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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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Le texte de Daniel Vachon
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Dan.L
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Message Posté le : Ven 22 Déc - 09:53 (2017)    Sujet du message : Le texte de Daniel Vachon Répondre en citant

La Signature





J'aime le brouillard, ce coté enveloppant comme un cocon, un nid douillet un peu humide, une protection. Et en ce bel après-midi d'un soleil froid de décembre, il est tombé d'un coup, comme une hache, un couperet de guillotine. Je me suis retrouvé dans une mer ouatée de perles grisées et insonores. J'aime ce calme rassurant et mystérieux à la fois. Pourtant, depuis un moment, j'entends des pas derrière moi. Ils se rapprochent peu à peu, et une personne dont je ne distingue pas encore le visage est en train de parler, comme dans un confessionnal.
  • Alors mon jeune ami, c'est pour bientôt ?

[*]Vous dites ?
[*]Vous le savez bien, vous l'avez toujours su , n'est-ce pas ?
[*]Mais à quoi faites vous allusion, je ne vous connais pas...

Un petit rire ironique et agressif par le ton me transperce les os.
- Le triangle, mon cher ami, le triangle : l'église et la tombe, le château, la maison témoin..

J'avais enfoui au plus profond de ma mémoire une appréhension inconsciente, quelque chose qui devait arriver, une intuition de malheur. Et tout-à -coup, un boomerang de craintes inavouées m'assaille à nouveau...


Aucune réponse. Je n'entends plus les pas, je ne perçois plus le souffle nauséeux de l'homme. Comme il est arrivé, il est disparu aussi subitement dans la brume.


Je suis un jeune homme de mon époque, sûr de soi et rationnel , et pourtant cette rencontre me laisse perplexe et j'avoue que je frissonne, de froid sans doute, sans qu'il me soit possible de contrôler un esprit trop imaginatif qui ne me ressemble pas.


Je suis enfin content de reconnaître cette barrière blanche qui mène au château où je retrouve un peu de lucidité et de sérénité. Mais invariablement, quelque chose me trouble. Je voudrais bien y mettre des mots, mais c'est impossible. C'est indicible et irraisonné.


J'entends, en bas, les bruits familiers de la maison : La préparation du repas par notre vieille Elise, ma chère et tendre nourrice, père qui range le bois devant la grande cheminée, et mère qui s'active aux taches ménagères, mes deux frères qui écoutent la télévision au salon...


Il faut que j'en ai le cœur net. Je file à la bibliothèque. Tout jeune, elle m'avait toujours ouvert des voies nouvelles et créatives, rien qu'à lire les titres. Je sais que dans un coin obscur de cette pièce, remplie de trésors livresques, au plus haut d'une étagère, juste sous le plafond , il y a de vieux papiers qui relatent une étrange histoire..... .
Il y a quelques années de cela, Je suis tombé dessus tout-à-fait par hasard. Mon père m'avait interdit l'accès à ces hauts rayonnages, par sécurité je suppose, mais comme tout enfant indiscipliné et curieux de tout, j'avais transgressé l'ordre et j'étais parti en exploration, comme Vendredi dans la jungle feuillue, et muni de la grande échelle, je grimpai vers l'Aventure. Ce fut une rencontre bizarre. Je n'osai pas compulser ce grand livre et comme un voleur, je le ramenai sur la table en contrebas.
Tout d'abord, je fus déçu par son aspect général. C'était en fait une chemise en carton dur, qui était brûlée en de multiples endroits et pas très agréable au toucher. Pourtant, quand je l'ouvris, je fus émerveillé d'y trouver plusieurs manuscrits tout craquelés, comme une carte au trésor.


Dernière édition par Dan.L le Ven 22 Déc - 09:57 (2017); édité 1 fois
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Message Posté le : Ven 22 Déc - 09:53 (2017)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Ven 22 Déc - 09:54 (2017)    Sujet du message : Le texte de Daniel Vachon Répondre en citant

Le premier parchemin, à peine visible, était écrit à la plume d'oie, enfin le pensais-je, car l'encre avait bavé sur des lettres en vieux français, qui m'empêchait de lire correctement le sens des phrases. Néanmoins, certains mots revenaient avec force, comme «  SIECLE, RUINE, CONSTRUCTION... »suivis d'une écriture illisible à l'encre rouge passée « ...ENFAN, POUR NAISSANCE ou RENAISSANCE ??!... » et tout un tas de signes incompréhensibles, suivis de ce qui semblerait être une signature, encore en rouge, comme du sang séché, puis une date plus identifiable : ce jourd'hui sixième jour de may an de grâce mil cent quatre vingt saize....


C'est en finissant cette page que j'entendis du bruit dans les escaliers. Je remis quatre-à-quatre le précieux document à sa place et dégringolai l'échelle en vitesse. Je saisis un livre au hasard, quand la porte s'ouvrit sur un père soupçonneux. Prévoyant déjà les questions embarrassantes, je pris les devants lui demandant si ce livre que j'avais en main était intéressant ? Il sourit gentiment sur mon choix :
- Tu sais, Theillard de Chardin à 14 ans, c'est peut-être un peu tôt, non ?
Je reposai l'inconnu avec une mine triste puis descendis avec père, sûrement pas dupe de cette ruse, mais n'en laissant rien paraître. Ma vie d'aventurier s'arrêta là et je ne remis jamais les pieds à la bibliothèque, jusqu'à ce jour.


Aujourd'hui, je suis bien décidé à comprendre ces feuillets anciens qui sont cause de mon malaise, mais je veux me faire aider par un généalogiste que l'on m'a conseillé et qui connaît l'ancien français. J'ai subtilisé ces documents, les ai placé dans mon cartable, et après le copieux repas toujours préparé avec soin par ma Lise, je descends à Honfleur.
La rue, damée de gros pavés, est peu engageante. Je sonne au numéro indiqué. Après une petite attente, la porte s'ouvre enfin sur un vieux personnage tout barbu. En entendant sa voix, d'un coup,
je me sens mal.
    • Qu'avez vous mon jeune ami ?
    • Un peu chaud, je crois, en lui tendant les parchemins.

Cette voix, ce matin, dans le brouillard....Je n'ai pas le temps de me reprendre, qu'il enchaîne déjà :
-- Ce sont de très vieux documents que vous m'apportez là !
A l'aide d'une grosse loupe, il scrute chaque feuille avec attention et sourit sans dire un mot. Pour conjurer mon angoisse, je regarde tout autour de moi, cherchant un objet familier qui pourrait me détendre, mais tout est sombre, hormis le faisceau braqué sur la table.
Enfin, comme dans un rêve, le verdict tombe. Sa voix se fait plus légère, sirupeuse, envoûtante. Elle résonne dans cette petite pièce comme un oracle terrible. L'annonce me fait frémir.
Je sors de cette maison presque en titubant, je m'appuie sur un mur, je m'assoie sur un banc, puis, cédant à une panique irréfléchie, j'éclate en sanglots...car c'est pour bientôt !!


Je suis rentré au château dans un état second. Je ne voyais plus rien, n'entendais personne. Même le raidillon du chemin des monts si dur parfois à monter, je ne l'ai pas senti dans les jambes. Cette petite route, de grands arbres ombragés qui jouent avec le soleil, a disparu d'un coup, et je me retrouve dans ma chambre dans une totale confusion.....c'est pour bientôt..... c'est pour bientôt...


L'obsession tourne en boucle dans ma tête....Il faut que je me calme, que je reprenne mes esprits, que je retrouve mes repères, un peu de constance..
Même si je me persuade de l'utilité de mes efforts, je sens toujours une menace qui plane, qui s'accroche dans mes armoires, à mon bureau, dans mon lit, au plafond. Lumière éteinte, une présence rode toujours, qui entoure cette pièce de maléfices. Une main désincarnée m'agrippe et m'emmène dans un labyrinthe d 'épouvantes absolues.. Je fais des cauchemars affreux, me réveille en sueur, tétanisé..Je guette les premières lueurs de l'aube comme une bouée de sauvetage, un éden de tranquillité, la vie reprend sa marche, et pourtant c'est pour bientôt !!.......


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Dan.L
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Message Posté le : Ven 22 Déc - 09:55 (2017)    Sujet du message : Le texte de Daniel Vachon Répondre en citant

Il est temps de laisser notre jeune héros à ses fantasmes, pour faire un peu l'histoire de sa famille, une très vieille famille des seigneurs de Gonneville.
Tout commence entre mariages de nobles, des échanges de terre, des fortifications pour les protéger et des guerres avec ou contre les anglais, selon les bénéfices qui en résultent ou le rapport de force engagé....
Bref on s'étripe gaiement, et les rangs deviennent moins serrés. Alors pour se rassurer, on construit un château vers 1216, dont on sait par de vieilles archives qu'il brûla au soir du dernier jour de la même année. Ce devait être une catastrophe pour l'époque. La famille se retrouve désargentée.
Pourtant, une semaine après, les Sieurs et Dame de Gonneville reçoivent en grande pompe dans leur château tous les écuyers de la région. Que s'est-il donc passé ? Mauvaise interprétation des écritures ? Erreur de timing comme on dit maintenant ? Communication mensongère ? Toujours est-il qu'on garde trace de tous ces nobles jusqu'à....
Enfin non. Pas tout à fait. Car on a constaté, lors de ce fameux repas, l'absence de l'aîné, ce jeune et jovial écuyer qui, paraît-il, faisait baver d'envie tous ces copains par sa bravoure et ses conquêtes féminines. Si le père fut crédible dans l'explication, la mère, Gertrude, d'habitude plutôt sèche, avait eu la larme facile. C'est le bon père de l'abbaye de Grestin qui relata cette anecdote dans ses carnets ..


Après quelques temps passés dans des climats rigoureux, affligeants hommes et bêtes, puis quelques graves épidémies, la peste touche Gonneville, mais ne semble pas affecter la descendance du château, pratiquant une vie sûrement plus confortable, d'après le nombre de terres fieffées leur appartenant.
Chose curieuse, pourtant, en l'an 1416, on signale la destruction par le feu du château de G, et comme deux cents ans auparavant, une semaine après on dit le château debout ! C'est à n'y rien comprendre ! D'autant que l'on constate à chaque fois la disparition de l'aîné de la famille !


Alors, des voix ecclésiastiques s'élèvent pour signaler ces faits redondants et l'on commence à parler sous le manteau de quelques malédictions. On murmure des choses pas très catholiques, de documents mystérieux, d'accord passé avec le diable...
L'autorité des Maîtres est sévère et les répressions impitoyables contre les mécréants qui propagent de tels balivernes...


Et pourtant, chaque siècle passé voit se volatiliser l'héritier direct de la famille. Et pourtant à chaque fois et au même moment, les différents gardiens du château, habitant juste en face de l'église, ont signalé aux curés des traces de terre remuées juste derrière une tombe dont on ne connaît pas l'origine.....Personne n'ose vérifier ces dires, car la peur marque plus les esprits que la vérité.


Les années s'écoulent dans un drôle de climat, fait de suspicion, de peur, d'anxiété. Les villageois commencent à douter de tout, car des idées nouvelles arrivent de plus en plus souvent, par les marchands ambulants, par les courriers des diligences, par les bateaux d'Honfleur.


Mais quand, en 1916, le château de Gonneville brûle une fois de plus, et que la terre a bougé du côté de la tombe, l'irrationnel réapparaît . C'est un déferlement de prières et de fureur mêlées. Le doute n'est plus permis. Pour les uns, c'est l'affaire de jeteurs de sort, pour les autres, dans les temps anciens, il y a bien eu contrat entre les seigneurs du lieu et le diable : Tous les cents ans, la pérennité du château contre la vie du successeur....


Alors, on colporte les événements dans tout le pays d'Auge, qui déborde sur le Calvados, sur


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Dan.L
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Message Posté le : Ven 22 Déc - 09:56 (2017)    Sujet du message : Le texte de Daniel Vachon Répondre en citant

toute la Normandie....et peut-être même au delà ! Les bouches se délient le soir, près des cheminées. Et les histoires s'amplifient, se gonflent de nouveaux détails, s'abreuvent de faits diaboliques pour faire peur aux enfants, mais l'écoute est un peu craintive pour tous....


La légende se tisse au gré des conteurs et leur don de narrateur. Elle parcourt ainsi un chemin sinueux dans la mémoire du peuple, et ressort grandie de ce long voyage...


Tellement grandie, que notre jeune héros que nous avons laisser en chemin, et dont j'avais trouvé ses écrits sur un banc, s'est enfui, du moins on le suppose, car personne n'a jamais plus entendu parler de lui...ni de ses parents !


    • J'irai bien jeter un coup d'oeil au cimetière, dis-je à mon voisin de palier à qui je racontais ce récit.

    • Surtout pas, me répondit-il avec un rire, glaçant comme une menace, qui me fit froid dans le dos.....




Je ne m'y suis pas rendu. On ne sait jamais...


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Message Posté le : Aujourd’hui à 18:20 (2018)    Sujet du message : Le texte de Daniel Vachon

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