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Pour Seul Cortège Laurent Gaudé
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 7 Fév - 10:12 (2017)    Sujet du message : Pour Seul Cortège Laurent Gaudé Répondre en citant

Commentaire de Jean Pierre Le Blond
 
Laurent Gaudé, Pour seul cortège : un roman à plusieurs narrateurs et plusieurs voix 
  
Déjà,  dans  Le Soleil des Scorta, Laurent Gaudé menait de front deux récits parallèles: un récit principal à la troisième personne et un récit secondaire , monologue à la première personne sous formes de lettres. Avec Pour seul cortège, le lecteur est immédiatement confronté à deux puis plusieurs récits simultanés. 
  
Les narrateurs et les voix 
Le récit est formé de brèves séquences, au présent de narration, qui suivent le déroulement des événements sur une durée de 20 mois et  simultanément en plusieurs lieux. Au début du récit, l’enfant de Dryptéis a quatre mois (p 34), il a deux ans quand elle le revoit à la fin du récit (p 173) Ce récit, le plus souvent à la troisième personne est le fait d’un narrateur extérieur qui s’attache à un personnage, en un lieu donné, et passe souvent du point de vue extérieur à la vision subjective et inversement. Ainsi la première séquence décrit le premier malaise d’Alexandre en adoptant d’abord le point de vue d’un témoin de la scène plus attentif que les autres puis celui d’Alexandre. Dans le troisième paragraphe c’est l’inverse. Après le regard d’Alexandre le récit décrit celui de l’entourage et de Séleucos. 
Simultanément, la deuxième séquence transporte le lecteur dans les montagnes d’Arie. Le récit, toujours au présent et à la troisième personne,  suit la Princesse Dryptéis, au lever du jour, sur la terrasse d’un temple où elle a trouvé refuge, et restitue sa perception du paysage.  Ces brèves séquences alternées forment un récit entrelacé qui offre  la décomposition au ralenti du cours des événements, simultanément en plusieurs lieux. Le lecteur suit la lente progression des événements en plusieurs lieux et avec plusieurs personnages à la fois. A cela s’ajoutent les voix qui accompagnent le récit comme le chœur dans les tragédies antiques et s’insèrent entre les séquences à la troisième personne. Ainsi, à la page 14, après un paragraphe à la troisième personne décrivant l’attente inquiète de Dryptéis, le récit passe à la première personne et reproduit son monologue et sa protestation angoissée. A la page 16, la voix d’Ericléops, messager d’Alexandre dont on ramène la tête, annonce son retour, par delà la mort, et soutient Alexandre de ses exhortations. Ce système de narration  présente au lecteur comme un ralenti intense sur plusieurs personnages et plusieurs scènes éloignées mais simultanées. 
 Les narrateurs et les voix dans les différentes parties 
Une première partie formée des 5 premiers chapitres (66 pages) pourrait s’intituler : « Des premiers spasmes à la mort. Elle entrelace 3 récits principaux : 
1-      Le récit des premiers assauts du mal, de la lutte d’Alexandre contre la fièvre, du défilé de son armée, de son agonie, du matin du 30 mai 323 (av J.C) jusqu’à sa mort le soir du 11 juin, 13 juin selon d’autres, soit une durée d’une dizaine de jours. (20 pages) 
2-      Le récit du voyage de Dryptéis, du temple d’Arie où elle s’est réfugiée à Babylone en passant par Persépolis où elle s’acquitte de sa mission en convainquant sa grand-mère Sisygambis de l’accompagner au chevet d’Alexandre comme « diseuse de vie et de mort » Au terme de ce voyage Sisygambis donne son verdict : » Il a fini sa vie...Mais cet homme ne sait pas mourir. » Dryptéis reste au chevet d’Alexandre. (22 pages) 
3-      Le monologue D’Ericléops : des confins du Gange, des messagers ramènent la tête d’Ericleops. Sa voix, par delà la mort, annonce son retour et encourage Alexandre à tenir bon. Au fil des séquences, il fait le récit de la mission que lui a confiée Alexandre : aller défier  Dhana Nanda, roi de Pâtalipoutra et lui déclarer la guerre. Ce 
      dernier envoie sa réponse avec la tête du messager. En décrivant chaque étape de son     voyage jusqu’au Gange et son retour , il s’affirme comme le plus loyal serviteur de       l’empire. Avant de mourir, Alexandre reçoit les messagers qui rapportent sa tête et      donne des ordres pour l’enterrer avec les honneurs. (14,5 pages) 
 Peu à peu, la voix de Dryptéis s’efface devant les séquences à la troisième personne. Seule subsiste la voix d’Ericléops. A l’annonce de la mort d’Alexandre, les séquences simultanées se multiplient. Aux séquences centrées sur Dryptéis : retour de Némnou, retrouvailles  de Dryptéis et de sa sœur Stateira, vaine tentative d’entrer dans la chambre mortuaire, lamentations de Dryptéis sur sa sœur assassinée, succèdent les séquences sur les rites mortuaires éxécutés par les trois pleureuses (4 pages), la crucifixion du médecin Glaukos, les premiers affrontements entre Perdiccas et Ptolémée, l’appel  au ralliement de Ptolémée à Tarkilias. 
  
Une deuxième partie décrit le cortège funèbre jusqu’au Nil dans les chapitres 6, 7, 8 (36 pages) sur une période de plus d’un an. Trois récits principaux  auxquels s’ajoutent la voix d’Ericleops et la voix d’Alexandre, dialoguant avec Dryptéis, s’y entrelacent. 
1-      Le récit à la troisième personne, centré sur Dryptéis se poursuit : Dryptéis court à la recherche de sa sœur et gémit sur son assassinat, elle refuse d’ouvrir à ses servantes et médite sur les luttes sanglantes qui s’annoncent. Elle finit par ouvrir et exprime sa volonté de se joindre au cortège funèbre. Elle le rejoint et se fond parmi les pleureuses. Elle suit le cortège. La marche est épuisante mais elle tient bon et entend la voix d’Alexandre qui s’adresse à elle. L’armée de Perdiccas qui se porte au-devant des troupes de Ptolémée dépasse le cortège et le contraint à se ranger. La voix d’Alexandre la supplie de le conduire aux tours de silence. La cavalerie de Ptolémée attaque le cortège. Elle sort indemne du carnage et reprend la marche en se demandant où elle va. Le cortège atteint les rives du Nil. Encouragée par la voix d’Alexandre, elle obtient de Ptolémée, sous le sceau du secret, qu’il lui laisse la dépouille d’Alexandre. (24 pages) 
2-      Le récit centré sur Ptolémée. Ptolémée veut frapper le premier et remporte une première victoire avec Tarkilias mais juge nécessaire de s’emparer de la dépouille d’Alexandre et donne l’ordre d’attaquer le cortège. (3 pages) 
3-      Le récit centré sur Tarkilias. Après chaque victoire, il arpente le champ de bataille avec amertume et désespoir. A la dernière, il relève fraternellement Aristonos blessé et le conduit au camp de Ptolémée qu’ils acceptent de suivre jusqu’au Nil. (2pages) 
4-      A ces récits s’ajoute la voix d’Ericléops annonçant à Alexandre que c’est Dryptéis qui va le ramener à lui pour qu’il les guide vers les terres lointaines. Elle s’adresse aussi à Dryptéis et l’approuve de rester près d’Alexandre. Puis elle disparaît au chapitre 7. (1 page) 
      La voix d’Alexandre s’adresse également à Dryptéis pour déplorer les guerres de succession et renouveler sa demande de l’emmener aux tours de silence, à Ptolémée pour lui demander d’écouter la requête de Dryptéis 
  
La troisième partie décrit le cortège en sens inverse jusqu’à la chevauchée finale et l’entrée dans la légende. (chapitres 9, 10, 11, 43 pages pour une durée de plusieurs semaines). Elle intercale 
1-      Le récit centré sur Dryptéis et décrit sa marche, en sens inverse, avec la charrette et son conducteur jusqu’à la tour de silence. Prévenue qu’il a ordre de la tuer, elle accepte son destin. Mais sauvée par Tarkilias, elle accompagne les 5 cavaliers jusqu’à Khanu de Carmanie. Craignant de dévoiler son secret, elle a obtenu de Nactaba qu’il lui donne un poison et un antidote pour limiter son temps de vie. Elle se sépare des 5 cavaliers et marche, seule, vers le Nord en faisant provision de feuilles d’arbre à soie, l’antidote recommandé par Nactaba. Après avoir traversé l’Elymandros, elle ne trouve plus d’arbres à soie et sait qu’elle atteint un point de non retour. A son arrivée en Arie, elle se dirige d’abord vers le temple où elle s’était réfugiée. Un prêtre passe les mains sur son visage et la lave de toutes ses épreuves. Le plus vieux des prêtres lui confie un sac de safran et le soin d’en faire l’offrande aux dieux chaque matin. Puis elle arrive au village où son fils a été recueilli, elle brûle ses dernières provisions de feuilles d’arbre à soie. D’un rocher surplombant le village, elle reconnaît son fils parmi les autres enfants et le contemple longuement. Sachant sa fin proche, elle savoure ces derniers instants avec la joie d’avoir sauvé son fils pour qui elle jette une poignée de safran. Elle s’adresse mentalement au 5 cavaliers qui lui répondent. Nactaba lui explique qu’elle va disparaître sans mourir totalement et lui demande de raconter leur dernière charge. Elle sent que tout est accompli et jette une poignée de safran pour les compagnons de la dernière escorte. (22 pages) 
2-      Le récit bref centré sur Ptolémée. Il craint que l’homme envoyé avec Dryptéis pour la tuer et à qui il a fait trancher la langue ne garde mal le secret. Il envoie Tarkilias. 
3-      Le récit centré sur Tarkilias. Aristonos, Nactaba, Moxyartès et Af Ashra se joignent à lui et se lancent sur les traces de Dryptéis. Tarkilias, malgré les ordres décide que Dryptéis ne doit pas mourir. Ses compagnons l’approuvent. Ils arrivent juste à temps pour la sauver, à la tour de silence.  Af Ashra recueille le souffle d’Alexandre dans l’urne. Après le départ de Dryptéis, ils partent au galop vers l’Est et atteignent les bords de l’Hyphase. Là, ils se rendent compte qu’ils ne peuvent libérer le souffle d’Alexandre en ce lieu de honte. Ils se dépouillent de leur armure et poursuivent leur chevauchée. Ils longent l’Indu Kush. Ils s’arrêtent sur le faîte d’une colline. Le cavalier sans tête réapparaît et les invite à charger. Les cavaliers Mauryas venus à leur rencontre, effrayés rentrent dans leur ville. Les 5 cavaliers suivent le Gange et arrivent devant l’immense armée de Chandragupta. Suivis de l’armée des morts, surgis de terre après un rite étrange, ils donnent la charge et meurent héroïquement l’un après l’autre. Avant de mourir Tarkilias libère l’esprit d’Alexandre. 
A ces récits s’ajoutent les voix : la voix du cavalier sans tête qui s’adresse aux 5 cavaliers, leur apparaît à plusieurs reprise et les guide jusqu’à la charge finale,  celles de Dryptéis et des 5 cavaliers et surtout, la voix d’Alexandre qui questionne, encourage et remercie les 5 cavaliers et qui, pour finir, décrit à Dryptéis la dernière charge et son entrée dans la légende (4 pages).              
  
Le système de narration adopté par Laurent Gaudé, dans ce roman, entrelace plusieurs récits simultanés : 3 récits principaux dans chaque partie. Il fait aussi entendre les voix des principaux personnages, principalement celles de Dryptéis et d’Alexandre. Dans le final époustouflant, la voix d’Alexandre s’enfle pour faire, à Dryptéis, un récit épique de la dernière charge qui, oniriquement, accomplit le rêve d’Alexandre et coïncide avec son entrée dans la légende. Coupés en séquences brèves, les différents récits, font vivre intensément et comme au ralenti les moments tragiques et grandioses d’une odyssée qui conduit hors de l’Histoire et fait entrer dans l’Eternité, les deux personnages principaux. 
Dans ce roman s’épanouissent deux qualités essentielles de l’écriture de Laurent Gaudé selon ses propres déclarations : « Une écriture qui fonctionne par séquences visuelles » et une écriture qui « a le souci de la voix, de l’oralité. » « C’est presque un livre à deux voix, une espèce de chant à deux voix. » 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Dernière édition par Dan.L le Mer 8 Fév - 09:56 (2017); édité 1 fois
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Message Posté le : Mar 7 Fév - 10:12 (2017)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Mar 7 Fév - 10:14 (2017)    Sujet du message : Pour Seul Cortège Laurent Gaudé Répondre en citant

Laurent Gaudé, Pour seul cortège : le titre
 
Pour seul cortège est paru en 2012. Déjà, en 2002, Laurent Gaudé avait écrit pour le théâtre un monologue intitulé Le Tigre bleu de l’Euphrate. Depuis le personnage d’Alexandre continuait à le hanter. Il a raconté comment l’idée du roman est née : « Quand j’ai commencé à me replonger dans mes dossiers Alexandre, le livre est vraiment né d’un fait que j’ignorais : cette attaque, qui a réellement eu lieu, du cortège funéraire par Ptolémée. Quand je suis tombé sur ce petit fait-là, tout d’un coup, le livre a existé. Je me suis dit : il y a tout, là... » La description de ce cortège funéraire occupe le centre du roman (chapitre 7 : «  Bataille pour un corps », chapitre 8 : «  Le  don du Nil », chapitre 9 « La tour de silence »  ce cortège principal est précédé et suivi  d’autres formes de cortège. Alexandre, parti de Macédoine en 334 (av J.C) a conquis un immense empire qui va de la Mer Noire à l’Egypte et des côtes ioniennes aux rives de l’Indus quand il ressent les premières attaques de la fièvre qui va l’emporter, au cours d’un banquet, à Babylone, à la fin de mai 323 (av J.C). Ses généraux et compagnons le portent jusqu’à son lit, sur l’ordre du médecin. Il lutte contre la fièvre pendant une dizaine de jours mais avant de mourir, il reçoit la délégation qui lui rapporte la tête de son messager Ericléops et demande à saluer une dernière fois son armée. 
Le défilé de l’armée 
 Les généraux puis les soldats se pressent alors en un long cortège et défilent un à un, pendant des heures, devant le général macédonien sur son lit.  (p 72 à 75) Mais quand ce défilé interminable prend fin, dans l’esprit d’Alexandre où tout se confond,  un autre défilé lui succède : celui des vivants absents comme sa mère Olympias, restée en Macédoine, et celui des morts comme Darius, Memnon de Rhodes ou son ami Cleithos qu’il a tué dans un accès de colère (328 avJ.C) 
Le cortège des cavaliers et des princesses Dryptéis et Sisygambis 
Un autre cortège, formé de 6 cavaliers, ramène au chevet d’Alexandre la princesse Dryptéis et sa grand-mère Sisygambis  choisie comme « diseuse de vie ou de mort » (p 32, 37, 39, 50). 
Le cortège funéraire d’Alexandre 
Après la mort d’Alexandre le cortège funéraire s’organise dans la cour du palais. La dépouille d’Alexandre contenue dans un sarcophage en or, lui-même dans un cercueil plus grand a été placée sur le char royal, somptueusement décoré. Les soldats en grand habit d’apparat l’escortent, bientôt rejoints par les pleureuses : 7 groupes de 30 femmes représentant les 7 empires conquis. Dryptéis annoncée par Ericléops comme celle qui doit conduire Alexandre « vers les terres lointaines qu’il n’a pas foulées de son vivant » les rejoint et se fond dans leur foule anonyme. Selon les ordres de Perdiccas, cet immense cortège doit reconduire la dépouille d’Alexandre jusqu’à Aigai, en Macédoine et la remettre à sa mère Olympias après des mois de marche sur le rythme lent d’une procession funèbre. (p 97-99) Il célèbre la gloire du conquérant défunt  en portant la douleur de sa mort à travers le monde. (p 111) Il s’ébranle et sort du palais par la porte d’Ishtar en forçant son passage au sein d’une foule immense. Les pleureuses entament leurs lamentations (p 100) « comme si la terre entière, avec toutes ses voix se mettait à gémir. »  Dryptéis marche, ignorée au milieu des autres pleureuses avec une résistance et une abnégation extrêmes, soutenue par la voix du défunt (p 109-110). Le cérémonial et l’ampleur du cortège prennent des proportions épiques (p 101, 105-108) Dryptéis sait que ce cortège maintient la guerre à distance et retarde la dislocation de l’empire. (p 111)  
L’attaque du cortège et la déviation de sa marche 
Mais Ptolémée déclenche les hostilités contre Perdiccas, détenteur de l’anneau royal et décide d’apparaître comme le successeur d’Alexandre en s’emparant de sa dépouille. L’armée de Perdiccas se porte au devant de Ptolémée et dépasse le cortège qu’elle contraint à se ranger. (p 114-115) Dryptéis entend alors la voix  d’Alexandre  lui dire qu’il veut fuir et gagner « les tours de silence » (p 116-117) Les troupes de Ptolémée attaquent le cortège et font un carnage. (p 118-120) Le cortège, désormais entouré  par les cavaliers de Ptolémée, est dévié de sa route. (p 127) Dryptéis est prise de vertige à l’idée d’une marche sans fin mais soutenue par la prière du défunt de ne pas le laisser aux mains des hommes. (p 128) Le cortège atteint  enfin les rives du Nil et doit être acheminé sur l’autre rive puis poursuivre sa route jusqu’à Memphis où Ptolémée fait construire un tombeau pour la dépouille d’Alexandre. (p 131) 
Le cortège  officiel et le cortège secret, en sens inverse,  vers la tour de silence 
Encouragée par la voix d’Alexandre, Dryptéis obtient de Ptolémée qu’il lui laisse le corps d’Alexandre, à condition que le secret soit gardé. Le tombeau construit en Basse-Egypte ne sera qu’un sarcophage vide, quoique paré de tous les attributs de l’empire. (p 132-133)  Le cortège officiel, sans la dépouille d’Alexandre poursuit sa route jusqu’à Memphis tandis que Dryptéis reprend sa marche en sens inverse, vers les tours de silence, avec une charrette tirée par deux mules et  conduite par un charretier muet qu’on lui a imposé.(p 137) Le cercueil contenant le cadavre repose sur de la paille au fond de la charrette. Pour mieux préserver le secret Dryptéis  a ôté le linceul. (p 138)  La voix d’Alexandre l’avertit que Ptolémée, a chargé le charretier de s’assurer qu’elle meure  pour que le secret ne soit jamais éventé. Dryptéis accepte son destin. (p 139) La voix lui apprend ensuite que Ptolémée a également fait trancher la langue du charretier, puis envoyé un groupe de cavaliers chargés de le tuer lorsqu’elle sera morte. (P 141-142) Le cortège, réduit et anonyme, fait désormais fuir les paysans à cause de la puanteur du cadavre. (p 140) Tarkilias qui commande le groupe de cavaliers envoyés sur leurs traces convainc ses compagnons d’enfreindre les ordres et de sauver Dryptéis. Ils engagent une course poursuite pour arriver à temps. (p 142)  Après des semaines de marche, Dryptéis arrive à  la tour de silence dans la plaine de Suse. Elle y fait porter le cadavre et après un dernier dialogue avec Alexandre à qui elle confie le secret de son enfant, elle laisse tomber sa dépouille au fond de la tour. (p 144-147). Ainsi s’achève la mission de la princesse. 
La chevauchée finale et l’entrée dans la légende  
Une fois Dryptéis sauvée par Tarquilias qui interrompt son geste suicidaire, le cortège se poursuit vers l’est. Af Ashra recueille le souffle d’Alexandre dans l’urne qui avait contenu la tête d’Ericléops . Les 5 cavaliers, sur la suggestion de Dryptéis, décident d’emmener l’esprit d’Alexandre jusqu’à l’Hyphase. Ils sont, dit-elle « la dernière escorte » « L’esprit d’Alexandre ne trouvera la paix que s’il peut contempler une dernière fois l’immensité des mondes inconnus. » Il leur incombe de l’accompagner «  jusqu’à l’immensité qu’il aimait tant. » (p 152) Dryptéis les accompagne jusqu’à Kanu de Carmanie où elle se sépare de l’escorte pour poursuivre sa marche vers le Nord et revoir son fils. Les 5 cavaliers repartent au galop vers l’Est. (p 156) Arrivés sur les bords de l’Hyphase, ils entendent, sur l’autre rive, la voix d’Ericleops, le cavalier sans tête qui les incite à ne pas s’arrêter en ce lieu de honte où l’armée a refusé de suivre Alexandre plus loin et l’a contraint au retour. (p 158) Aristonos, l’un des 5, réchauffe l’esprit d’Alexandre et convainc ses compagnons de continuer. Il est approuvé par le cavalier sans tête qui propose de les guider et leur apparaît. (p 160-161) Suivant l’exemple d’Aristonos les 5 se débarrassent de leur armure. Ils traversent l’Hyphase et entrent dans des terres inconnues, guidés par le cavalier sans tête. Ils sortent de l’Histoire et entrent dans la légende. Ils entourent le cheval sans monture qui portent l’urne contenant l’esprit d’Alexandre et longent au galop les chaînes de montagne de l’Hindu Kush.La voix d’Alexandre les remercie : ils sont ses véritables compagnons, ses véritables héritiers. Ils ont quitté l’Histoire et les guerres fratricides (167-168). Ils s’arrêtent au sommet d’une colline d’où ils aperçoivent Indraprashta sur les rives du Gange et un groupe de cavaliers sortis à leur rencontre. Le cavalier sans tête, réapparu les invite à le suivre. La panique s’empare des guerriers d’Indra prashta qui rentrent dans leur ville. A la suite du cavalier sans tête les 5 de la dernière escorte poursuivent leur chevauchée vers l’Est en longeant le Gange. Ils arrivent à proximité de Pâtalipoutra et s’immobilisent à la vue de Chandragupta à la tête de son armée immense. 
 (p 173, 174, 175, 176 ) 
A la suite  de Nactaba  et encouragés par la voix d’Alexandre, ils exécutent un rite étrange qui fait surgir de terre les morts des différentes batailles  de l’expédition et se mettent en position. Leur  dénombrement fait penser à ceux de l’armée grecque et de l’armée troyenne au chant 2 de l’Iliade. (p 178-180) La charge est décrite à Drypteis par la voix d’Alexandre. Progressivement  l’armée des morts rentre sous terre ainsi que le cavalier sans tête. Les 5 cavaliers de la dernière escorte meurent héroïquement l’un après l’autre. Le récit de leur mort par la voix d’Alexandre fait encore penser aux récits des combats singuliers dans l’Iliade. Avant de mourir, le dernier, Tarkilias libère le souffle d’Alexandre qui embrasse tout et voit tout. (p 182-186) La question d’Olympias à son fils : »A qui appartiens-tu Alexandre ? » (p 15) trouve sa réponse avec la libération du souffle d’Alexandre : il n’appartient plus à l’Histoire, il appartient à l’éternité et à la légende. Son désir insatiable de conquêtes et de connaissance du monde inconnu ne se trouve comblé que par son entrée dans la légende. 
Au cortège officiel, détourné à son profit par Ptolémée, a succédé un cortège de vaincus, dévié de son but, puis un cortège anonyme et secret jusqu’à la chute de la dépouille dans la tour de silence. A partir de là, le souffle d’Alexandre et la dernière escorte des héritiers fidèles, désireux comme Dryptéis   de se soustraire au partage minable et sanglant de l’empire, entrent dans la légende en une chevauchée épique.  L’Histoire oppose au rêve d’un grand empire durable où cohabiteraient harmonieusement les civilisations  de l’Orient et de  l’Occident, le démenti d’interminables guerres fratricides. Seule la légende  répond au rêve d’Alexandre.  
  
 


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