieurs. Ceux-ci s'en sont montrés satisfaits sans chercher à faire la lumière sur cette mort. Le prétexte de la désertion de Palomino sert de justification pour classer l'affaire. Dès lors, le rapport officiel du colonel impose la loi du silence à tous les .membres de la base qui sont sous ses ordres. (p.40-41) Comme il le rappelle à Silva, l'institution militaire a ses propres lois qui la mettent au-dessus de la loi commune et du pouvoir judiciaire. Il faudrait un ordre du ministre de l'air ou commandement suprême des forces armées pour que l'affaire soit soumise au pouvoir judiciaire. (p.48-49)  En attendant le colonel peut refuser de se soumettre à l'enquête menée par la gendarmerie. On voit d'ailleurs la police de la base aérienne venir arrêter Dufo et le soustraire à l'interrogatoire du lieutenant Silva. (p.75-76)  Le colonel a été averti  de l'enquête menée par les gendarmes à Amotape .(p.122)  Ses supérieurs lui ont communiqué le rapport d'enquête accablant rédigé par Silva. (p.154) Il ne sera acculé à l'aveu que par la lettre anonyme déposée par sa fille à la porte de la gendarmerie et suggérant la piste à exploiter pour établir la vérité, puis, par ses révélations  qui établissent non seulement la culpabilité de  son père  mais compromettent, également, son honneur par une accusation d'inceste.  
L'établissement de la vérité ne permet pas cependant que justice soit faite. La mutation en forme de sanction  de Silva et de Lituma montre la volonté du pouvoir d'étouffer un scandale qui met en cause l'institution militaire sur laquelle  il repose. Selon Silva, le sous-lieutenant Dufo sera jugé par un tribunal militaire. (p.174) Ainsi le scandale sera limité, circonscrit.   
  
B) La faiblesse des institutions démocratiques 
 La gendarmerie n' a guère plus de moyens de fonctionnement que le cinéma. A la différence de la base aérienne, La gendarmerie dispose de locaux sommaires, sans confort (p.83) et Silva croit devoir s'en excuser près de la fille du colonel, quand il l'y invite à poursuivre ses confidences (p.131-132) Le lieutenant a  même alerté plusieurs fois la direction générale de la gendarmerie  sur l'état désastreux des locaux mais on  lui a répondu, à chaque fois, par des promesses pour le prochain budget. (p.169) Lituma tape ses rapports sur une vieille machine à écrire Remington. (p.56)  Les gendarmes pour se déplacer ne disposent que  de chevaux et de bicyclettes. Pour effectuer leurs déplacements ils doivent faire appel au seul taxi de la ville, une vieille Ford que Don Jeronimo fait démarrer à la manivelle  (p.11,36) Au retour de la base aérienne ils montent dans une camionnette de la base pleine de bidons d'huile. (p.52) Parfois ils font du stop.Pour se rendre à Amotape, ils doivent monter dans un camion qui transporte des cages de poulets et  finir le chemin à pied.(p.86) Au retour, ils doivent marcher un moment sous le soleil écrasant  et voient le premier camion filer malgré leurs signes. (p.109) Il leur faut faire preuve de beaucoup d'abnégation pour faire leur travail d'enquête et établir la vérité qui - le lieutenant Silva le sait –  déplaira aux autorités. 
(p .153) 
  
C) La révolte sourde du peuple et les rumeurs délirantes 
La révolte sourde du peuple se fait entendre tout au long du récit. Les gendarmes, dépourvus de pouvoir réels, sont assaillis de remarques hostiles qui les accusent de protéger « les gros bonnets ». 
Dona Adriana accuse Silva de ne pas faire son travail (P.31)  Elle revient à la charge et accuse les gendarmes de ne rien faire (p.32) Le chauffeur de taxi Don Jeronimo leur adresse un avertissement menaçant et précise qu'on les accuse d'étouffer l'affaire pour protéger du « gros gibier » (p.35-36) Silva rapporte même ces rumeurs au colonel pour justifier sa volonté d'enquête. (p.47) Les mécaniciens de la base dans la camionnette qui  reconduit Silva et Lituma à Talara se posent les mêmes questions sur l'étouffement de l'affaire.(p.52) Le mari de Dona Adriana, Don Matias exprime l'espoir que, pour une fois, les « gros bonnets » seront démasqués et que justice sera faite. (p.147)  C'est surtout dans le dernier chapitre, après la résolution de l'enquête, que se manifestent, à la fois, la révolte sourde et l'impuissance du peuple. Au lieu de partir des conclusions de l'enquête pour tenter d'agir, les clients de la gargote de Dona Adriana se lancent dans des commentaires délirants qui expriment tous les fantasmes du peuple révolté mais résigné. Personne ne croit aux conclusions de l'enquête, ni le chauffeur de taxi, ni le jeune couple venu pour un baptême, (p.176) ni Dona Adriana (p. 187). Don Jeronimo a clamé son refus d'y croire à la face de Silva,  en ajoutant qu'on lui a imposé le silence.(p.177) Constatant que personne ne croit aux conclusions de l'enquête, (p.177) et, écoeuré par  les théories du chauffeur de taxi sur l'histoire inventée pour couvrir les gros bonnets, Silva, furieux, sort précipitamment  de la gargote . Un peu plus tard, Lituma  lui résume les différentes rumeurs qui circulent. Elles nient toutes la vérité et leur travail d'enquête. (p189) 
Leur point commun est de recourir à la théorie du complot manigancé par et pour «  les gros bonnets »  D'après la rumeur rapportée par Don Jeronimo ,  Les « gros bonnets » auraient inventé cette histoire de crime passionnel  et d'inceste , exécuté le colonel et sa fille pour qu'ils ne parlent pas. puis  leur auraient mis sur le dos l'assassinat de Palomino. (p.176) Enfin ils auraient imposé le silence au lieutenant (p.177) ou auraient payé le lieutenant pour qu'il invente cette histoire de suicide du colonel (p 188). Le mari du jeune couple suppose une affaire de contrebande de grande ampleur. (p.177- 178) Don Jeronimo renchérit en y ajoutant une affaire d'espionnage de secrets militaires au profit de l'Equateur. (p.180) Enfin, le mari du jeune couple évoque une histoire de pédés. D'après lui, les histoires de pédés pullulent dans les casernes. (p. 186-187) A  la vérité qui est niée,  la rumeur substitue des versions  successives et sans fondement. Elles se contredisent parfois : le colonel d'abord déclaré victime innocente du complot est ensuite présenté comme le principal coupable dans l'affaire d'espionnage. La rumeur finit par nourrir la rumeur et par s'emballer. La dernière hypothèse, celle d'une histoire de pédés n' a presque plus de lien avec les faits. En fait la rumeur expriment les fantasmes du peuple opprimé et révolté,et, d'abord l'accusation vague et générale des « gros bonnets ». Dans une société marquée par le machisme, apparaît aussi , immédiatement, le fantasme du viol et même du viol collectif dont aurait été victime la fille du colonel. (p.182-183)) Enfin dans un pays marqué par l'hostilité nationaliste à l'égard du pays voisin, l'Equateur, surgit le  fantasme du colonel, chef des espions et traître à la nation. (p.181) D'une certaine manière, cette réaction populaire fait le jeu du pouvoir qui agit contre les lois démocratiques pour circonscrire le scandale et cacher la vérité. C'est aussi une réaction de révolte résignée et une incapacité à prendre en main la réalité et à faire face à la vérité . En effet ce crime révèle toutes les tares de la société péruvienne plus ou moins liées à l'exercice d'un pouvoir autoritaire détenu par les militaires au mépris des règles démocratiques. 
D) La corruption généralisée 
Le machisme ambiant 
Dans une société aussi  soumise  au pouvoir autoritaire et aussi fermée pour les pauvres et les métis,  il existe inévitablement des dérivatifs et des soupapes de sécurité . Le bordel malgré son aspect de cabane délabrée fonctionne comme une institution fréquentée par les hommes du peuple et les militaires.Malgré les interventions du curé pour le faire interdire et fermer, il ne disparaît que peu de temps pour réapparaître un peu plus loin.(p.56-57) Le patron chinois ne craint pas de faire appel à la protection des gendarmes, après le scandale provoqué par le sous-bite, pour faire régner l'ordre et assurer le bon fonctionnement de son établissement (p.55) On le voit se réjouir à l'arrivée du lieutenant Silva. (p.58)  La Loba Marina qui s'était plainte quelques jours auparavant des mauvais traitements de son souteneur vient remercier Silva de son intervention et lui offrir ses services.(p.59) Dans cette société les comportements machistes sont omniprésents et n'épargnent pas les gendarmes eux-mêmes et contribuent à les déconsidérer. En partant mener l'enquête au bordel, Silva se livre à un jeu de mots révélateur en parlant de « passer le matériel en revue » (p.57) Son comportement à l'égard de Dona Adriana relève d'un harcèlement intensif. Il ne se limite pas   à des déclarations osées (p.31), il se livre à une exhibition  burlesque (p.57-58) et à deux tentatives pour forcer la porte de Dona Adriana. La première fois elle n'est pas chez elle (p.77et 80-81)  La deuxième fois, il s'introduit par effraction  mais n' est arrêté dans sa tentative de viol que par la clairvoyance et la hardiesse insolente de Dona Adriana. (p.186) Son récit triomphant et également burlesque se superpose et fait écho aux rumeurs sur le viol de la fille du colonel. Ce procédé permet de dénoncer la corruption générale de la société péruvienne, elle atteint les représentants de l'ordre. Lituma lui-même , quoique effleuré par un sentiment de corruption (p.14, 106), est marqué par le machisme ambiant et prend la résolution d'aller chez les putes pour chasser ses idées noires. (p.175)    
La corruption et la résignation du peuple sont  devenues inconscientes. Le groupe des    « indomptables », cousins et amis d' enfance, que Lituma retrouve à Piura, se livrent  à des plaisanteries douteuses sur les mutilations infligées à Palomino (p.14-15). Au lieu de s'indigner de la barbarie du crime, ils se rendent complices des coupables. De même, le patron du Riobar, Moisès, qui connaissait la victime et  avait recueilli ses confidences avec sympathie,  commence par demander à Lituma si on a mutilé la victime comme le dit la rumeur. (p.25) Lituma souffre de ces questions. Par ces réactions le peuple se montre complice des coupables et s'accommode avec résignation de cette violence. Au mieux, le peuple adopte un comportement qui lui est dicté par la peur et même la terreur. La loi du silence ne règne pas seulement à la base aérienne par crainte du colonel. La terreur de Dona Lupe peut s'expliquer par les menaces de mort qu'elle a reçues mais on voit qu'elle ne fait pas la différence entre les gendarmes et les militaires de la base. Tous sont à ses yeux les représentants d'un pouvoir menaçant. Les gens du village n'ont pas été menacés mais instinctivement après avoir appris le crime, ils cherchent à se protéger par la loi du silence. Tous s'enfuient à l'arrivée des gendarmes et rappellent leurs enfants  pour ne pas avoir à témoigner. (p.93-94) En repartant, Lituma remarque les attroupements inquiets derrière les palissades. (p.108) Ce peuple soumis et résigné grogne souvent, par derrière, mais ne semble pas mûr pour la démocratie. 
 La pratique religieuse est peu évoquée dans le roman qui glisse cependant quelques critiques à l'adresse du clergé . Si le curé de Talara qui s'attache  vainement à faire fermer le bordel (p.56), exerce sa censure sur les films projetés en plein air sur les murs de l'église  (p57) et demande à Silva d'intervenir pour empêcher les jolis cœurs d'entrer à l'église pour courtiser les filles de la chorale (p.149) ne donne pas prise au soupçon mais se trouve un peu ridiculisé, ce n'est pas le cas du curé d'Amotape. Dona Lupe évoque les absences prolongées du père Ezéquiel, sous prétexte de célébrer des  baptêmes et des mariages et de se rendre au pélerinage d'Ayabaca, et conseille à Alicia et Palomino de se rendre  à la messe dominicale de Sullana pour demander au prêtre de les marier. (p.96)  
Opprimé par le pouvoir autoritaire des militaires, le peuple péruvien vit dans une extrême pauvreté. Un énorme fossé sépare le peuple et les privilégiés. La peur du pouvoir contient la révolte sourde du peuple contre 'les gros bonnets».La violence et le machisme s'ajoutent à l'arbitraire et à l'injustice et minent l'ensemble de la société. 
  
  
Sous couvert de roman policier, Vargas Llosa en dit plus qu'il ne paraît, au premier abord, sur les maux qui minent son pays, les autres pays d'Amérique latine  et beaucoup d'autres pays sous la botte de pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux. Il décrit sans concession l'oppression du peuple par  la caste privilégiée des militaires alliés aux intérêts financiers et industriels de firmes multinationales. La corruption généralisée des institutions et de la société minée par le machisme et la violence, la peur du pouvoir condamnent le peuple à la résignation. Cependant, au moment où les conclusions de l'enquête et la vérité sont niées par tous, y compris par le peuple, au moment où le pouvoir intervient au mépris de l'indépendance de la Justice pour limiter le scandale, l'apparition du rapace qui renvoie au mythe fondateur de Mexico exprime peut-être l'espoir d'une refondation de la société. 
  


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Message Posté le : Aujourd’hui à 15:05 (2018)    Sujet du message : qui a tué Palomino Molero

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