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Le dernier des templiers
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 10 Jan - 10:39 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

 
 
 
 
 
 
 
Ceci est un extrait d'un roman que j'ai écris. Je me suis inspirée pour l'écrire, des légendes locales et des histoires de souterrains qui ont bercé mon enfance dans le quartier de sainte Catherine. Il faut dire que l'un d'eux passait sous la maison de ma grand mère. L'histoire de Honfleur est vraie et je me suis documentée au maximum sur les personnages qui ont une existence historique, ainsi que sur les us et coutumes de cette époque. Les mots principaux de ce roman ont tous une origine attestée à l'époque du roman; par exemple je ne peux pas employer le mot "silhouette" car il n'existait pas à la fin du XVeme siècle.
 
 
 
 
 
 
 
 


Dernière édition par Dan.L le Ven 3 Mar - 09:18 (2017); édité 5 fois
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Message Posté le : Mar 10 Jan - 10:39 (2017)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Mar 10 Jan - 10:40 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

 Si vous voulez la suite, il suffit de demander!!

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DUFAU Danièle


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Message Posté le : Mar 10 Jan - 20:18 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

MOI,JE VEUX BIEN LIRE LA SUITE
Danièle Dufau;


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Dan.L
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Message Posté le : Mar 10 Jan - 23:13 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Vous aurez à partir d'ici l'intégralité du roman d'où est extrait le passage ci-dessus;
Ce roman s'intitule "Moi, Jehan Forgeron de marine", ou "le Dernier des Templiers" (je n'ai pas encore choisi LOL!!!)





  L’aventure, lourdement chargée, glissait bas sur l’eau. Le filet, à moitié remonté pesait sur bâbord. Le temps se radoucissait avec la tombée de la nuit, mais on sentait bien au froid qui nous traversait les os que l’hiver approchait. J’ignorais encore que cet hiver-là, celui de 1502, verrait pareils changements dans nos existences. Pour le moment, moi, Jehan Lemarchand, fils du forgeron de marine, j’avais dix-neuf ans et je profitais de l’existence point trop pénible qui s’offrait à moi. 
 
 
 Les genoux calés sous le banc de nage, je continuais, tranquille, de hâler le filet à bord tandis que Robert, à la proue, maintenait l’assiette de notre modeste embarcation. Si je rentrais avec mon frère  de la pêche à l’éperlan, ce n’était pas par nécessité : notre père se voyait souvent remercié de ses offices en nature, c’est-à-dire en poissons. Mais nous ne voulions pas manquer l’occasion de faire naviguer l’Aventure, une dernière fois, avant de la remiser jusqu’à la saison prochaine. 
 
 
Pour vous décrire mon apparence de ce temps-là, il me suffit de me souvenir de celle de mon frère qui fut toujours mon exact portrait. Pour les cheveux : roux, hérités de nos ancêtres normands. Ces cheveux roux aux chauds reflets de bronze, qu’ici, pour se moquer, on appelle couleur queue de vache quand nos mères la nomment blond vénitien. Pour le front, large et déjà dégarni, les yeux, couleur d’argile et de rivière mêlées, le nez, fort.   Pour le reste, bien charpenté : en digne fils de forgeron, je dépassais d’une bonne tête, la plupart de mes compagnons.  
 
 
Une fois dans la passe du Grandouet et la petite voile carrée roulée sur le mât, je repris les avirons pour mieux éviter les écueils du banc d’Anfort. Robert, les doigts gourds, commençait le tri des minces poissons argentés et frétillants pour les entasser dans les bourriches d’osier, au fond du bateau. 
 
 
 La brume, comme une écharpe blanche et humide nous enserrait la gorge dans son étau glacé, nous brûlant à chaque respiration. Bien que nous naviguions au plus prés de la côte, nous aurions pu nous croire au milieu de nulle part, dans cet estuaire de la Seine, à la merci des bancs de sable qui accrochent les embarcations et les gardent à leur merci jusqu’à la marée suivante. Dans l’air épais, seul résonnait le hurlement des loups rassemblés au fond du vallon vers Saint Sauveur, signe annonciateur des cruelles froidures à venir. Leur mélopée sauvage traversait le brouillard et nous guidait vers la terre ferme. 
 
 
Nous approchions du musoir de sable qui protège l’entrée de la rivière La Claire, quand Robert me tira le bras au risque de me faire perdre un aviron: un feu venait de s’allumer à la pointe Est du Ratier. Cette petite presqu’île de terre et de sable se rattache à la terre ferme par un chemin étroit où l’eau affleure à chaque marée haute. La Ferme aux Guignes, propriété des Seigneurs de Landal de Villerville occupe la partie Sud de la presqu’île. Elle bénéficie d’un climat avantageux faisant fleurir les cerisiers avec un mois d’avance. La partie Est séparée de la terre ferme par un étroit goulet, disparaît sous une forêt dont les arbres séculaires, chênes, ormes ou merisiers poussent jusque dans l’eau. Le sol constitué de roches et de sable descend en pente douce vers la mer qui découvre très loin à marée basse, révélant des bancs sableux alors que les plus fortes marées envahissent le bois, creusant des rigoles autour des roches et des énormes racines.  
 
 
Inutile de chercher à nous enfuir. Les rames en suspend, nous n’osions aucun geste qui puisse trahir notre présence : le bruit sur l’eau s’amplifie et porte très loin. Accroupis au fond de notre barque, nous scrutions le large, en silence. Il nous fallait voir de quoi il retournait même si nous avions notre idée sur la question. 
 
 
- Ces affaires-là ne nous regardent pas, me prévint Robert, ouvrant à peine les lèvres. 
 
 
- La brume nous protège, nous ne risquons rien. 
 
 
Laissant passer le temps d’une courte réflexion, Robert se ravisa comme je l’espérais : 
 
 
- Par ailleurs, il serait bien dommage de ne pas risquer un coup d’oeil tant que nous sommes là. 
 
 
- Certes, voilà qui ne fait aucun doute, c’est un navire- pirate ! Il  débarque sa cargaison au nez et à la barbe du Seigneur de Landal. Avec toute cette brouillasse... 
 
 
- Assurément, il peut bien décharger ce qu’il veut ! Nul ne peut savoir qui il est et le feu n’est pas visible de la côte. 
 
 
- Tu sais, qu’on nous interdit de sortir les soirs de brume à cause des dames blanches qui viennent hanter la grève?  
 
 
On nous serinait depuis l’enfance ces histoires de revenants et de dames blanches pour nous effrayer et nous tenir éloignés des trafiqueurs et autres écumeurs de mer qui hantaient la côte. Il y avait bien longtemps pour ma part que ces histoires avaient cessé de m’effrayer. 
 
 
- Ouais, continuais-je, nous ne sommes plus des enfants pour croire à ces fariboles. Dommage, pourtant, qu’on n’y voit goutte! J’aimerais savoir ce que trafiquent ces dames qui m’ont tout l’air d’être des hommes et même de fameux marins pour s’approcher si prés du rivage sans s’échouer sur les bancs de sable! 
 
 
Tapis au fond de la barque, nous distinguions à quelques encablures la coque sombre d’un bateau. Je reconnus les crissements des palans descendant une embarcation à l’eau. Bientôt son profil, bas au ras de l’eau, se détachait du flanc du navire. A la proue, le matelot sondait les fonds à l’aide de sa perche. Le fanal qu’il tenait levé de son autre bras, dessinait par instant son visage à contre- jour. Avant même que la première des barques accostât, d’autres furent mises à l’eau et chargées en un battement de cil. Au Ratier, la lueur mouvante du feu étirait les ombres des hommes qui s’affairaient prestement auprès des embarcations déjà échouées, pour les décharger.  
 
 
- Vrai, il ne fait pas bon à rester céans, s’inquiéta Robert. Pour ma part, je ne tiens pas à me faire occire par ces gens là! 
 
 
Sans plus discuter, il se saisit des rames et se mit à souquer ferme pour contourner la dune de sable en forme de musoir qui protégeait l’entrée du port, se glissant adroitement entre les bancs de vase pour accoster à l’ancien quai  dont quelques dalles émergeaient encore.  
 
 


Dernière édition par Dan.L le Sam 28 Jan - 17:38 (2017); édité 1 fois
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Message Posté le : Mar 10 Jan - 23:18 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

La vapeur blanche et glacée étouffait le claquement mouillé des paniers jetés sur le sol. Robert débarqua d’un bond et revint avec la charrette à bras qu’il avait laissée, en prévision, dans les ruines d’une vieille bâtisse qui appartenait à notre famille depuis des lustres. La cargaison fut vite chargée. Arque boutés à la charrette qu’il fallait faire rouler vite pour qu’elle ne s’enlise point dans le chemin sablonneux, nous fûmes vite rendus. La construction, montée en silex et recouverte de tuiles vernissées, avait mieux résisté au temps que ses voisines dont les poutres de bois mangées par les embruns et le sel s’effondraient un peu plus à chaque coup de vent. Ces vestiges rappelaient le village qui se tenait autrefois adossé à l’ancienne voie gallo-romaine.  
Cette rive gauche de la Claire, épargnée par les limons de la Seine qui se déversaient sur la rive opposée, accueillait à présent les chantiers des charpentiers de navire. Ils bénéficiaient là de tout l’espace nécessaire à leur activité et de la proximité de l’eau. La dune de sable qui formait le musoir les protégeait, en outre, des vents et des tempêtes venant de l’ouest.  
Robert se laissa choir sur le sable durci qui disparaissait sous la paille. Je m’y laissais tomber à mon tour. Enfin, nous récupérâmes nos sabots, les choquant sur le rebord du mur de pierre avant de les regarnir de paille sèche.   
  
La charrette mise à l’abri avec le poisson et l’Aventure bien amarrée pour la nuit, nous reprîmes le chemin de la forge.  
 Ce faisant, nous avions regagné l’ancienne voie empierrée du temps des Romains et que nous appelons Chaussée Haute ou Haute Rue puisqu’elle est construite au pied de la falaise, en remblai par rapport au niveau de la mer. Nous marchions à grands pas, tête baissée pour ne pas donner prise au vent qui soufflait du nord. Soudain, nous nous cognâmes presque à deux ombres emmitouflées ne laissant rien voir de leur personne. Elles suivaient la même voie que nous, mais en direction de Saint Siméon et par là même en direction du Ratier. 
- Ce Cul de Bulot! Se gaussa mon frère. Avant de cacher sa face, il lui faudrait bien mieux camucher* sa démarche! 
- Et si je ne me trompe, ajoutais-je, je peux parier sans aucun risque, qu’il est suivi de Vent du Nord car ils ne vont jamais l’un sans l’autre! 
 Ils avançaient dans le brouillard, traçant leur route sans même nous apercevoir. Bien que dévoré de curiosité, je renonçais à leur emboîter le pas: ils m’auraient bien vite repéré. Au contraire, je suivis Robert qui, sans reprendre son souffle grimpait les trente-six marches pour rejoindre le haut de la falaise. Face à nous, s’ouvrait la rue montante vers sainte Catherine où se trouvait la forge. 
 Délaissant  cette rue, nous enfilâmes l’allée qui passait derrière la forge pour nous engouffrer sans bruit derrière le lourd portail bardé de fer. La porte du logis de Maître Lemarchand n’était pas verrouillée. Nous pûmes regagner notre couche sans réveiller la maisonnée. 
  
Le bruit cadencé de la forge nous éveilla dès l’aurore : nous, et la quasi- totalité du quartier. Deux coups sourds et retenus sur l’enclume, un coup fort et clair sur le saumon, comme nous appelions la pièce de fer brut chauffée au rouge. 
 . 
  


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Message Posté le : Jeu 12 Jan - 14:51 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Jehan l’Aîné, notre père, nous accueilli froidement malgré la chaleur de l’âtre de la forge qui rougeoyait au fond de l’atelier. 
  
  
- Un brin de pu et vous arriviez à la fumée des cierges, mes gars! 
Les cheveux blonds roux attachés par un lacet de cuir, la moustache gauloise, un regard franc et assuré dans un visage buriné et noirci par le feu, l’épais tablier, lui aussi de cuir, accroché à l’épaule et les mains larges comme des battoirs, le Père Lemarchand n’avait point l’abord aimable. Sa force tranquille, certes teintée de bonhomie, nous incita, comme toujours, à nous mettre à l’ouvrage sans plus tergiverser. 
 Robert, trop jeune pour taper sur l’enclume se dirigea vers l’âtre. Il secondait Bertran, le compagnon forgeron qui tirait la chaîne de l’énorme soufflet dont la large poignée acceptait quatre mains. Un feu digne de l’enfer éclairait l’atelier comme en plein midi. Les pièces de l’ancre étaient déjà au feu. Bertran, tout en actionnant le soufflet, surveillait l’exacte coloration du métal. Ce matin là, on soudait au feu les deux parties de l’ancre d’un bateau qui sortirait au printemps des chantiers de Maître Thibault Fesquet. 
 Moi seul, avait le privilège de taper avec Père sur les pièces de métal pour leur donner forme. Ce travail demande force et maîtrise, mais surtout bonne confiance en son compagnon : à chaque frappe, le marteau frôle la tête de son vis-à-vis. Pour une grosse pièce comme celle de ce jour-là, il fallait des renforts. Aussi, Nicolas Lepeudry, le Garde- Métier*, Maître de forge de Barneville et Richard Boulland de la vieille forge de la rue Varin se tenaient là, prêts, la masse à portée de main. A l’instant précis où le métal eut l’exacte coloration de la gorge du pigeon, les pièces furent vivement tirées du feu et la danse des marteaux commença. Muni d’une longue baguette de métal, Père, d’un geste vif touchait l’exact endroit où devait s’abattre la lourde masse, indiquant du même geste l’angle de frappe. La cadence était infernale mais comme on dit à la forge “ il faut battre le fer tant qu’il est chaud!” Les marteaux s’abattaient sans jamais perdre la cadence. De temps à autre, on remettait les pièces au feu, ce qui donnait quelque répit, le temps de descendre quelques pintes de besson* car ce travail fait suer sang et eau. 
 Vers le milieu de la matinée, Père leva la main et donna le signal de la pause. Le silence se fit assourdissant. Il nous fallut quelques instants pour retrouver l’usage de notre ouïe. Enfin, peu à peu les cris de la rue qui, à cette heure de la matinée, battaient leur plein, nous parvinrent à nouveau. Père, le premier se pencha sur le baquet de bois cerclé de fer et de sa large main s’envoya une goulée d’eau sur la figure pour se rafraîchir. Puis, il quitta ses sabots pour enfiler ses chaussons de feutre qui attendaient bien alignés dans l’encadrement de la porte donnant sur la rue. 
Nous descendîmes de front sur deux rangs, la courte distance séparant la forge de l’auberge de la Mère Nezan, obligeant le porteur d’eau à se blottir dans une encoignure pour nous céder le passage. Depuis que l’on avait commencé d’empierrer la rue neuve qui courre sur le haut de la falaise vers l’ancienne rue des Forges qu’on appelle rue Varin, il fallait descendre une marche pour franchir le seuil de la taverne. On disait « l’auberge du Cheval Blanc », à cause de Maître Saulnier dont le cheval de cette couleur était presque toujours attaché à l’anneau du mur de la taverne, attendant d’un sabot impatient son maître qui passait là le plus clair de son temps. Ce n’était pas la seule taverne de la rue, outre celle de Lynford qui se trouvait presque en face, on trouvait un peu plus haut la taverne des Bagues d’Argent. L’église Sainte Catherine reconstruite, le quartier devenait faubourg et  ne manquait pas d’animation. 
 Comme bien souvent chez nous, la porte de l’auberge du Cheval Blanc se composait de deux parties indépendantes. De prime, Père poussa du pied le bas de la porte qui résistait toujours un peu puis, ouvrit le haut d’un coup de coude qui l’envoya heurter violemment le mur. Nous entrâmes chez la Mère Nezan par ordre d’importance, comme il se doit: Père d’abord qui recevait, puis le Garde Métier Nicolas Lepeudry, Richard Boulland, puis, moi Jehan, mon frère Robert et enfin, Bertran.  
- Je sens pus ma force! S’excusa Père en guise de bonjour. 


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Dan.L
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Message Posté le : Jeu 12 Jan - 14:52 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Les fenêtres étroites à guillotine, selon la mode anglaise, laissaient filtrer un jour chiche au travers de leurs carreaux en cul de bouteille, nous obligeant, chacun notre tour, à attendre un moment sur le seuil, pour que la vue s’habitue un peu à la demi obscurité. 
Installées à la grande table de bois lavé, deux servantes, coiffées d’un bonnet de toile bistre, décortiquaient les crevettes grises dont le tas fumait devant elles. Elles jetaient au fur et à mesure les écales aux deux poules qui se les disputaient en criaillant sur le sol de terre battue. Bien que la Mère Nezan fut réputée mal aimable, on fréquentait sa taverne car elle faisait crédit comme l’attestait le boulier accroché prés de la grosse poêle en cuivre. Le fichu haut croisé et le bonnet de travers laissant dépasser des mèches de cheveux gris, elle lâcha le tisonnier avec lequel elle digonnait les bûches dans la cheminée. Essuyant ses mains rougies sur son surcot, elle se tourna vers Père. On ne faisait pas attendre le Père Lemarchand, son statut de Maître de Forge en faisait un personnage important au sein de la communauté des gens de mer.  
- Qui que tu veux maquer*, mon gars? Et vous autres mes efants? J’ai du hareng mariné qui m’reste! 
Elle faisait les demandes et les réponses si bien que, comme toujours et faute de connaître le contenu de son garde manger, on était bien obligé d’accepter ce qu’elle nous proposait! 
- Ben, çà nous va! Répondit Père tandis que nous nous installions tous les six à l’autre bout de la grande table. 
 Comme les autres, je  posais mon bonnet de laine sur mon genou et mon couteau à côté du tranchoir de terre cuite. Une servante, lâchant son ouvrage, vint y déposer une large tranche de pain à la mie brune et serrée tandis qu’une autre  claquait sur la table une terrine vernissée de brun dans laquelle les filets de harengs, roulés sur eux- mêmes, baignaient dans le vinaigre, agrémentés de persil, d’oignons et de sauge. L’odeur forte du poisson mêlée à celle, acidulée, de son ensaucement, nous mit l’eau à la bouche. De la pointe de son couteau, Père pêchait un à un les filets odorants et les déposait sur les tranches de pain qui s’imbibaient du jus. La Mère Nezan s’approcha prestement par derrière chacun de nous et saupoudra de poivre long moulu notre pitance. Ce poivre provenait de la petite nef d’étain fermée d’un cadenas, elle- même resserrée dans un coffre verrouillé: réserve personnelle que Père entretenait chez la Mère Nezan et qu’elle ne devait extraire que pour notre seul usage. Parmi ces produits, trop rares et bien trop coûteux pour le tout venant, on trouvait outre le poivre long, de la graine de Paradis ou maniguette, du sucre de canne qui remplace le miel et quelques onces de poudre fine pour agrémenter nos ragoûts. 
Les premières bouchées avalées, je regardais autour de moi: nous étions les seuls pratiques* ! La Mère Nezan surprit mon regard et dit: 
- Ben oui, mon gars, c’est la pleine mer. Y sont tous sur le port à.... 
Elle n’eu pas le temps d’en dire davantage: la porte s’ouvrit à grands fracas, sur un matelot emmitouflé d’une cape de bure où s’accrochaient des gouttelettes d’eau qu’il s’empressa de secouer à la façon d’un chien qui s’ébroue. C’était Vent du Nord. Il était si large et si haut que la pièce sembla plus petite d’un coup. Il se tenait là, tête baissée pour ne pas se cogner aux poutres de la taverne. Il enleva son bonnet de laine découvrant ses cheveux blonds et bouclés qui paraissaient presque blancs sur son teint buriné. Ses yeux aussi, qu’il avait d’un bleu très pâle, comme lavés par la mer, semblaient trop clairs dans son visage de grand enfant un peu simple. 
On avait trouvé Vent du Nord, quelques dix ans plus tôt, errant, un matin que soufflait le Noroît, au quai de la Planchette, vêtu de quelques peufres, sans rien se souvenir de lui- même. Peut-être était-ce le vent qui l’avait déposé là? Les marins, en rentrant de la pêche, l’avaient aussitôt adopté. Depuis, selon son humeur ou les nécessités du moment, il aidait à la débarque, furetant partout, au courant de plus d’un secret. Il dormait le plus souvent dans un coin de la forge où sa force colossale qu’il avait bien plus solide que l’entendement, rendait de nombreux services. 
- Ya l’Not’Dame qu’est au large, dit-il, se laissant tomber sur une escabelle. 
- Est-il chargé? Demanda Père. 
Vent du Nord qui reprenait son souffle, répondit: 
-          Sûr! Il est bien bas sur l’eau, et, ajouta-il à voix presque inaudible, il faisait route avec le saint Elme. 
-          Bien. Dit mon Père. 
  
Sous le prétexte d’aller reprendre notre marée de la nuit précédente, nous obtînmes sans peine de quitter la forge jusqu’au tantôt, c’est à dire jusqu’au début de l’après midi. Le père Lemarchand considérait le métier de la forge comme un rude métier, trop rude pour de jeunes gars comme nous autres. Il essayait de se passer de nous autant que possible. 
- C’est bon les gars, vous avez bien assez donné pour aujourd’hui, allez donc traîner vot’courée*, plutôt que de rester là à binder* dans nos jambes! Et que je ne vous revois plus avant ce soir! 
Il n’eut pas à nous le dire deux fois! Nous partîmes sans surseoir. Ne restait plus qu’à récupérer notre pêche laissée au frais depuis la nuit dernière. 
Nous posâmes nos panières dégoulinantes de poisson à la Petite Chine, vaste place sise entre les chantiers navals et le bout du quai. Les vieux pêcheurs n’ayant plus la force physique de prendre la mer ont coutume de s’asseoir là, sur le parapet du quai, guettant les bateaux, souvent leur ancien bateau passé à la descendance, pour  chiner c’est à dire quémander de quoi manger pour la journée. On retrouvait là, les femmes des péris en mer qui n’avaient pas d’autre choix pour nourrir leur progéniture que d’attendre l’aumône ainsi que quelques mendiants, auvergnats ou limousins pour la plupart, reconnaissables à leur gonnelle* de laine bleue, qui espéraient se faire embaucher aux chantiers navals malgré la mauvaise saison.  
Aucun pêcheur ne laisserait un ancien à l’abandon ou une femme sans pitance pour ses enfants et, nous-mêmes qui n’étions que des « restes à quai » c’est à dire sans ascendance de marin, nous nous sentions honorés de participer à cette coutume, témoignage de la solidarité des gens de mer. Justement la Bertheux s’approchait, ses deux petits agrippés à ses cottes. 
- Qui que tu veux la mère? Lui demandais-je. 
- Ben, l’Jehan, qui que t’a à donner à maquer* à mes gosses? Sans attendre, elle me tendit son panier de coudrier: 
- Regardes-moi cha, j’ai rien que des herbes! C’est tout c’que j’ai pu chiner* à c’t’heure! Ch’est point chrétien! Crois-tu que cha tienne au corps pour des gosses de cet âge là? Crois- tu que c’est avec cha que j’va les nourri?  
Je lui remis bien volontiers une partie de notre pêche, lui tournant aussitôt le dos pour éviter des remerciements qui, par ailleurs, ne viendraient point. La Bertheux considérait qu’on se devait de pourvoir à ses besoins, elle, qui attendait sans désespérer depuis deux saisons, le retour de son époux. Le reste de notre pêche fut acquis  par la servante de l’auberge de la Croix de Fer. 


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Message Posté le : Jeu 12 Jan - 14:53 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

                                               Chapitre II 
  
La nouvelle avait fait le tour de la ville et des faubourgs. La foule commençait de s’amasser le long du goulet d’entrée du port. Chacun y allait de son commentaire. Plusieurs femmes de marin arrivaient essoufflées, les joues rouges, remontant leurs cottes à deux mains pour celles qui n’avaient pas un petiot accroché à la hanche.  Elles descendaient du chemin qui borde la falaise. Chaque jour à l’époque des retours, elles se relayaient pour scruter le large à la marée du matin. De loin, elles avaient reconnu le Notre Dame et à certains signes, connus d’elles seules, elles savaient que tout allait bien à bord. Elles accourraient pour accueillir un père, un frère et souvent un mari qui n’avait pas encore vu le petit dernier qu’elles portaient dans leur giron.  
La ligne de flottaison au ras de l’eau, la nef manoeuvrait pour accoster. Dès le musoir passé, les marins avaient affalé les dernières voilures, laissant le bateau glisser sur son aire. Le père Tarin dans sa barque approchait au plus près la haute coque. Un marin lui largua un bout*, qu’il ramena, souquant ferme, jusqu’au quai où six pêcheurs en braies de feutre, s’en emparèrent pour l’attacher au cabestan. Face de Raie, qui devait son nom à sa face plate où les yeux et la bouche qu’il avait de surcroît de travers, étaient fort petits, dirigeait la manoeuvre, répartissant trois hommes de chaque côté du madrier enfilé dans le cabestan. Le cliquetis de la pièce de métal empêchant le recul, ponctuait le ahanement des gars. Sitôt que cela fut possible, une dizaine de marins sautèrent sur le quai et s’affairèrent à tirer les autres amarres. Debout, sur le gaillard d’avant, le capitaine Binot Lepaulmier, les épaules nonchalamment appuyées au mât d’artimons, surveillait la manoeuvre d’un regard qui démentait son allure tranquille.  
La foule devenait de plus en plus dense. A cette heure tardive, le pont-levis qui enjambe le fossé Sud était abaissé et les gens de l’Enclos, passant la Porte de Caen, venaient se mêler à la population de Sainte Catherine. On reconnaissait les armateurs à leurs riches pourpoints de velours figuré et, les suivants de près, les sergents du Vicomte de Roncheville, très impatients, les uns comme les autres, de connaître leurs profits. Malgré la presse, on s’écartait à leur approche. 
Le Père Lemarchand, venu jeter un coup d’oeil de loin, s’approcha, mine de rien, d’un groupe d’armateurs. Parmi ceux-ci, s’en trouvait un que j’avais bien souvent entrevu à la forge. Installé depuis peu à Honnefleu, il possédait  une maison dans l’Enclos et faisait bien des envieux. Très noir de cheveux, il avait les yeux légèrement bridés de ceux de Saintonge et l’allure roide et ferme de qui est habitué au commandement. Jean Le Danois, tel était son nom, quitta un moment le groupe pour saluer mon père. Comme je les observais, je vis  Jean Le danois désigner d’un geste le second bateau qui, jusque là, était caché à notre vue par le Notre Dame. 
Je me dirigeais à la hâte vers le groupe, espérant découvrir quelques bribes de secret, je pus tout juste entendre ses derniers mots: 
- Il ne lui en reste pas lourd, murmura-t-il, avant de rejoindre le groupe des armateurs qui s’avançaient pour monter à bord du Notre Dame. 
  
Le Saint Elme, dépassa le quai pour se diriger vers l’anse de la Quarantaine. Le drapeau jaune hissé en tête de mât, signalait que la maladie régnait à bord. 
- M’étonnerait ben qu’y ait la peste à bord! Ne serait-ce pas plutôt pour que le Seigneur de Roncheville oublie d’envoyer ses commis chercher son dû ? Me souffla Robert à l’oreille. 
Pour moi, je me dis que mon frère ne pouvait à ce point être mal comprenant. Je lui envoyais vivement mon coude dans les côtes! Il ne broncha pas, preuve qu’il savait comme moi de quoi il retournait et que ce bateau avait, comme de fait, un rapport avec les évènements de la nuit dernière: si le Saint Elme semblait si peu chargé, c’est qu’il s’était très certainement délesté d’une partie de sa cargaison sous nos propres yeux! 
- Tu penses bien que la marchandise a quitté le bord cette nuit! Fis-je, marmonnant le plus bas possible. 
- Hé, je ne suis point dupe non plus! L’abri du Ratier est une bonne providence pour transborder les canots! Répondit-il sur le même ton. 
- Ouais, on en déclare le moins possible. Répondis-je.  
Cette petite conversation ne satisfaisait pas pour autant ma curiosité. Chacun sait que les bateaux débarquent une partie de leurs marchandises au nez et à la barbe des autorités. Nombreux sont les récits qui alimentent les longues veillées d’hiver mais personne n’est assez fou pour en dire trop. Et comment s’y reconnaître quand on ne cite ni les noms, ni les lieux? Quand tout semble se passer dans un temps hors du temps? Bien souvent, nous avions dressé l’oreille alors qu’on nous croyait assoupi, petit jeu auquel nous excellions l’un et l’autre. Ainsi, confrontant nos connaissances, nous avions une bonne idée de la façon dont les marchandises disparaissaient. Déjà, nous n’ignorions pas l’existence des souterrains qui servaient à entasser toutes ces richesses et qui avaient valu la vie sauve à plus d’un pendant la guerre contre les anglais. A notre grand désespoir, pas un n’avait été assez fou, même le rhum aidant, pour vendre le secret.  
Rien, pas un indice pour dénoncer l’entrée de ces fichus souterrains! A croire qu’ils n’existaient que dans l’imagination des anciens. Plus d’une fois nous avions exploré les falaises alentour à la recherche d’un puits d’aération ou d’un autre indice, mais rien de rien! Ce que nous avions entrevu la nuit dernière lors de notre pêche providentielle, valait bien la somme de tout ce que nous savions déjà. Comme je regrettais de n’avoir pas faussé compagnie à mon frère la nuit précédente! 


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Message Posté le : Sam 14 Jan - 09:15 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Pour le moment, je n’étais pas prêt à laisser Robert, par ses allusions et son babillage, ruiner mes projets d’exploration future. Car, j’étais bien décidé à aller mettre mon nez du côté du Ratier, histoire de voir par moi-même et qui sait de trouver l’entrée des fameux souterrains. Seule l’occasion manquait pour l’instant. Et pourtant, il était urgent de se rendre là-bas sous peine de ne plus trouver trace du débarquement clandestin. 
  
 Un fort mouvement de foule me fit sortir de mes pensées. L’animation battait son plein. La plupart des marins avaient quitté le bord du Notre Dame, sautant par dessus le bastingage sans demander leur reste de solde, impatients de retrouver leur famille. Point de cris de joie, point de grandes effusions, ils serraient simplement femmes et marmots ensemble dans leur bras, le regard encore lointain. Les mots, ce serait pour plus tard, peut-être. D’autres, impatients de dépenser une solde qu’ils n’avaient pas encore touchée se pressaient aux portes des tavernes les plus proches. Nombre de femmes, méfiantes, s’étaient, au départ, entendues avec l’armateur qui retenait une partie des sous qu’il leur remettrait au moment des comptes. C’est à ces attentions, qu’on reconnaît un bon armateur.  
Devant moi, deux marins portugais discutaient. Je reconnus l’un d’eux. Sebastião dit Bastiam, avait escalé dans notre port quelques années plus tôt. Je devais avoir environ douze ans. Je me souvenais de l’avoir croisé à plusieurs reprises à la forge mais aussi en haut, dans nos appartements. Il accompagnait le Capitaine Binot Lepaulmier de Gonneville qui était en affaires avec Père. Pour l’heure, ledit Capitaine Lepaulmier n’avait point quitté son bord. Il observait attentivement le mouvement du quai, tout en surveillant la manoeuvre.  
Le père Astier, lui-même d’origine portugaise, s’approchait des deux marins pour leur proposer le gîte et le couvert à son auberge du Soleil d’Or, le temps de leur escale c’est à dire plusieurs mois et bien sûrement jusqu’au printemps prochain. Il parlait, à son habitude, ce langage familier aux marins, sabir reprenant les idiomes de tous les ports d’escales, grâce auquel les navigateurs sont un peu partout chez eux. 
Enfin, la passerelle fut installée. Les armateurs et les sergents montèrent à bord, accueillis avec déférence par le capitaine Lepaulmier. Après un temps de palabres qui me parut infini, le débarquement put enfin commencer. 
Installés en une file indienne dont l’ordre changeait chaque jour, les porte-faix attendaient que le quartier-maître les engage. Celui-ci, prenait son temps, préférant ceux qui étaient en affaires avec lui, plutôt que de respecter les usages. Cela n’allait pas sans quelques jurons bien sentis et quelques gnons distribués par en dessous. En fait, rien que d’habituel! Vent du Nord en était, cachant presque de son ombre, un personnage bien trop gracile pour cette tâche et qu’on appelait Cul de Bulot. Lui aussi avait élu domicile à la forge et l’on pouvait bien se demander pourquoi. Sa constitution, bien qu’il fut grand et bien fait, semblait bien trop faible pour venir à bout du moindre fardeau. Ils furent pourtant tous les deux pris car ils ne marchaient point l’un sans l’autre, étant inséparables. L’un était la tête et l’autre les bras et personne ne pouvait se passer de la force colossale des bras de Vent du Nord qui travaillait pour deux et bien davantage. 
Les marins, pour la plupart, étaient revenus à bord. Les porte-faix, à leur tour disparurent dans les cales. Comme tous ceux qui avaient envahi les quais, je retenais mon souffle, espérant apercevoir enfin quelques unes des merveilles dissimulées dans les entrailles du navire. Quelles belles richesses d’épiceries, quelles raretés nous réservait le Notre Dame qui rentrait de Lisbonne la fabuleuse? 
Tout d’abord, une cage  fut déchargée avec beaucoup de précautions, contenant un jeune ours brun des Pyrénées. Le capitaine, l’avait acheté lors de son escale à Bordeaux pour un bateleur de Rouen qui l’avait spécialement commandé. Sa voiture attelée attendait à l’écart tandis qu’il dirigeait, en personne, les opérations de débarquement. L’ours rugissait et grondait, jetant ses griffes acérées entre les barreaux. Deux madriers passés au travers de la cage permettaient aux porte-faix, rendus maladroits par l’épouvante, de la manoeuvrer sans trop s’approcher de l’animal. A chaque assaut de la bête, ils bondissaient en tous sens et la prison de bois menaçait à tout moment de se disloquer. La foule qui craignait de se faire dévorer avait opéré un repli prudent. Enfin, la cage fut chargée sur la voiture. L’ours terrorisé hurlait de plus belle et le cheval, lui aussi fou d’effroi, se cabrait en hennissant. Profitant d’un répit, le propriétaire sauta prestement sur le siège et, rassemblant fermement les rênes, il disparut, son cheval à moitié emballé, mettant fin à la panique et aux cris d’hystérie de la foule. 
Venait le tour des regrattiers*. Ils avaient attendu jusque là, à l’écart du mouvement. A présent, ils se bousculaient au bord du quai pour acheter la partie de la cargaison qui leur était réservée. Il se fit un silence. L’attente ne serait pas vaine. Le débarquement des marchandises commençait : Ballots dont la soie  chatoyante dépassait des étoffes grossières qui les recouvraient, paniers remplis de fruits à la peau granuleuse et à la chair juteuse et amère que l’on nomme pommes d’ orenges*, tapis d’Orient et paravents dont certains déjà retenus par les bourgeois de l’Enclos. Des caisses furent posées sur le quai avec beaucoup de précaution, débordantes d’une vaisselle de porcelaine aux délicates fleurs bleues. Vinrent encore des ballots de cuir de Cordoue, des sacs ventrus bourrés d’épices et des tonneaux de vin d’Espagne et de Porto. 
Au fur et à mesure du déchargement, les odeurs entêtantes des cuirs et des épices nous assaillaient, estompant les relents de sel et d’embruns, rendant vivants les récits des marins entendus à la veillée les soirs d’hiver lorsque chacun passe se réchauffer au feu de la forge qui ne s’éteint jamais. 
 A peine débarquée, la cargaison, partait soit dans les voitures attelées qui contourneraient les remparts pour rejoindre la porte de Rouen vers Pont l’Evêque et Lisieux, soit dans les voitures à bras pour être stockée dans les entrepôts personnels des armateurs. Une autre partie, pesée, enregistrée et acquittée de ses taxes, embarquait à bord des allèges, qui sont les bateaux à fond plat qui circulent sur la Seine. Ces marchandises approvisionneraient Rouen et Paris. 
 
  
La nuit suivante, je rêvais de voyages fabuleux, me voyant comme Lepaulmier de Gonneville, fier capitaine de mon vaisseau.... Je rêvais encore quand le bruit du marteau de la forge, ébranlant toute la maison, me ramena à la réalité. J’entendis mon frère qui dévalait quatre à quatre l’escalier comme s’il avait dix mille diables à ses trousses. 
- Position de position! Me dis-je à moi-même. Je n’ai point vu passer la nuit!  
Je sautais de mon lit directement dans mes habits. Je dégringolais à mon tour l’escalier, tout droit, sans m’arrêter dans la salle pour avaler la moindre des nouritures.  J’arrivais à la forge derrière Robert. Par chance, seul Bertran Langlois tapait sur l’enclume et quand Père arriva, nous avions déjà trouvé un semblant d’activité qui donnait le change. De toutes les façons, il nous prêta à peine attention. S’approchant de la cheminée, il tira une dalle qui n’était pas scellée et déposa un parchemin dans la cavité ainsi dégagée qui lui servait de coffre fort. Ayant refermé avec soin, il s’approcha enfin de moi: 
- Le cousin de Villerville me fait demander une chaîne d’ancre. Me dit-il. 
Je faillis sauter de joie, mais n’en fis rien! C’était l’occasion que j’espérais depuis la veille et elle me tombait dessus sans crier gare! Je m’intéressais à la ferraille que j’avais entre les mains, attendant la suite. L’aller et retour de Villerville prenait la journée complète, véritable expédition pour des enfants et même pour moi. J’espérais malgré tout obtenir de m’y rendre seul avec mon frère. Si Cul de Bulot ou Vent du nord nous accompagnait, je n’aurais point le loisir de fureter à mon gré du côté de la ferme du Ratier... Mais ils n’avaient reparu ni l’un ni l’autre.  
La charrette à bras attendait son chargement, dans la rue devant la forge. Le jour n’était point levé et seul le rougeoiement du feu au fond de l’atelier nous éclairait chichement. La population du quartier devait pour dormir suivre le rythme de la forge, dont le tintamarre précédait les premières sonnailles de sainte Catherine. Aussi, tous assistaient à la manoeuvre. Marchant à reculons et hurlant à hue et à dia, Face de Raie dirigeait les opérations. Le matériel fut prestement chargé. 
 Assis face à mon frère devant nos guichons* de soupe brûlante, je n’osais me réjouir trop vite. Pourtant, à l’autre extrémité de la table, deux places étaient vacantes : ni Cul de Bulot ni Vent du Nord ne s’étaient montrés depuis que nous les avions vu sur le quai.  Sans croire encore à notre bonne fortune, nous fûmes vite prêts. Père, qui avait pris son temps pour terminer son déjeuner, nous rejoignit devant la forge. Il fit le tour du chargement d’un pas tranquille,  tirant une à une les cordes qui arrimaient la lourde chaîne d’ancre lovée au mitan de la carriole, les mettant à l’épreuve. Enfin, il se planta devant nous, les poings sur les hanches, un sourire au fond des yeux :  
- Ben alors, les petits gars ! Attendez donc point le déluge pour partir! Y faudra voir à rentrer avant la tombée de la nuit. 
Ayant dit, il nous tourna le dos et se mouchant d’un revers de manche, il entra dans la forge sans plus s’occuper de nous. 
Voilà Père tout craché! Et moi, qui m’étais détruit le cerveau la moitié de la nuit à chercher une bonne et valable raison pour partir seul avec mon frère! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous étions attelés chacun à l’un des bras de la charrette et nous démarrions, riant sous cape de contentement.  


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Message Posté le : Lun 16 Jan - 00:09 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Arc-boutés sur les talons pour retenir la charge dans la rue en pente, nous fûmes bientôt rendu à La Chaussée Haute dont j’ai déjà parlé, en route pour Villerville et… le Ratier. 
Les débuts furent difficiles, le temps d’accorder notre pas et de donner assez d’élan à la charrette pour n’avoir plus qu’à maintenir la cadence. Nous avancions tranquilles dans le jour gris. 
Après les dernières habitations qui s’abritaient sous la falaise, la forêt reprenait ses droits. Cette forêt que l’on nomme « forêt de Touques », constituée de chênes, d’ormes, de hêtres et de châtaigniers est très dense et s’étend à perte de vue encerclant la ville et ses faubourgs de sa sombre végétation qui a donné son nom au village qui existait avant Honnefleu et que l’on nommait « Port Noir », tant la forêt l’enserrait. 
Pendant trois quarts de lieue nous ne vîmes âme qui vive et nous fûmes vite rendus, ayant dépassé le Manoir de Grancé, au prieuré de Saint Siméon. C’est là que vivait un ermite, perdu au sein de la forêt. Il hébergeait quelques lépreux. Le chemin contournait largement l’endroit, mais pour nous, c’était la première halte. 
Nous avions perdu notre mère quand Robert n’avait que cinq ans. La mère Lacaille, l’accoucheuse du quartier n’avait pu sauver ni la femme ni l’enfant qu’elle mettait au monde. Notre père s’estimait trop occupé à la forge pour songer à reprendre une épouse, bien qu’un Maître de Forge fut un parti intéressant pour bien des veuves restées seules avec leur progéniture. Il n’avait, en fait, pas le goût de la remplacer mais plutôt celui de nous la faire rappeler par toutes sortes d’attentions. Ainsi, il gardait ses habitudes de secourir les infortunés.  
La petite chapelle au solin de pierre calcaire et de silex supportant un colombage était recouverte de chaume. Le clocher construit en pierre abritait une unique cloche que l’on pouvait entendre depuis Sainte Catherine quand le vent soufflait de l’ouest. Le lieu était désert. Nous nous délestâmes d’une besace de lard et de poissons fumés et nous reprîmes la route sans apercevoir l’ermite, probablement occupé dans l’une des masures en arrière-plan de la chapelle, ni même les lépreux qui fuyaient la société. 
 Le soleil se levait à peine dans notre dos. En jouant avec les branches dépourvues de feuillage à cette époque de l’année, il allongeait nos ombres loin devant nous pour nous ouvrir la voie. A main droite, on apercevait de temps à autre, l’énorme dune de sable qui protégeait cette partie de la côte des fortes tempêtes de l’ouest et servait de musoir à l’entrée du port. 
Nous traversions parfois un hameau. Les roues cerclées de fer de notre charrette lourdement chargée, résonnaient comme un roulement de tambour, faisant sortir les habitants des vieilles chaumières, le plus souvent en ruines, vestiges de villas gallo-romaines jadis prospères. Nous nous arrêtâmes pour souffler un brin, à l’embouchure de la petite rivière de Penne de Pie, au village de Grandouet qui sert de port aux Seigneurs de Barneville. Quelques habitations de pêcheurs s’étaient bâties autour du pont de pierre qui enjambait le cours d’eau et, du petit débarcadère. Nous laissâmes la charrette à « l’Abri des Tempêtes » où nous comptions nous restaurer plus tard. Pas question de quitter les lieux sans poser quelques collets. Le Seigneur de Penne de Pie n’était pas trop regardant et, il se disait de ses commis qu’étant trop bien nourris, ils ne sortaient que par beau temps! Ce qui, dans notre contrée limitait le risque de les rencontrer. Le sous-bois était très sombre, les arbres aux troncs énormes et aux larges ramures diffusaient de chiches rayons de lumière mais nous marchions sans crainte, profitant de notre liberté. Nous connaissions depuis notre petite enfance tous les chemins  et toutes les sentes de la forêt de Honnefleu à Penne de Pie. Cul de Bulot nous y avait emmené plus d’une fois à la belle saison et nous y avions plus d’une fois, en cachette, cherché en vain l’entrée des fameux souterrains. Cette fois, nous posâmes nos pièges non loin du chemin qui monte à l’ancienne chapelle des Templiers. Si nous devions revenir après la tombée de la nuit, il nous serait aisé de nous repérer. 
 Une bonne petite galopade pour rattraper le temps perdu, nous ramena à « l’Abri des Tempêtes ». Construit en pierre et recouvert d’une barque retournée en guise de toit, « l’Abri des Tempêtes » était la propriété de la Déffalée*. Elle devait son surnom à ses énormes mamelles jamais plus qu’à moitié couvertes, quelque soit le temps, qu’il vente ou même qu’il neige. Pour le moment, la Déffalée* remorquait après sa cotte de toile de chanvre, un enfançon qui marchait à peine. 
- Viens-t-en, mon poulot. Dit-elle, en le prenant par la main pour se porter à notre rencontre. 
Elle s’arrêta un moment pour reprendre sa respiration dans un soupir qui souleva son imposante poitrine et attrapant l’enfant pour l’asseoir sur sa hanche, elle continua : 
- Ah, c’est d’qué mes pauvres enfants, j’en suis à élever l’pouchin de haie* à la créature au Frémont qu’en veut point ! 
Elle voulait dire l’enfant naturel de la femme Frémont. 
- J’peux vous offrir du hareng qu’on a fumé avec du brié et une bôlée de bon bère*. Ajouta-t-elle avant de disparaître à l’intérieur. 
Offrir ne veut pas dire gratuit chez nous, mais proposé de bon cœur. Comme avec la mère Nezan, c’était à prendre ou à laisser ! Aussi sans rien répondre, nous nous assîmes à l’entrée de la masure, sur le banc de bois lavé par les embruns. Elle ressortit bientôt et nous mit dans la main de belles tartines de pain brié à la mie dense et à la croûte délicatement dorée, recouvertes de beurre salé et sur lesquelles on avait émietté du hareng désarêté à la senteur âcre et tenace de feu de bois. Nous arrosâmes le tout d’un godet de cidre au goût amer. 
Repus et reposés, nous reprîmes notre chemin, égayé de temps à autre par un noisetier au pied duquel nous remplissions de fruits, une panière réservée à cet effet. 
Sans ralentir l’allure, nous traversâmes Corquebutum que nous appelions le plus souvent Cricquebuef à cause des petits abris que les pêcheurs installaient l’hiver pour se réchauffer après la marée de crevettes et que nos ancêtres vikings appelaient buefs. Il faut dire que la pêche à la crevette nécessite d’entrer dans l’eau glaciale parfois jusqu’à l’épaule pour pousser le havenet, filet en forme de « x ». 
La route, ensuite, longeait la grève  entre le banc du Ratier qui dépend de la Seigneurerie des Landal et Villerville, terme de notre périple. 
Guillaume Lemarchand, le cousin de notre père habitait le village des pêcheurs, au bas des Graves, assez loin du rivage qui servait d’écorage* aux barques de pêche, pour être protégé des plus fortes marées. Sa demeure curieusement bâtie, se composait d’une coque de caïque stabilisée sur le sol par d’énormes blocs provenant de la falaise des Graves et de madriers de bois qui l’étayaient de par et d’autre ainsi qu’un bateau en cale sèche. Le toit de chaume, percé d’une ouverture qui laissait passer la fumée, recouvrait l’ensemble du bateau. On avait planté des iris et des joubardes* sur le faîtage, ce qui lui donnait fière allure au printemps quand le toit se paraît de magnifiques fleurs violettes. Pour l’instant, on ne voyait que les feuilles jaunies, mais les rhizomes des iris continuaient d’assurer leur office en maintenant les faisceaux de roseaux secs qui constituent le chaume, tandis que les joubardes* protégeaient de la foudre et autres incendies. 
 Nous laissâmes tomber nos brancards devant la demeure de Guillaume, épuisés, à deux doigts de regretter l’absence de Cul de Bulot et Vent du Nord. L’entrée de la maison- bateau ou du bateau- maison se faisait par la poupe. La porte était  remplacée pour le haut par une peau de vache à peine équarrie et pour la partie basse, par un viquet* composé de morceaux de planches de bois flotté retenus entre eux par de la corde de chanvre. L’intérieur laissait voir les énormes côtes de baleines qui soutenaient le toit. Mis à part la porte et le trou de fumée, la demeure était dépourvue d’ouvertures, ce qui la rendait sombre quelque soit l’heure du jour. Au fond vers la proue, un lit clos emplissait la majeure partie de l’espace. Le reste du mobilier se composait d’un grand coffre clouté qui faisait aussi office de banc et d’une table faite de longs pans de bois flotté. Au centre, le feu qui brûlait sous une marmite tripode, empestait l’atmosphère car la peau de vache qui fermait la porte était rabattue. Nous dûmes nous tenir les yeux fermés le temps de nous accoutumer à la fumée qui piquait ferme, de grosses larmes nous dégoulinant sur le visage. 
Guillaume Lemarchand, gisait semi- assis au fond du lit- clos garni d’un édredon de paille. Je m’approchais, conscient qu’il riochait* de nos yeux rouges et larmoyants. 
- Me croyez pas malade, mes gars, dit-il du fond de sa couche, je m’repose de la marée. Je viens tout juste de rentrer. J’ai fait une marée de hareng comme j’en avais pas fait depuis trois ans. C’te poisson est vraiment malicieux. Depuis deux saisons, on en a à peine vu la queue d’un et voilà qu’il revient à en faire craquer la dreize*. Mais ne nous plaignons pas, on mourra toujours point de faim cet hiver! 
Sur ces mots, il se leva d’un bond et nous accompagna dehors. Quelques pêcheurs, que notre remue-ménage avait réveillés, sortirent donner la main. Quand tout fut déchargé et que nous nous fûmes rincé le gosier d’un coup de bon bère*, Guillaume proposa: 
- Puisque l’Bon Dieu vous a mis là, on va aller voir l’étalière pendant que la marée est au plus bas ! 
Mon coeur se mit à battre à tout rompre. C’était tout ce que j’avais espéré en rendant visite au cousin. Et là encore, pas besoin de demander! Le ciel soit béni, les choses avançaient comme je le souhaitais. L’étalière du cousin Guillaume, héritée de sa mère, propre sœur aînée de notre père, s’étendait sur la moulière au nord-est de la Ferme du Ratier.


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Message Posté le : Mar 17 Jan - 00:21 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Nous partîmes donc, armés de paniers cylindriques. Après avoir traversé une zone de sable très mou, nous contournâmes la pointe Sud du ratier. Lorsque nous arrivâmes, la marée découvrait tout juste les guideaux composés de deux pieux d’environ cinq pieds de haut, plantés dans le sol rocheux de la moulière sur une ligne courbe légèrement inclinée vers le large et reliés entre eux par des filets tendus verticalement. 
Accrochés au filet, les poissons luisants et dégoutants d’eau, frétillaient. Ceux du haut finissaient par tomber au pied du filet, sautillant de plus belle dans la large flaque laissée par la marée sur l’étalière et bondissant pour s’échapper sans se rendre compte que leurs gesticulations ajoutées aux blessures infligées par la capture attiraient les oiseaux de mer. Guillaume qui nous précédait, lâcha son panier pour se saisir prestement de la macreuse  qui s’était prise une aile dans le filet, voulant profiter de la manne pour se gaver sans effort. 
- Cà me changera du poisson, marmonna-t-il en lui tordant le cou pour la ranger dans un sac qu’il avait avec lui. 
Déjà, il reprenait sa tâche. Il fallait travailler vite pour détacher les poissons qui s’abîmaient les chairs dans le maillage en se débattant, attirant de plus en plus d’oiseaux. 
Nous étions affairés à récupérer un saumon d’assez belle taille, tombé au pied du filet quand, relevant la tête, je restai interdit. Deux formes traversaient le champ de cerisiers, venant du bois qui masquait la plage du Nordet.  
Pas de doute, c’était bien Cul de Bulot et son inséparable Vent du Nord, tirant et poussant une charrette à bras lourdement chargée de ballots recouverts de sacs de toile brune. Si l’on ne connaissait point les origines de Vent du Nord, les cheveux roux foncés, à larges boucles et les yeux bleus globuleux de Cul de Bulot trahissaient sans conteste un gars de « cheu nous », un gars de Villerville, bien certainement. Par contre, sa démarche dansante, trop précieuse pour un marin et un peu étriquée comme s’il avait eu le postérieur coincé dans un de ces coquillages que l’on nomme bulot, n’appartenait qu’à lui et lui avait valu son surnom. 
Comme ils passaient à portée de voix, Guillaume les interpella: 
- Boujou les gars, çà va comme vous voulez? 
- On s’est fait une bonne marée d’moules ! Dit Vent du Nord, en se redressant pour se frotter les reins. 
- Viens-t-en ! Répliqua, Cul de Bulot. C’est pas le moment de causer, tu vas y faire échapper son poisson! 
- C’est vrai ! Dit Guillaume. Allez !... Boujou! Et il reprit sa pêche miraculeuse. 
Robert se tourna vers moi, l’air aussi intrigué que moi-même. C’est qu’il était bien trop tôt dans la marée descendante, pour avoir, seulement à deux, cueilli pareille quantité de moules. Chacun sait que les moules sont fermement accrochées à leur rocher et qu’il faut une patience inouïe pour les récolter une à une à l’aide d’un couteau de fer. Du menton, Robert me montrait l’arrière du chargement: aucune trace, aucune traînée d’eau comme devraient en laisser des sacs de moules tout juste sorties de la mer. 
- Par quel miracle se retrouvent-ils à la pêche, alors qu’on a besoin d’eux à la forge? Me chuchota-t-il. 
-  Et quand sont-ils arrivés là? 
  -Vrai, ils ont pu nous dépasser alors que nous musardions à mettre nos collets ? 
  -A moins, fis-je, qu’ils ne soient venus par la mer ou, qu’ils ne soient là depuis bien plus longtemps! Depuis la nuit dernière, pourquoi pas ? Ils n’ont point reparu depuis la débarque du Notre Dame. 
 J’étais décidé à en avoir le coeur net. Ne pouvant les suivre sans me faire remarquer, je m’éloignais de Guillaume, discrètement, comme étant occupé plus loin. Ce faisant, je m’arrangeais pour me cacher à sa vue derrière un groupe de rochers. Et, me cachant ainsi de place en place, je me dirigeais vers la grève du Nordouet. Quand j’arrivais enfin dans la partie boisée, je pus me déplacer sans me faire voir, me glissant entre les troncs d’arbres séculaires, mes pieds s’enfonçant dans la tourbe humide. J’atteignis sans encombre la lisière du bois, au bord de la petite crique faite de roches éparses et de sable. Là, je n’eus pas le loisir de quitter le couvert des arbres. A quelques pieds devant moi, un homme armé pis qu’en guerre faisait les cents pas sur le sable, paraissant surveiller quelque chose. Un monceau de balles et de paniers mal dissimulés parmi les pierrailles occupait, Dieu merci, toute son attention. Me tournant à demi, je remarquais à ma droite, un autre homme à califourchon sur le haut d’une roche plus haute que les autres. Il surveillait l’horizon, deux arbalètes bien prêtes à portée de main, une lourde hache dépassant du travers de ses genoux. J’en avais assez vu. Je rebroussais chemin sans me faire découvrir. Il était grand temps! Guillaume ne me voyant plus, m’appelait à grands cris et Robert pour donner le change en faisait autant, bien que sachant à quoi s’en tenir. 
La pêche se finissait, les dernières raclures seraient pour les macreuses qui se les disputaient en criaillant à qui mieux mieux. 
De retour au bateau- maison, celui-ci nous paru un nid douillet. Nos hardes mises à sécher sur des branches au dessus du feu comme poisson mis au fumage, nous nous installâmes dans les peaux de mouton que nous tendit Guillaume. Mal nous en pris: elles devaient lui servir habituellement de puciers car nous fûmes tout aussitôt dévorés bien que ces bestioles soient réputées moins actives quand vient la froidure! Prenant son temps, Guillaume sortait sa pêche et l’étalait sur la table pour l’ébroeuiller* avant de la mettre au fumage ou au sel. Malgré la faim qui nous tordait l’estomac, nous ne fîmes guère bon accueil au plat de harengs grillés qu’il nous présenta pourtant de bon coeur. A cause de cet infortuné banc de harengs qui, pour son malheur et le nôtre, s’était fourvoyé dans l’estuaire de la Seine, nous étions tant saturés de ce poisson que la nausée nous en venait rien qu’à en parler! Heureusement notre part de pêche de l’étalière nous permettrait de varier un peu nos menus! 
Nous reprîmes la route vers le milieu de l’après-midi. Nous installant l’un après l’autre dans la charrette vide, nous nous roulions à tour de rôle. Arrivés en vue de Penne de Pie, nous fîmes un détour, abandonnant notre voiture à bras sur le bord de la chaussée, pour prendre le chemin qui montait vers l’ancienne chapelle des Templiers dans l’espoir de trouver quelques bêtes prises dans nos collets. 
- Jésus, Marie, Joseph! Ces bêtes seront les bienvenues, dit Robert. 
- Et comment donc, ajoutais-je, à manger tant de hareng, il me semble que les ouïes me poussent! 
Nous remontions la sente, devisant et jouissant du moment quand un bruit de pas précipités venant de plus haut nous alerta. A peine, à l’abri d’un gros buisson de rosage, car nous craignions malgré tout les commis du Seigneur de Penne de Pie, nous vîmes débouler sautant par dessus les souches, Cul de Bulot qui, pour le coup ne semblait guère gêné aux entournures, comme s’il servait de proie à quelque chasse diabolique. 
A l’abri d’un fourré, nous retenions notre respiration : rien, pas un bruit, aucun poursuivant, nous reprîmes notre marche, sur le qui-vive, prêts à déguerpir au moindre bruit suspect. Nous arrivâmes enfin dans la clairière. De là, nous dominions l’estuaire de la Seine, on le devinait par dessus la cime dépouillée des arbres en contrebas. Devant nous, sur un éperon rocheux se dressait la chapelle. Construction massive datant, disait-on de l’époque où les templiers avaient leur commanderie près d’ici, elle était composée d’une nef flanquée de deux chapelles latérales. Les épais murs de travertin, les hauts contreforts droits et la robuste tour lui donnaient l’allure d’une forteresse. Un perron de vingt et une marches ordonnées en nombres cabalistiques menait à la porte cintrée. Au pied des marches, un cyprès s’étirait vers le ciel comme un long cierge vert presque noir. Un cheval, attaché court par sa longe aux basses branches, hennit bruyamment à notre approche. En un rien de temps, nous nous jetâmes sous le couvert des arbres. Bien nous en pris ! Quelqu’un sortait: je reconnus l’un des portugais, celui que l’on nommait Coùto et que nous avions vu débarquer du Notre Dame. D’un regard soupçonneux, il balaya les alentours avant de descendre quatre à quatre les degrés. Il enfourcha la monture et partit à bride abattue malgré les difficultés du sentier. Son cheval devait avoir le pied sûr car il disparut en peu de temps de notre vue. 
Après un moment de stupeur  et comme plus rien de nouveau  n’arrivait, nous nous risquâmes d’un commun accord vers l’église. Nous n’allions point partir sans savoir de quoi il retournait. Contournant l’espace découvert en longeant la lisière des bois, nous nous glissâmes jusqu’à  l’escalier que nous franchîmes en quelques bonds, pour nous retrouver sur le parvis. 
Le lourd portail de bois était fermé. Robert le repoussa des deux mains tandis que je surveillais nos arrières, mon couteau de chasse serré dans mon poing. Le soleil, déjà à l’ouest car la journée était bien avancée, éclairait l’intérieur de la nef aux trois-quarts, laissant le chevet et les chapelles latérales dans l’ombre. Une pierre qui servait à cet usage, nous permit de garder la porte ouverte pour bénéficier de ce rayon de lumière. 
Le sol de terre battue dégageait une humidité presque palpable qui nous prenait la gorge. Autour du maître-autel, recouvert d’une nappe de lin blanc ajourée, les hampes des torchères des Charitons* plantées dans les portants de fer forgé luisaient doucement. Tout paraissait en ordre, pas un bruit ne nous parvenait. A croire que l’on avait rêvé toutes ces cavalcades! Nous nous apprêtions à quitter l’endroit quand je remarquais qu’une torchère manquait sur l’un des portants. Je m’approchais de l’autel, mais Robert qui m’avait devancé me fit signe de le rejoindre en silence. Je vis tout de suite où se trouvait la torchère manquante. Vent du Nord gisait là, derrière l’autel. Sa main droite enserrait encore la hampe comme pour se défendre d’un invisible ennemi. Son autre main pressait son thorax d’où dépassait le manche ciselé d’un poignard de Tolède. La terre absorbait peu à peu la mare de sang qui s’étalait autour de son corps encore chaud. Je me penchais et passais ma main sur ses yeux comme je l’avais vu faire. Ce faisant, je remarquais, sa main serrée sur sa poitrine. Elle semblait protéger quelque chose. Avec délicatesse, je retirais d’entre ses doigts une sorte de médaille en relief attachée à son cou par un lacet de cuir. Je coupais le cordon avec le couteau que je tenais encore  et  je glissais la pièce dans ma bourse de ceinture. 


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Message Posté le : Mer 18 Jan - 09:50 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Soudain, des voix se firent entendre. D’abord étouffées, elles nous parurent de plus en plus proches, de plus en plus claires comme si quelque armée invisible s’approchait. Nous ne savions que faire. Recroquevillés dans l’ombre derrière le maître-autel, nous écoutions ces bruits venants de nulle part. Au bout d’un temps, il nous sembla que les voix provenaient de dessous terre et qu’elles se rapprochaient. Nous craignions d’être découverts et la vue de ce pauvre Vent du Nord qui gisait à nos pieds nous glaçait les sangs. Que s’était-il passé? Dans quel pétrin nous étions nous jetés et cela, juste pour changer un peu notre ordinaire pitance! 
Les voix se turent, laissant place à des raclements de coffres que l’on tire, à des frottements de lourdes charges que l’on transporte. Des murmures reprirent plus proches comme s’ils venaient de dessous l’autel, de dessous nos pieds… A mieux les écouter, il me sembla même que certaines de ces voix m’étaient familières, mais j’étais trop effrayé pour réfléchir. Robert tira doucement ma manche. Je sursautais quand je compris ce qui l’avait alerté : l’autel bougeait doucement, sans à-coups, comme s’il était mu par une force extraordinaire et ce faisant, il poussait le corps de Vent du Nord qui le coinçait. Glacés d’effroi, je ne sais comment nous quittâmes notre retraite, bondissant et sautant comme un seul homme, nous prenant au passage les pieds dans une épaisse tenture qui masquait l’entrée de la chapelle Sud et traînait sur le sol. 
  
  
 Il faisait sombre à présent. Le soleil, bas à l’horizon, comme une large tache flamboyante, laissait les lieux dans une pénombre inquiétante. Sans nous concerter, nous dévalâmes ventre à terre les marches de pierre, courant sans nous retourner jusqu’à notre charrette, n’ayant plus le coeur au braconnage. Attelés l’un et l’autre, chacun à son brancard, nous galopions à en perdre haleine.  
Il nous fallut bien bientôt ralentir l’allure pour reprendre souffle. La première peur passée, nous envisagions les conséquences de ces évènements. Robert s’inquiétait de ce que chacun avait pu voir notre charrette sur le bas côté de la chaussée. 
- Et si, dit-il, on allait nous soupçonner du meurtre de Vent du Nord? 
  - Position de position, maugréais-je, je n’y avais point pensé ! Ce n’est pas Dieu possible ! Cà se pourrait encore bien, vu notre mauvaise fortune de ce jour ! 
  L’idée d’aller rechercher Vent du Nord pour le hisser sur la voiture nous effleura bien une fois ou deux durant le reste de notre course, nous y renonçâmes bien vite à chaque fois. La peur de retourner là-haut nous en dissuadait. Cela nous accuserait davantage : comment expliquer notre présence dans la chapelle des Templiers?... Et si ceux qui l’avaient estourbi, ceux qui circulaient sous terre, étaient en ce moment à notre recherche ?...  Qui étaient-ils ces maudits ? 
 Nous suivîmes notre route sans enthousiasme, abandonnant notre pauvre Vent du Nord à son triste sort. Nous en étions fort marris et chagrinés, mais que faire d’autre? Nous espérions que le Frère de Saint Siméon qui desservait la chapelle ne tarderait point à passer et qu’il lui donnerait une sépulture chrétienne. 
Chemin faisant, nous avions dépassé ledit Saint Siméon et nous arrivions sur Grandouet. Au fur et à mesure que nous approchions de notre logis, nous nous reprochions mutuellement notre couardise. Dire que nous aurions pu percer le secret des souterrains puisqu’il ne pouvait s’agir que de cela! Quels poltrons nous faisions! Nous décidâmes de ne pas nous vanter de nos aventures, de ne rien dire de ce que nous avions vu et entendu ce jour-là. Nous voulions nous racheter de notre lâcheté en découvrant par nous-mêmes celui ou ceux qui avaient fait passer Vent du Nord de vie à trépas. 


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Message Posté le : Lun 23 Jan - 09:29 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Nous atteignîmes la forge pour le repas du soir. La soupe de pain trempée de lait attendait dans nos guichons* à soupe. On nous avait entendu monter. Père, en bout de table, s’essuya la bouche d’un revers de manche et du menton, nous fit signe de nous asseoir. Nous prîmes nos places respectives de par et d’autre de la longue table. Bertran se tenait près de Robert, mais à l’autre extrémité, la place de Cul de Bulot était vide et toute aussi vacante était celle de Vent du Nord. A ma gauche, grand-mère Eudine mangeait, silencieuse, sans lever le regard de sa bolle*. De temps à autre et sans même lever la tête, elle donnait une tape du dos de sa cuillère sur la main de la Meslie qui, près d’elle, la tête presque plongée dans son guichon* en aspirait le contenu avec la vigueur de ceux qui n’ont pas mangé à leur faim tous les jours de leur enfance. 
 Eudine Lemarchand était la mère de notre père. N’ayant plus que ce seul fils, elle avait accueilli sa bru dans son foyer comme sa propre fille. Notre mère morte en couches ; elle nous avait élevés, nous considérant comme ses propres fils. Nous le lui rendions bien. N’ayant  point  eu de fille, elle reportait sur la Meslie un peu de l’affection  qu’elle n’avait pu partager avec une enfant bien à elle, allant jusqu’à lui confier les recettes de quelques uns de ses remèdes souverains.  Encore bien allante malgré ses soixante ans passés, elle régnait sur la cuisine et le ménage. Dès le lever, elle portait bien droit sur la tête un bonnet de lin immaculé d’où s’échappaient des mèches de cheveux châtains clairs, à peine mêlés de quelques fils blancs. Ses yeux noisette qui ne souriaient jamais et sa bouche serrée comme sur quelque lourd secret, faisaient dire de Eudine qu’elle n’était pas facile. Nous qui la connaissions, savions que sous ses airs bourrus et sa parole rare, nous pouvions compter sur sa bienveillante protection. La Meslie en abusait bien souvent. Je l’avais plus d’une fois surprise à tatasser* sur le devant de porte avec les bonnes de la Mère Nezan, négligeant grand mère Eudine penchée à la fenêtre pour la surveiller. Seul le Père Lemarchand qui lui promettait une bonne lochée* si elle continuait de traînasser réussissait à la convaincre de s’activer. 
  
L’heure du coucher fut la bienvenue. Hélas, je ne fermais pas l’œil de la nuit ! Camuché* dans mon édredon en plumes d’oie, je me tournais et me retournais sans trouver le sommeil. Sursautant au moindre grincement, au moindre tressaillement, je me remémorais les évènements de la journée. J’imaginais encore et encore la pauvre dépouille de Vent du Nord abandonnée dans la noirceur et le froid de la chapelle sans avoir reçu les saints sacrements. Je me sentais les dents claquer. Une autre question me tenait éveillé: que cachait la chapelle des Templiers? Qu’étaient ces voix qui venaient de nulle part et qui me paraissaient si familières? Etait-ce là, le départ de ces fameux souterrains dont on ne parlait qu’à mots couverts et que je rêvais de découvrir? Qu’aurais-je donné pour revenir à hier, pour avoir été plus coeuru* ! Le secret se trouvait là quelque part sous la chapelle des Templiers. Nul besoin de retourner au Ratier, le secret était là à notre portée. Il me suffirait de revenir à la chapelle pour le découvrir. Dieu, comme je regrettais amèrement ma couardise. 
 Au bout d’un temps qui me paru immense et las d’attendre un sommeil qui ne viendrait plus, étant excité plus qu’une puce, je me levais d’un bond, jetant une couverture de laine sur mes épaules. Robert, dans la chambre voisine, dormait d’un sommeil agité. Je ne le dérangeais point. M’appuyant du front sur le carreau, j’effaçais la buée d’un coin de ma couverture.  Je regardais en contrebas la courette pavée qui séparait la forge de la maison inhabitée accotée au vieux mur de silex. C’est là que l’on mettait le bois de la forge et les réserves de fer. Furtivement, une ombre se faufila dans la cour, une ombre qui ressemblait fort à Cul de Bulot. Qu’allait-il faire à cette heure indue dans la maison du fond? Le froid qui m’envahissait peu à peu m’obligea à regagner ma couche. Je finis par m’assoupir laissant toutes mes questions en suspend. 
Mon sommeil fut de courte durée. J’avais à peine fermé l’oeil que la voix de Père, qu’il n’avait point besoin de forcer, habitué qu’il était à couvrir le fracas de la forge, me tira de ma couche. J’enfilais mes habits en aveugle dans l’ordre inverse où je les avais quittés. Alors que j’attrapais ma ceinture par un bout, j’entendis rouler une pièce et, la récupérant, je reconnus celle que j’avais prise dans la main de Vent du Nord, le jour d’avant. Je la resserrais dans l’éclypette* de mon coffre avec mes écus d’argent, me réservant de l’observer plus tard. C’était peut-être mon seul indice pour commencer mon enquête. Pauvre Vent du Nord! 
  
Le jour commençait à poindre. Je descendis dans la salle commune, m’étirant et baillant. Le pain taillé de la veille dans les guichons* en grès  de Nehou, rouge presque noir, attendait la soupe gardée au chaud, dans les braises du foyer.  
Je fus vite rejoint par Robert, l’air ensommeillé et aussi peu réveillé que moi. Eudine, en égard à son âge, n’apparaîtrait qu’au milieu de la matinée. Quant à la Meslie, il était fort rare de la croiser d’aussi bonne heure, elle était déjà sortie, s’activant à la corvée d’eau avant d’aller au marché aux herbes et aux poissons. Cul de Bulot et Bertran, étaient déjà attablés avec Père. Saisissant une épaisse peau de cuir souple, je tirais la marmite tripode des braises par les deux anses rapprochées prévus à cet effet. Je sortis du bas vaisselier le pot de graisse normande dont j’ajoutais une bonne cuiller sur le pain biscuit, avant de verser trois bonnes louchées de soupe. Je remis les couvercles au fur et à mesure sur les guichons* pour laisser fondre la graisse et garder la chaleur. 
Ni mon frère ni moi-même ne comptions faire remarquer l’absence de Vent du Nord qui, chaque matin que Dieu faisait, à l’exception d’ailleurs de ces deux derniers jours, venait frapper à la porte pour profiter de la soupe qui lui était généreusement préparée. Quand je vis Père quitter sa place, aller à l’autre extrémité de la table pour s’emparer du guichon* de Vent du Nord, mon sang se figea dans mes veines. Je n’étais pas au bout de mon saisissement. 
 Plongeant sa large main dans le guichon*, il récupéra d’un coup les morceaux de pain et les répartit dans nos propres bolles*. Enfin, il l’essuya soigneusement du coude avant de le déposer sur le manteau de la cheminée. Reculant d’un pas il resta là, le considérant un instant, avant de regagner sa place en soupirant. J’étais figé, statufié. La salive m’en était disparue du gosier. Je n’osais regarder Robert, de peur de défaillir. 
 Mais le pire n’était pas arrivé. Deux coups retentirent à la porte. Je me sentais morfondu de stupeur, incapable d’aller ouvrir si jamais on me le demandait. Père, tranquille, termina sa bouchée, mastiquant le pain en supant* le jus. Puis s’essuyant la moustache à la touaille*, il demanda d’entrer sans même élever la voix. 
 Face de Raie s’encadra dans le chambranle de la porte: 
-  C’est Vent du Nord, Maître Lemarchand ! Il est timbé* cette nuit dans l’avant-port, on vient de retrouver son corps à la marée descendante! 
-  Fais le porter à la forge, dit mon père, en replongeant sa cuillère dans la soupe. 
Puis, après un temps, il ajouta: 
-  Et préviens les sergents de l’Amirauté! 
On nous amena Vent du Nord sur un brancard. Il fut déposé sur l’établi de fer qui sert à la petite chaudronnerie. Robert s’empressa de sortir les seaux d’eau qu’il avait préparé la veille pour s’avancer dans son travail. On ne laisse pas d’eau près d’un mort, son âme pourrait s’y noyer et Vent du Nord avait eu assez d’occasions de perdre la sienne. Pauvre Vent du Nord, je frissonnais d’horreur! 
-  Espérons que son âme l’avait déjà quitté quand il gisait dans la chapelle. Me chuchota Robert qui rentrait de la cour. 
Nous approchant ensemble de la dépouille de notre ami, nous fûmes stupéfaits: Vent du Nord, d’habitude vêtu d’oripeaux mal assortis qu’on lui donnait par charité, était étendu devant nous, revêtu d’une improbable robe de bure blanche que jamais de son vivant il ne posséda et qui ne laissait apparaître ni blessure, ni trace de sang, ni le moindre poignard de Tolède ou d’ailleurs. Ses pieds et ses jambes nus étaient englués de vase comme s’il y avait été planté droit jusqu’aux genoux. . . . 
Ce ne fut pas le barbier qui vint pour la toilette mortuaire comme cela était la coutume mais, un moine dont on nous dit qu’il était un frère hospitalier de Barneville et que pour ma part, je n’avais jamais vu. Après lui avoir coupé la barbe, il lui tailla les ongles et récupéra les rognures dans un petit coffret de bois qu’il avait avec lui.  
Deux commères se présentèrent dans la matinée pour envelopper le corps dans un linceul en toile à voile. Elles terminaient de le coudre quand les sergents de l’Amirauté arrivèrent. Le travail étant bien avancé et s’agissant d’un pauvre hère, on convint de s’entendre sans autre forme de procès : dans la brume nocturne, il avait raté le bord du quai. Prisonnier de la vase, il s’en était, en quelque sorte, allé comme il était venu: repris par la mer qui nous l’avait donné. Les commères le pleurèrent jusqu’ au milieu du jour. Avant la tombée de la nuit, on chargea le corps sur la voiture à bras. Le curé, accepta qu’on l’enterre dans le cimetière bien qu’il n’eut pas reçu les sacrements avant de trépasser. Il l’avait baptisé par précaution après qu’on l’eut trouvé sur ce même quai où il avait soi-disant péri et il gardait pour lui une certaine affection. On le mit en terre à l’extrême limite du cimetière près de la fosse commune des indigents. Père donna, au clergé, une bourse bien garnie pour faire bonne mesure. Une messe fut dite le lendemain pour le repos de son âme. 
A la forge, la vie reprenait son cours comme si rien ne s’était passé ou presque. Mais, un événement majeur, m’empêcha de me consacrer à ce qui me tenait le plus à cœur : retrouver les coupables du meurtre de Vent du Nord !  
  


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Message Posté le : Lun 23 Jan - 09:30 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

                                              Chapitre III 
  
  
L’invitation de Jean Le Danois arriva quelques jours après ces funestes événements. Père nous en fit part à la fin du souper. Nous devions rendre visite  au dit Le Danois, la semaine suivante, en sa maison de l’Enclos. Nous: Père, Robert et moi!  
Nous n’avions que peu d’occasions, mon frère et moi, de pénétrer dans la ville enclose et rien n’aurait pu venir gâter le plaisir, que nous procurait par avance, l’idée d’y accompagner notre Père. J’étais moi-même doublement content puisque mon frère serait de l’expédition. Bien souvent le droit d’aînesse faisait que j’étais le seul à bénéficier des bonnes occasions et cela me gâchait la partie. Béni soit ce Jean Le Danois qui nous voulait tous les deux ! 
 Nous fûmes tenus de vérifier nos garde-robes pour l’évènement. 
- Faudrait voir à ben vous attifailler*, à point r’ssembler à des manants ! 
 Le père Lemarchand souhaitait que les gens de sa maison tiennent leur rang et le représentent dignement. Dès qu’il avait appris la nouvelle, avant même de nous en faire part, il avait commandé pour le lendemain la venue du gars au Père Paletot pour qu’il vinsse prendre nos mesures et nous confectionner de nouveaux pourpoints de velours brun à la nouvelle mode, plus courts, tracés de galons de soie, la taille marquée, les crevés des manches laissant apparaître la chemise. Robert Lemarchand avait remarqué ce genre de vêture sur les bourgeois de l’Enclos. Lui qu’on aurait pu croire juste occupé de ses saumons de métal, rêvait depuis un moment d’une occasion où lui et ses fils pourraient se paonner* dans de pareils habits. Cette visite dans l’Enclos serait une parfaite occasion. Pas question de se pavaner dans le quartier de Sainte Catherine sous les quolibets du voisinage ! A notre grande surprise, il sortit d’un coffre qu’il avait chez lui, dans sa chambre, toute l’étoffe nécessaire à la confection des habits. 
  
  
Le jour venu, la forge resta silencieuse. Robert ne fut pas pour autant dispensé de sa corvée d’eau. Il alla, comme chaque jour, remplir ses seaux de bois à la Fontaine Bouillante de la Place du Marché, ainsi nommée parce qu’elle jaillit à clairs bouillons. L’eau était destinée à nous décrasser autant que faire se peut. Nous utilisions pour cet usage du savon fait avec la cendre de la forge et de la cendre d’os mélangées à de la soude et à du suif. On mettait le tout à cuire deux bonnes heures, une fois l’an, dans un gros chaudron au milieu de la cour.  
Robert vida ses seaux dans le grand baquet de bois posé sur un trépied qu’il installa juste au bas des marches qui montaient à l’appartement. Si bien que je faillis choir dedans sous les rires moqueurs du reste de la famille tant j’étais pressé ! Enfin, nos curations terminées, nous remontâmes à l’étage, nus comme vers sauf nos braies que nous n’avions pas quittées et la peau rouge comme crête de coq à force d’avoir frotté! 
Notre sortie ne risquait point de passer inaperçue ! Déjà, sous prétexte d’une fausse commission, Face de Raie d’abord, puis les deux bonnes de la mère Nezan avaient eu le toupet de venir, en émissaires, nous reluquer dans la salle commune, transformée en salon d’habillage. A présent, un attroupement s’était fait devant l’entrée de la forge et nous apparûmes au milieu des exclamations. 
-          Heulà ! I sont pas a’rien biaux* ! 
Dans notre dos, tandis que nous commencions de descendre la rue, ce fut une autre chanson. Des railleries fusèrent, railleries que Père, se retournant d’un bloc, fit rentrer  dans les gosiers. Quelques uns, pourtant, nous suivirent en cortège improvisant quelques danses grotesques. Ils ne se risquèrent point, la Dieu merci, plus loin que l’auberge du Cheval Blanc où la mère Nezan les invita à prendre une bolée, histoire de nous éviter de les traîner jusqu’aux abords de l’Enclos. 
 Autour de la Fontaine Bouillante, le marché se terminait. Des enfants s’amusaient à jeter des trognons de chou, sous l’oeil indifférent des derniers chalands, à un mendiant sans doute pris sur le fait à chaparder et qui était attaché au pilori par les poignets et le cou. Nos nouvelles chaussures à bout carré « en museau de vache » ne sortirent pas à leur avantage de cette traversée de fin de marché, jonchée de broeuilles* de poisson et autres détritus. 
Habitué à traiter mes affaires sur les quais de l’avant- port sans me soucier des hautes murailles qui les surplombent, voilà que je me sentais intimidé. Père, l’air d’être partout à l’étroit, saluait de sa voix de forgeron, le sergent de l’octroi qui faisait son office à la « Maison Le Poids Le Roi » devant la Porte de Caen. 
  
  
 Fortifiée un siècle et demi plus tôt par le roi Charles V, la ville enclose entièrement entourée de murailles forme un quadrilatère. A l’angle nord se dresse la Tour Frileuse ou Tour aux Poudres bordée par le quai de la Quarantaine où attendait encore le Saint Elme. A l’opposé, au Sud, le bastion du Dauphin défend l’accès par la contrescarpe et les étangs Saint Martin. On accède à la ville enclose par la Porte de Rouen à l’Est et par la Porte de Caen à l’Ouest, en franchissant les fossés sur des ponts-levis. Bien que l’espace dans l’Enclos soit réduit, on y trouve deux églises. La plus ancienne est Notre Dame des Vases dépendant de la cure de Saint Léonard dans le faubourg du même nom qui s’étend sur les hauteurs face à la Porte de Rouen. L’autre, Saint Etienne est l’église des marins et de tous les gens de mer. Notre église Sainte Catherine nouvellement reconstruite en dépend. A celles-ci, s’ajoute, tout près de Notre Dame, la chapelle saint Antoine qui dessert la léproserie dont les hauts murs bordent le quai. Le Chemin Royal qui aboutit à la Porte de Rouen se prolonge à l’intérieur des murs par la Grande Rue pour rejoindre la maison du Gouverneur et la Place d’Armes. Cette Grande Rue comme le Chemin Royal, est large assez pour que deux voitures à cheval puissent se croiser et même pour que les troupes du Roi puissent y circuler. C’est dans cette rue que se concentrent échoppes d’artisans, auberges et maisons d’armateurs. De nombreuses ruelles en partent à angle droit, vers les jardins abrités par le mur nord ou vers le port. Le Havre du dedans comme on appelle le port intérieur communique avec la mer par un pertuis d’environ quarante cinq pieds de large bordé par deux ouvrages défensifs : d’une part, la Porte de Caen et d’autre part, la Tour Carrée construites pendant la Guerre de Cent Ans. Je vous donne ces informations car vous n’êtes sans doute jamais passés dans notre belle cité. 
Il fallait attendre son tour pour entrer. J’eus le loisir de détailler la porterie qui, comme le reste des murailles est constituée de grosses pierres de Vernon, amenées par les allèges, bateaux dont le faible tirant d’eau permet de circuler sur la Seine et les autres rivières, parfois halés depuis les berges par des chevaux ou par des hommes. Les chaînages qui soutiennent le pont-levis et permettent de l’ouvrir ou de le fermer disparaissent par les étroites ouvertures qui surmontent la porte. De chaque côté les échauguettes en surplomb, laissaient deviner la présence des archers. 


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Message Posté le : Mer 25 Jan - 10:14 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers Répondre en citant

Devant nous, deux marchands dont les grands paniers débordaient d’objets hétéroclites, profitaient de leur oisiveté forcée pour bonimenter une laitière, son pot de lait fièrement campé sur la tête et une harenguière avec son éventail de harengs et de maquereaux. Un colporteur qui transportait ses balais attachés en fagots sur le dos d’un mulet, les encourageait en se gaussant. Nous pénétrâmes sous le passage voûté sans oublier d’admirer l’imposante grille de fer forgée par l’un de nos aïeux. Cette grille est fermée chaque soir pour renforcer la sécurité du pont-levis.  
 
Le soleil bas à cette époque de l’année nous éblouit au sortir de la porte. Délaissant la passerelle de bois et de fer qui enjambait le pertuis, nous préférâmes profiter de l’occasion qui nous était offerte pour musarder un peu. Par ailleurs, nous étions bien en avance sur notre temps. 
 
 D’abord, nous longeâmes une alignée de maisons en encorbellement adossées au mur de fortification de l’ouest. A notre gauche, une pente herbue entourait le havre du dedans. A plusieurs endroits, des quais de bois avaient été construits pour faciliter l’accostage des bateaux. Comme nous arrivions à hauteur du Bastion du Dauphin, nous fûmes retardés par la relève de la garde. Quatre soldats à pied, l’arquebuse et le carquois sur le dos pénétrèrent dans le bastion, tandis que les quatre autres qui avaient fini leur service les saluaient avant de repartir vers la Place d’Armes. 
 
La rivière la Claire débouchait là au fond du havre, coulant dans un canal depuis les étangs Saint Martin, puis sous la muraille par une ouverture, protégée d’une grille épaisse. La marée était basse et seule, l’eau de la rivière remplissait son lit creusé le long du bord nord faisant tourner la roue à aube du moulin à grain prés duquel nous arrivions.
Les employés du meunier, le cou et le dos protégés par un sac de jute plié en deux, attrapaient d’un fort coup de rein les pouques* de grains à moudre empilées dans les charrettes tandis que d’autres, dans un nuage de poudre bistre, en rapportaient la somme moulue, le travail accompli. Les portes de la cohue, grandes ouvertes, nous engagèrent à musarder. Nous nous divertîmes à folâtrer parmi les étals des regrattiers* qui présentaient les choux, raves, poireaux et autres herbes, les fruits de l’automne, pommes, noix et noisettes ainsi que les poissons encore vivants. Ces produits achetés plus tôt hors les murs , place de la Fontaine Bouillante avaient acquis une énorme plus-value en pénétrant dans l’Enclos et nous nous amusions à comparer les prix, plaignant les habitants de l’Enclos de devoir débourser le double ou le triple pour les mêmes produits. Des denrées plus rares étaient exposées comme le thé, la cannelle, les clous de girofle, le poivre, les piments. 
 

Dix heures sonnèrent au clocher de saint Etienne comme à tous les clochers de l’Enclos et des faubourgs. Accélérant notre train, nous empruntâmes la rue de la Prison qui contournait l’église Saint Etienne. Cette rue simplement pavée de silex, s’avérait fort étroite et encombrée par les marchands ambulants qui trouvaient commode de s’installer là dans ce passage obligé qui relie la cohue à la rue principale. Il ne nous fût point possible de rattraper le temps perdu à vadrouiller* dans l’Enclos. 
 
 Marchands d’oublis, de pâtés, de harengs sauris, d’échalotes d’Etampes, de sauce verte, de mottes de beurre juste sorties des moules : il semblait que tous les commerces de bouche se fussent donné rendez vous là, dans une grande cacophonie de bruits, de couleurs et d’odeurs. Impassible, le geôlier poussait des excréments et de la paille à l’entrée de la cour de la prison. Au fond, on apercevait un puits, signe extérieur de richesse du vicomte de Roncheville, propriétaire des terres sur laquelle la ville est construite et par là même propriétaire de la prison. Le gardien qui avait rassemblé ses immondices sur le pas de sa porte, entrepris de les sortir dans la rue à larges coups de balai, les expédiant jusque dans nos pieds. Pour faire bonne mesure, il se mit à nous agonir d’injures* pour notre présence gênante, le tout, sans même regarder à qui il avait à faire. Une laitière s’interposa: 
 
- Y prêtez point attention, dit-elle. Y fait plus d’bruit que d’effet! 
 
Par chance, père se trouvait dans ses bons jours: il se contenta de foudroyer du regard le geôlier qui avait enfin relevé les yeux, et continuant tout droit, il l’obligea à se déporter pour nous laisser avancer.  
 
Passant notre chemin, j’en profitais pour détailler la grande porte de bois de la prison, pour le moment ouverte. Elle était percée en son centre d’une autre plus petite, qui permettait au gardien de vaquer à ses occupations sans que les prisonniers, entravés aux chevilles, aux poignets et au cou ne puissent s’évader, ne pouvant à la fois baisser la tête et relever les pieds pour s’enfuir. Ceci pour le cas improbable où ils se seraient égarés dans la cour car il était bien connu qu’il les tenait, le plus clair du temps, enfermés dans les geôles ou même au cachot.  
 
Des cris se firent de plus en plus présents, nous tournions vers la rue des Petites Boucheries. Il y régnait une grande activité: un boucher, devant son étal, finissait d’égorger un goret dont le sang giclait dans des hurlements effroyables faisant fuir la moitié des badauds. D’autres écorchaient en pleine rue après les avoir ébouillantés dans d’énormes cuves placées sur le pas de leur porte, les animaux qui venaient d’être tués sur place. Puis ils déversaient l’eau rougie et fumante dans le ruisseau central. La vue du sang caillé, des tripes, des tripailles et autres détritus sanguinolents n’avait rien de ragoûtant, et nous tenions au mieux le haut du pavé pour nous faufiler au plus vite, loin de cette rue nauséabonde, bien heureux que l’encorbellement* des maisons nous préserve de quelque autre mésaventure tombant des fenêtres. 
 
La maison de Jean Le Danois, sise dans la Grand’Rue, faisait la carre* avec la rue des Bouchers. Cette superbe maison en pan de bois à double encorbellement* soutenu par des corbeaux* attirait l’œil par la richesse des saintes images qui ornaient les sablières*. Le poteau cornier lui- même, sculpté à la façon des Montjoies,* abritait une petite statue de Notre Dame. Les deux étages supérieurs recouverts de tuiles neuves en bois de châtaignier offraient les mêmes reflets dorés que le toit recouvert de tuiles de Bavent. Comme à la forge, la façade du rez-de-chaussée se démontait en partie pour laisser passer les grosses pièces. 
 
Jean Le Danois nous accueillit sur le seuil et nous fit franchir deux salles en enfilade, encombrées de sacs d’épices et de nombreux rouleaux de tissus à peine déballés et posés à même le sol de terre battue, recouvert par endroits de tapis d’Orient. Les odeurs mêlées d’épices et de cuir, me saisirent agréablement après le spectacle et les relents nauséabonds de la rue comme si j’étais projeté en un monde fabuleux. Le Danois nous précéda dans l’escalier de meunier qui conduisait à l’étage. 
 
Nous pénétrâmes dans une salle étroite et basse, éclairée de flambeaux. Je reconnus sans peine, assis devant la large cheminée, le Capitaine Robert Le Paulmier de Gonneville ainsi que les deux marins portugais que nous avions vu débarquer du Notre Dame. L’un des deux, Coùto, était celui là même que nous avions vu s’enfuir de l’église de Penne de Pie, le jour de la mort de Vent du Nord. Etienne Thiéry et Thomas Athinal, tous deux armateurs, venus comme nous du faubourg Sainte Catherine, se tenaient debout à l’entrée de la salle. Le Danois nous fit asseoir à une longue table faisant apporter des sièges à haut dossier. Robert et moi, nous étions bien conscient de l’honneur qui nous était fait, et nous eûmes du mal à remercier quand on nous apporta de fines tasses de porcelaine de Chine aux délicates fleurs bleues, remplies d’un thé parfumé .

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Dernière édition par Dan.L le Jeu 9 Fév - 10:06 (2017); édité 1 fois
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Message Posté le : Aujourd’hui à 03:38 (2017)    Sujet du message : Le dernier des templiers

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