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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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Le texte de Françoise Prouteau
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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:23 (2017)    Sujet du message : Le texte de Françoise Prouteau Répondre en citant

De ma fenêtre.....


L'appel du Sud revenait tous les ans avec l'été. Ce départ vers le Sud était attendu tout autant que la fin de l'école. Était-ce la joie d'être en vacances ou l'excitation de partir vers un monde différent qui me réjouissait tant ? Le voyage lui-même n'avait rien d'excitant tellement il me semblait sans fin. La frontière climatique de la Loire franchie, il fallait rouler pendant de nombreuses heures pour atteindre une autre frontière, linguistique cette fois-ci : à Figeac nous étions dans le pays de la langue d'Oc. Plus que quelques heures d'une route de plus en plus sinueuse et j'apercevrais au loin, sur une colline, la petite chapelle de Saint Jean le Froid ; la maison familiale où je passais tous mes étés n'était plus très loin.

Une maison familiale ? Oui ….. et non . Aucuns grands-parents pour m'y accueillir, mais sitôt la maison ouverte, leur présence était partout, et c'était chez eux, sans que je les aie connus, que j'avais plaisir à me retrouver et à remonter le temps. Tout ce qu'ils avaient laissé dans les greniers me fascinait. Fouiller les vieilles malles de vêtements d'un autre temps, feuilleter les revues d' époque en papier glacé à peine jauni comme les revues «Je sais tout», regarder les albums de photos, découvrir des objets hétéroclites comme un masques à gaz ou un sabre de cavalerie, avivaient une curiosité jamais rassasiée. Cependant, dans la chambre que j'occupais, ils m'avaient légué quelque chose d'encore plus surprenant : une fenêtre à meneau.


Pendant longtemps je n'ai pas su ce que le mot « meneau » désignait, mais ce mot sonnait bien à mes oreilles d'enfant et avait le charme de l'étrangeté et de la rareté. Cette fenêtre haute en deux parties était encore plus belle vue de l'extérieur avec sa colonne centrale qui séparait deux baies géminées. Je n'en avais vu que dans des châteaux moyenâgeux. Comment une simple maison villageoise pouvait-elle être ornée d'un tel élément architectural? De quelle bâtisse en ruine provenait-elle? Dans la région, des ruines impressionnantes de châteaux dressent encore leur silhouette sur des pitons rocheux au dessus de vallées profondes. Duquel de ces châteaux «ma» fenêtre provenait-elle ? Quels événements avaient-ils causé leur ruine? Est-ce là la racine de mon goût pour l'Histoire? Cette fenêtre allait me faire voyager à travers le temps et l'espace européen.....


Ce pourrait-il, qu'accoudée à cette fenêtre, une belle Dame ait été charmée par le chant d'un troubadour? Sur la terre de mes ancêtres au Moyen Age, des poètes accompagnés du luth chantaient « l'amour courtois » appelé en occitan Fin'Amor. La dame de leurs pensées était leur inspiration et leur amour pour elle, fantasmé. Des femmes comme Maria de Ventadorn s'adonnaient aussi à la poésie et exprimaient, à l'égal des hommes, leurs sentiments.
« Qu'elle soit son amante ou sa dame de sagesse
La dame doit à l'ami , faire honneur
Comme à un compagnon et non comme à un seigneur. »
En Occitanie ne dit-on pas encore à sa belle, absente « je me languis de toi » !


Dans ma jeunesse, et encore maintenant, mon troubadour avait pour nom Georges Brassens. A travers cette fenêtre grande ouverte je diffusais, très haut, sa poésie chantée: « La mauvaise réputation » ou « Le temps ne fait rien à l'affaire », au grand dam des âmes bien pensantes du quartier ... Sa pensée libertaire «mourrons pour des idées mais de mort lente» m'accompagne toujours. Avec les ans ma chanson préférée est « Supplique pour être enterré à la plage de Sète »
« Pauvres rois, pharaons ! Pauvre Napoléon !
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !
Pauvres cendres de conséquences !
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.... »



Dernière édition par Dan.L le Ven 22 Déc - 10:02 (2017); édité 1 fois
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:23 (2017)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:25 (2017)    Sujet du message : Le texte de Françoise Prouteau Répondre en citant

Moi, j'étais alors, jeune et bien vivante, en vacances dans ce pays qui m'était à la fois familier et étranger. Mes voisins, entre eux, ne parlaient pas ma langue et vivaient, décalés, à l'heure du soleil. C'est au cours de la visite d'un château des environs que j'ai entendu parler, pour la première fois, de la Croisade contre les Albigeois. La conséquence, encore visible, avait été la destruction de cet imposant château. Ma fenêtre à meneau avait-elle un lien avec ces événements tragiques? Mon attention ne s'était pas portée sur les Croisés mais sur ceux qu'ils avaient combattus et exterminés : les Cathares. Qu'il fît une chaleur étouffante ou qu'un orage libérateur grondât enfin, ma vie de vacancière avait changée. Je ne faisais plus de longues promenades à bicyclette avec les copains et copines. Je n'allais plus me baigner dans les trous d'eau de la rivière. Je gardais la chambre, plongée dans la lecture des livres que je trouvais sur le sujet. Comment une adolescente n'aurait-elle pas été fascinée par ce désir d'absolu de ces chrétiens un peu particuliers. Ils faisaient retour aux Evangiles, prônaient la chasteté et le mépris de la chair. Pour cela ils furent nommés « cathares » ce qui signifie «les purs». Les femmes n'étaient pas, pour eux, inférieures aux hommes. Ainsi ceux et celles qui s'étaient détachés du monde sensible, devenaient-ils aux yeux de leurs compagnons, des Parfaits et des Parfaites, à imiter. Hérétiques, ils furent décrétés, parce qu'ils ne reconnaissaient pas l'autorité des Papes omnipotents, tant dans le domaine spirituel que temporel. L'appel à la Croisade fut lancé contre eux par le Pape Innocent III : une croisade contre des hommes qui se réclamaient du Christ !Bûchers, massacres, délations, ruines, pillages, expropriations des terres par les Croisés du Nord de la France, tel fut le bilan de cette croisade du début du XIII ème siècle. Comment être surpris que toute personne parlant avec « l'accent pointu » soit, encore de nos jours, perçue avec méfiance !


J'ai cessé depuis longtemps de passer mes été en Occitanie afin de découvrir de nouveaux lieux. Alors qu'en Bulgarie, je visitais la forteresse de Veliko Tarnovo et sa tour carrée pratiquement sans ouvertures, la fenêtre à meneau de mon enfance a ressurgi à mon esprit. Dans cette tour, au Moyen-Age, des Croisés, des Byzantins, des Bogomiles avaient été emprisonnés. Moi qui ignorais jusqu'à l'existence de ces Bogomiles, je découvrais qu'ils avaient été frères en hérésie des Cathares . Que comme eux, ils avaient été persécutés par les Tsars, que beaucoup avaient fui l'Empire et surtout qu'ils avaient eu des relations avec les hérétiques occitans. Ne qualifiait-on pas alors ces hérétiques occitans de Bougres. Sur mon chemin du retour, au Monténégro, dans son ancienne capitale Cetinje, j'ai pu voir deux stèles bogomiles qui se dressaient encore près de l'église valaque, alors que les autres stèles de l'ancien cimetière bogomiles avaient été intégrées à la construction de l'église. La plupart avait servi à daller l'allée sur laquelle les fidèles marchaient pour accéder au porche de l'église : tout un symbole !


Loin de la fenêtre à meneau de mon enfance et peu de temps après mon retour de Bulgarie, j'ai lu avec délectation le livre d'Anton Dontchev « L'épopée du livre sacré ». Ce livre sacré des Bogomiles serait un cinquième Evangile attribué à saint Jean. Les Bogomiles qui le détiennent en Bulgarie veulent le faire parvenir aux Cathares pour les aider à soutenir leur lutte. Le Pape Innocent III veut le récupérer et l'enfouir à jamais dans les caves du château saint-Ange à Rome, car il y est écrit que «  l'Eglise ne doit pas intervenir dans le domaine temporel et dans la marche des royaumes terrestres ». Le baron Henri de Ventadorn est chargé par le Pape de s'emparer du document et de le rapporter à Rome. Ce chevalier est intrépide, rusé mais aussi vénal. Traverser l'Europe en ces temps reculés n'est pas sans danger. De plus les voies du seigneur sont impénétrables.... Roman historique ou pure fiction ? Une épopée palpitante !


Ce souvenir d'enfance m'a-t-il fait remarquer que le motif de la fenêtre est souvent représenté par le peintre Matisse. Le plus souvent ce sont des fenêtres ouvertes sur des paysages colorés comme ceux de Collioure, de Tanger ou de Nice. Mais dans « le violoniste à la fenêtre » qu'il peint à Nice en 1918, la fenêtre est fermée et laisse voir de gros nuages qui se détachent sur un ciel rouge : la façon qu'a choisie Matisse pour exprimer son angoisse devant une guerre qui perdure. Une autre de ses toiles dite « Intérieur au violon » s'ouvre sur l'extérieur par une fenêtre protégée


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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 21 Déc - 10:26 (2017)    Sujet du message : Le texte de Françoise Prouteau Répondre en citant

par des persiennes à l'italienne. Avec le temps, mon rêve de Sud pourrait se matérialiser, non plus par une fenêtre médiévale, mais par une fenêtre entr'ouverte sur un jardin et protégée de l'ardeur des rayons solaires par des persiennes de ce type. Légèrement soulevées, elles laisseraient passer un courant d'air frais parfumé par les exhalations des plantes aromatiques méditerranéennes...




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Message Posté le : Aujourd’hui à 15:04 (2018)    Sujet du message : Le texte de Françoise Prouteau

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