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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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le texte de Jacqueline Frrer
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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:28 (2017)    Sujet du message : le texte de Jacqueline Frrer Répondre en citant

Quand arrive la fin de l'année, un souvenir d'enfance me revient souvent à l'esprit car il me marqua profondément ; au lieu de rester délicieux il tourna au drame, que dis-je, au traumatisme même, pour la naïve petite fille romanesque que j'étais alors.
Cette année-là, l'automne n'arbora pas ses flamboyantes couleurs coutumières mais nous glaça par une pluie froide, incessante, plombant encore plus l'ambiance déjà morose lorsque enfin, pas à pas, décembre s'annonça.
Or, dans notre petit village quand décembre arrivait, Noël s'installait...Noël, Noël magique et son tourbillon de joies, de lumières, de féeries, de surprises, de totale allégresse, quoi ! Une joyeuse euphorie collective régnait dans les rues et les foyers . Tout excité, on s'affairait fébrilement aux préparatifs de tous côtés. Chassant la mélancolie automnale, même notre village s'activait coquettement, ayant revêtu son habit de fête : quelques jolies guirlandes aux échoppes des commerçants (bien loin de la frénésie électrique actuelle), quelques devantures égayées par l'étalage de beaux jouets espérés, le traditionnel sapin trônant altièrement devant notre mairie.
A la devanture de l'unique boucherie étaient suspendus superbes chapons et gibiers, annonces des agapes à venir. Chez la boulangère, des sujets en pain d'épices et des couques dorées en forme d'enfant Jésus attisaient notre gourmandise. Enfin, pour ne pas oublier les racines spirituelles de la fête, monsieur l'curé nous accaparait pendant les cours de caté du jeudi matin pour l'installation de la crèche dans notre église aidés de quelques adultes de la chorale, et on répétait tous à tue-tête « il est né le divin enfant » bien sûr ! Cette gaieté pour les chants de Noël je la retrouvais aussi chez mamounette qui me gardait le jeudi -jour sans école- et là Tino Rossi (dont elle était éperdument amoureuse) tournait en boucle avec « Mon beau sapin » ou, « C'est la belle nuit de Noël ». A l'école aussi, les chants de Noël et poésies hivernales nous reposaient du calcul mental.
A la maison, je préparai avec ma facétieuse mamounette, des dattes fourrées de pâte d'amande et de délicieux biscuits à la cannelle que nous cachions encore tièdes dans ses jolies boites en fer blanc après que j'en eus dégusté quelques-uns, étant une incorrigible gourmande ! Puis, on dessinait et découpait en secret des petites cartes que l'on suspendrait dans le sapin pour le décorer.
Pour respecter le cycle de Noël, on préparait, aussi, cérémonieusement la couronne de l'Avent qui m'aiderait à calmer mon impatience jusqu'au grand soir du 24 en allumant une des quatre bougies chaque dimanche auparavant. On s'amusait aussi à fabriquer nous-même le calendrier de l'Avent dont j'ouvrirai chaque jour une petite case pour découvrir un berlingot, une réglisse, une bergamote ou un calisson. Enfin, pour parer la maison de ses plus beaux atours, mamounette s'évertuait à tout encaustiquer de la cave au grenier pour que tout brillât afin d'accueillir bientôt, dignement, un prestigieux hôte de marque !! Bref, la magie de la fête envahissait mystérieusement nos êtres et nos âmes nous faisant oublier la froidure cinglante de l'hiver qui s'installait pour de bon.
A la cantine de l'école, après le repas amélioré (pralines au chocolat, mandarine et bûchette) les maîtresses nous donnaient nos notes avec nos classements, et les deux premières de chaque classe recevaient la croix d'honneur et un cadeau grâce aux deniers de monsieur Le Maire, directeur aussi chez les grandes du CM2. Ce cadeau était toujours un beau livre sur...Noël évidemment ! C'est sûrement alors que naquit ma passion pour l'abondante collection variée que je possède aujourd'hui, et c'est alors aussi que naquit mon immense Amour pour ...pour ? L'homme de ma vie, mon idole, mon héros, mon seul exemple masculin puisque papa était parti trop tôt et que je n'avais ni grand-père, ni frère, ni cousin. Alors à mon tour de tomber amoureuse (non, pas de Tino Rossi), mais du ... Père Noël !
Mon admiration pour cet homme si bon, si généreux, si courageux, si jovial était sans borne.
Au caté, j'avais voulu parler de cet homme bienveillant à monsieur l'curé, mais, ce dernier, choqué me rétorqua sèchement d'admirer plutôt Saint Nicolas, le seul, le vrai à venir en aide aux pauvres depuis l'an 300 après JC. Eh bien non, pensai-je vexée, ce rival, même prestigieux évêque de Myre en Lycie ne détrônera jamais au fond de mon cœur...mon Père Noël !
J'aimais beaucoup lire les histoires romanesques de Charles Dickens et me régalais des scènes picturales des Noëls victoriens, mais surtout je ne me lassais jamais de relire le merveilleux poème que le Révérend Clement Clarke Moore composa pour ses enfants en 1822 aux états-unis et que le dessinateur Thomas Nast en 1863 acheva d'illustrer de façon débonnaire. Saint Nicolas qui avait été l'inspirateur de ce poème « Le soir de Noël » perdit vite à mes yeux tous ses attributs épiscopaux pour laisser place à mon coup de foudre : un grand père sympa et humain à l'amusante grosse barbe blanche, à la bedaine rassurante, aux petits yeux malicieux. Avec sa houppelande rouge, son bonnet bordé d'hermine et ses luisantes bottes fourrées je le trouvais très élégant. Sportif imbattable avec çà, pour offrir en une seule nuit un cadeau à tous les enfants du monde. Quelle force de la nature aussi pour commander d'une main de maître huit rennes robustes tractant fougueusement le précieux traineau à travers la voûte céleste étoilée ! Quelle classe enfin, car il n'oubliait jamais, en quittant chaque maisonnée, de claironner poliment « Joyeux Noël et à tous bonne nuit. »
Bref, vous l'avez compris, ma vénération pour cet homme était incommensurable ainsi que mon attente obsessionnelle d'une rencontre dans la nuit du 24, hélas je le ratais toujours de peu car je finissais par m'endormir, chaudement pelotonnée sous l'édredon de plumes, laissant la neige au rendez-vous, immaculer la terre entière dans une grande conspiration d'amour.
Pour moi, à Noël, tout devenait beau et pour conforter cela, maîtresse nous avait cité Stendhal :  « Le beau est une promesse de bonheur ».
Mais...mais !
A l'école lors du tout dernier jour avant les vacances je vis soudain une grande de CM2, Huguette Dolet ma voisine, s'avancer rageusement vers moi dans la cour pendant la récréation. Elle vociféra à mon visage : « Alors, la chouchoute de la maîtresse, j'parie qu'tu vas encore avoir un livre aujourd'hui, y paraît qu'tu crois encore au Père Noël et pourquoi pas à des rennes qui volent pardi !! » Le regard dur de ses petits yeux gris me transperça. Elle tourna aussi sec les talons avant que sidérée j'aie pu lui rétorquer qu'elle,...qu'elle blasphémait ! A mes côtés, Clarisse resta bouche bée, alors que Marcelline baissa la tête un peu génée. Bizarre !
A la descente du bus, où maman ne manquait jamais de venir me chercher après son travail, je bondis, encore outrée par l'affront d'Huguette envers mon noble héros en


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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:28 (2017)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:29 (2017)    Sujet du message : le texte de Jacqueline Frrer Répondre en citant

qui ma foi totale demeurait inébranlable. « Enfin maman, tu t'rends compte, ne pas croire au Père Noël ! Non mais..., autant tout de suite qu'elle (cette sale Huguette) salisse aussi les fées dansant dans la clairière ? Hein maman ?
Je cherchais vite un appui auprès de maman, mais curieusement, peu indignée elle se contenta de me dire :  « Voyons calme-toi ma chérie et nous causerons de tout cela pendant le goûter puisque pas de devoirs ce sont les vacances. » Vraiment bizarre !
Pauvre maman ! Elle venait de comprendre que l'heure de ne plus y croire allait sonner pour moi et qu'elle devrait hélas devenir la méchante briseuse du doux rêve. auquel je me cramponnais si puérilement.
Arrivées à la maison, elle me dit adroitement avec une infinie douceur : «  Vois-tu ma puce, Père Noël est une belle légende pour récompenser les enfants sages. » Devant ma stupeur, elle me bombarda vite de questions auxquelles je n'avais pas même imaginé le besoin de réponses. « Mais enfin, ma chérie, comment feraient des rennes pour voler ? Comment avec son gros ventre ferait-il pour passer dans toutes les cheminées ? Comment pourrait-il mettre tous les cadeaux des enfants du monde dans une petite hotte et un petit traîneau ? Comment, si vieux déjà, pourrait-il faire tout seul cette immense besogne en une seule nuit ?.. ??? »
Toutes ces questions inutiles sonnaient dans ma tête comme de violents coups de marteau. Par cet acte gratuit et cruel, maman venait de tuer mes trop belles illusions. Hargneuse je m'écriais : « Et toi, comment as-tu pu me mentir ? » Maman voulut m'embrasser, mais je me dégageais folle de rage. Elle me regarda stupéfaite (ne disait-on pas que j'étais une enfant docile, une enfant vraiment facile à élever?) : « Réfléchis ma puce, tu es grande maintenant tu as eu 8 ans le mois dernier et tu détiens donc désormais, à ton tour, le grand secret des adultes ! »
Mais quel secret ? Et pourquoi grandir ? Si tôt, si vite, si mal. Sans toucher à mon goûter, je courus me réfugier, ivre de douleur, dans ma chambrette ; J'étais totalement anéantie. A mon immense stupeur et déception s'ajoutaient confusément...de l'humiliation et de la trahison ! J'avais une confiance aveugle en maman et en mamuonette, or la remise en cause de leur parole faisait vaciller tout mon monde enfantin : elles avaient osé me mentir !! c'était impensable et j'en éprouvais une profonde honte pour elles deux. Ne m'avaient-elles pas souvent seriné que mentir c'était un péché. C'était bien mamounette qui m'avait raconté les mésaventures de Pinocchio, et c'est bien monsieur l'curé qui menaçait tous les menteurs de finir dans les flammes de l'enfer !
Je passais donc une nuit très agitée dans laquelle m'agressait le regard vipérin d'Huguette qui m'avait ridiculisée devant Marcelline sûrement déjà au courant. Décidément, toutes des sales traîtres et fieffées menteuses !
Parmi mes larmes, je sentais confusément que la formidable part de rêve de ma petite enfance s'envolait à tout jamais. Il me fallait re-non-cer au Père Noël ! Non..non, impossible, trop dur, pour devenir « une grande », il n'y aurait donc plus de place pour mon imaginaire ? Eh bien, non maman, je ne veux pas grandir.
Toute chamboulée par cette vérité assénée trop tôt, je m'endormis péniblement dans les bras du Père Noël, bien sûr, venu me kidnapper pour m'adopter et me conduire tout là-haut, chez lui en Laponie, entre forêts et fjords à Rovaniemi, une tranquille bourgade finlandaise située en plein sur le cercle polaire dans un climat sain parmi des gens sains. Arrivée à son domicile, j'aperçus son beau chalet décoré de jolis cadeaux, et flanqué d'une post


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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:30 (2017)    Sujet du message : le texte de Jacqueline Frrer Répondre en citant

poste bien sûr, et d'un grand atelier où s'activaient de vaillants lutins. J'étais bien, j'étais même ... trop bien.
Le lendemain, mon réveil nauséeux me fit refuser le baiser matinal de maman et je me laissais gagner par de bien vilaines pensées diaboliques. Pour me venger de la supercherie des adultes, je fignolais un plan d'attaque : désormais, je ne serai plus une très bonne élève, car je refuse, c'est décidé, de passer plus tard chez les grandes en CM2, et surtout jamais au collège. Les deux femmes de ma vie sont toujours fières de mes bonnes notes, eh bien moi je ne suis vraiment pas fière d'elles. Je triplerai donc toutes mes classes autant que possible.
Ah oui ! Je vais brûler aussi tous mes beaux livres de Noël reçus en récompense scolaire car les libraires sont de sacrés menteurs eux aussi ! Mais cet acte suicidaire me déclencha d'énormes sanglots ; Oh non pas ça quand même !
Progressivement, ma rancune devenait colossale et ma révolte haineuse.
Ah oui ! Puisque mon beau mythe s'effondre , je vais renoncer à d'autres croyances : je n'irai plus au caté car je vais arrêter de croire en Dieu ; C'est décidé. Et puis, monsieur l'curé, ce cachottier, m'a sûrement prise pour une idiote quand je lui ai vanté Père Noël. Je n'ai plus confiance en lui non plus et vais refuser de faire ma communion privée. Quoi ? Un scandale ? Bien fait pour eux tous ! Pourquoi devrais-je croire en l'existence d'un barbu descendu du ciel plutôt qu'à un autre ? Non, je ne serai plus dupe des mensonges d'adultes qui font si mal. Désormais, plus aucune affirmation de leur part ne sera garantie à mes yeux : ma profonde souffrance faisait basculer l'univers entier.
Bien qu'en vacances, j'errais oisivement dans la maison, refusant de lire des fadaises et ne trouvant aucun intérêt à jouer dans la neige avec mon chien, ni à construire mon bonhomme de neige : mes vacances tant attendues n'avait plus aucune saveur ! Je boudais obstinément et mon attitude glaciale sidéra mes deux gardiennes avec inquiétude. Je réalisais que la fébrilité de l'attente et la découverte des cadeaux sous le sapin avaient été des émotions uniques que je ne pourrais plus jamais ressentir. Un chagrin immense pesait sur mes épaules car ma candeur et mon innocence s'envolaient à tout jamais et la magie de cette fête ne brillerait plus du tout comme avant. Je vivais très mal cette expulsion brutale du monde confortable de mon enfance dans lequel je sentais encore le besoin de me réfugier. Mon imagination et créativité débordantes se tarissaient subitement. Je m'enlisais donc dans ma bouderie et un profond mutisme.
Lors de la veillée du 24, je déclinai les traditionnels chocolat chaud et pain d'épices pour aller me coucher très tôt, sans déposer mes souliers devant le sapin ! Le lendemain matin, je remerciai poliment, sans effusion de tendresse, pour les deux cadeaux qui avaient perdu toute leur aura en leur lançant au visage qu'elles avaient sûrement bien choisi ce que j'avais commandé dans ma lettre personnelle au Père Noël, lettre stupide qu'elles me forçaient d'ailleurs à aller poster ! Navrées, elles baissèrent la tête et comprirent qu'elles auraient bien du mal à conjurer mon traumatisme quand soudain, maman, fatiguée et profondément désemparée éclata en sanglots et fila dans sa chambre. Désarçonnée, je regardais grand-mère qui, l'air sombre, me fit signe d'aller la rejoindre.
J'entrai dans la chambre et vis alors maman en larmes assise au bord du lit parlant à papa avec son portrait entre les mains : « Tu sais chéri, depuis ton décès, ce n'est pas facile d'élever seule notre enfant, oui, je l'ai surprotégée car tu me manques tellement. » Bouleversée, je m'effondrai à ses pieds en lui demandant mille fois pardon et lui dis ma reconnaissance pour les beaux cadeaux qu'elle m'offrait, durement gagnés à la sueur de son front.
Quelqu'un sur le seuil de la porte nous espionnait...mais non voyons pas le Père Noël c'est bien fini tout ça ! C'était mamounette l'air ravi qui vint me dire solennellement : «  Le temps est venu pour toi de veiller à ton tour sur ta petite maman car tu es devenue enfin sa grande fille, non ? » OH oui, dis-je repentie et pleinement solidaire, je leur confiai : « Et puis, je suis comme vous deux maintenant, moi aussi je suis veuve puisque j'ai perdu l'homme que j'aimais. »


La parenthèse enchantée qu'est Noël remettait la paix dans nos cœurs et des paillettes dans nos yeux.







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Message Posté le : Aujourd’hui à 05:48 (2018)    Sujet du message : le texte de Jacqueline Frrer

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