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Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit
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Dan.L
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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 14:57 (2016)    Sujet du message : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit Répondre en citant

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit 
Analyse de Jean Pierre Le Blond 
  
Présentation de l’auteur 
Yasmina Khadra est le pseudonyme de l’écrivain algérien, de langue française,  
Mohammed Moulessehoul né le 10 janvier 1955 à Kenadsa, dans la wilaya de Béchar  
(Sahara algérien). Ses premiers livres sont cependant écrits en arabe.  Son père, officier de l’A.L.N,  
blessé, en 1958, envoie son fils dans une école militaire, dès l’âge de 9 ans. L’enfant effectue toutes ses études  
dans des écoles militaires avant de servir dans l’armée algérienne pendant 25 ans. Pendant la guerre civile algérienne 
(années 90) il est l’un des principaux responsables de la lutte contre l’AIS puis le GIA, en particulier en Oranie. 
En 2000, il fait valoir ses doits à la retraite et quitte l’armée algérienne avec le grade de commandant. En novembre 2013, 
il annonce sa candidature à la prochaine élection présidentielle algérienne mais échoue à déposer sa candidature, 
avant la clôture, auprès du Conseil Constitutionnel, faute d’un nombre suffisant de signatures. Le 29 mai 2014,  
il est démis de ses fonctions de directeur du Centre Culturel Algérien auxquelles il avait été nommé à la  
demande du président A. Bouteflika après avoir parlé d’ « absurdité » et de « fuite en avant suicidaire »  
à propos du 4ème mandat du président. 
Six romans sont parus sous son nom de 1984 à 1989, ensuite, il publie clandestinement la série des romans noirs 
du commissaire Llob puis sous différents pseudonymes, pendant onze ans, pour échapper à la censure militaire 
créée en 1988. Il collabore également à plusieurs journaux algériens et étrangers. En 1997, Morituri le révèle au grand public. 
Il opte définitivement pour le pseudonyme de Yasmina Khadra formé par les deux prénoms de son épouse et écrit : 
 « Mon épouse m’a soutenu et m’a permis de surmonter toutes les épreuves qui ont jalonné ma vie. 
En portant ses prénoms comme des lauriers, c’est ma façon de lui rester redevable. Sans elle, 
j’aurais abandonné. C’est elle qui m’a donné le courage de transgresser les interdits. Lorsque je lui ai parlé de la censure  
militaire, elle s’est portée volontaire pour signer à ma place mes contrats d’édition et m’a dit cette phrase qui  
restera biblique pour moi : « Tu m’as donné ton nom pour la vie. Je te donne le mien pour la postérité. » 
C’est ensuite l’éditeur qui, croyant à une omission,  transforme le premier prénom « Yamina » de son épouse 
en « Yasmina » Celle-ci lui donne son aval et évite les mailles des services militaires de la censure à son mari, 
alors en service commandé  et déjà averti.  C’était en 1990. Ce pseudonyme féminin, révolutionnaire dans 
le monde arabo-musulman marque aussi un engagement indéfectible pour l’émancipation de la femme musulmane 
qui lui fait déclarer, dans une interview à « L’express » de 2009 : « Le malheur déploie sa patrie là où la femme est bafouée. » 
L’oncle Mahi porte ce message féministe dans Ce que le jour doit à la nuit. L’auteur qui s’est installé à Aix-en-Provence en 2001, 
 a cependant révélé sa véritable identité dans le roman autobiographique L’Ecrivain, en 2001,  
et dans L’imposture des mots, en 2002. 
  
Ce que le jour doit à la nuit,  publié en 2008, a obtenu plusieurs prix dont le prix du Roman France Télévisions  
en 2008 et a été élu meilleur livre de l’année par « Lire ». Déjà accusé de plagiat pour son roman 
Le privilège du Phénix, en 1989, à cause d’une similitude de nom de personnage, par l’écrivain arabophone 
Tahar Ouettar, il est à nouveau accusé d’avoir pillé le roman de son compatriote Youcef Dris, Les Amants du Padovani,  
2005. Mais le récit de Youcef Dris, beaucoup plus court est centré sur une histoire d’amour impossible comme 
celle de Younès et Emilie mais le roman de Yasmina Khadra s’apparente plus à une saga Historique.  
Il puise sa force dans une authenticité tragique et la vigueur imagée du style. 
  
  
  
  
  
  


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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 14:57 (2016)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 15:00 (2016)    Sujet du message : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit Répondre en citant

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit : Le titre 
  
Le titre oppose les deux moments d’une révolution complète de la terre sur elle-même et du cycle d’une journée :  
le jour et la nuit. Le jour est associé au présent et la phrase invite le lecteur à remonter vers le passé immédiat, la nuit, 
pour y trouver l’explication du présent. A cela s’ajoutent toutes les connotations des deux mots. Le jour évoque la lumière, l’espoir,  
la paix, le bonheur, la prospérité. La nuit peut suggérer le repos et la plénitude mais plus souvent, comme ici, dans son opposition avec le jour, 
la misère, le malheur, le désespoir, l’oppression, la violence. Le titre semble donc annoncer un présent  prospère et heureux qui serait 
le fruit d’une période de conquête semée d’épreuves, de malheurs, de violences. Mais quand, après avoir lu le roman, on confronte  
le titre et le récit, le présent ne semble pas si lumineux, qu’on se penche sur la vie du héros ou qu’on envisage l’histoire de l’Algérie 
pendant la même période des années 1930  à 2008. 
 Dans le dernier chapitre, notamment pages 409-412 et 440, le narrateur et héros du roman fait le bilan de sa vie et révèle qu’après l’échec 
de ses amours avec Emilie, il a tourné la page, a été heureux, a fondé une famille, eu des enfants, un fils et une petite fille, et 
5 petits enfants dont la réussite sociale lui donnent des raisons d’être fier. On apprend également qu’il est veuf depuis dix ans et surtout 
qu’il lui a toujours manqué quelque chose d’essentiel et qu’il n’a fait que « graviter à la périphérie du bonheur. » (p 410).  
Quant à  ses amis et aux pieds noirs qu’il retrouve à Aix pour l’inhumation d’Emilie, ils  expriment tous leur « nostalgérie »  
 et se décrivent « orphelins de (leur) pays » et dépossédés d’une partie de leur vie. (p 426-427) 
 En effet le bilan de l’histoire   reste mitigé. L’Algérie indépendante n’a pas succédé à l’Algérie coloniale comme le jour à la nuit.  
Le roman décrit les souffrances engendrées par la colonisation et les violences de la guerre d’indépendance  qui peuvent justifier  
l’assimilation de la période coloniale à la nuit mais l’Algérie indépendante n’a pas instauré la prospérité et la paix pour ses citoyens.  
La liesse populaire des algériens, au lendemain de la proclamation de l’indépendance, a été de » courte durée. Krimo, l’ancien harki et André Sosa, 
l’ancien colon, résument dans les dernières pages les maux de l’Algérie indépendante : les attentats, les règlements de compte, la guerre civile  
et le terrorisme islamiste, l’omniprésence de l’armée, le gâchis de la réforme agraire. (p 417) et (p 424).  Fabrice tempère ce réquisitoire par 
une lueur d’espoir en déclarant que « l’Algérie est un eldorado en jachère » et qu’elle grandira (p 427-428). 
Le titre prometteur déçoit donc les attentes du lecteur mais pour l’inviter à la réflexion au terme d’un roman  soucieux de vérité.    


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Dan.L
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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 15:03 (2016)    Sujet du message : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit Répondre en citant

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit. Le narrateur, statut du narrateur, temps du récit et temps de la narration. Le détachement du narrateur. 
  
Le récit est fait à la première personne. Le narrateur est également le héros du roman. Le lecteur apprend son prénom « Younes » 
lorsque son oncle, en l’adoptant, le présente à son épouse qui, immédiatement, le traduit par « Jonas ». C’est un jeune arabe dont les parents, 
paysans ruinés,  en sont réduits à se réfugier dans le bidonville d’Oran, Jenane Jato. Grâce à son oncle, le narrateur fait des études, 
noue des amitiés avec des européens et devient pharmacien à sa suite. Son nom n’apparaît que dans  les deux dernières pages, 
lorsque l’hôtesse le presse de s’embarquer dans l’avion qui le ramène en Algérie après son voyage à Marseille après le décès d’Emilie en 2008. 
Tous les événements sont décrits tels que les a vécus ce narrateur avec ses interrogations et ses ignorances. Le choix de la focalisation interne, 
renoncement au point de vue omniscient, adopte en effet  la situation de la vie réelle. Comme nous, le narrateur découvre les êtres et les choses   
de son point de vue limité, sans tout savoir. En lisant son récit, le lecteur se trouve confronté aux mêmes questions. Ainsi nous ne savons pas 
pourquoi Emilie âgée de 9 ans, cesse de venir faire ses piqûres à la pharmacie, au bout de 3 fois. (p 134), ni dans quelles circonstances  
elle réapparaît, à l’inauguration du bar d’André sans que le narrateur la reconnaisse, avant que Fabrice la lui présente. (p 220 et 231)  
 L’attitude de sa mère comme de tous les autres personnages garde une part de mystère. 

Le récit à la première personne est également fait au passé, à l’exception de la dernière partie, « Aix-En-Provence (Aujourd’hui) »
 
c'est-à-dire 2008, date de la mort d’Emilie, qui est rédigée au présent de narration, sauf pour le retour en arrière sur le voyage de mars 1964. 
Le roman a également été publié en 2008. Le récit a donc été rédigé au moment du voyage du narrateur à Marseille pour le décès d’Emilie.  
L’essentiel du récit utilise donc les temps du passé : imparfait, passé-simple, plus-que-parfait. Le narrateur âgé de 80 ans s’efforce  
de restituer le  regard d’enfant, d’adolescent, puis d’adulte qu’il était au moment des événements. Mais il ajoute parfois des réflexions  
qui sont celles du vieillard de 80 ans  qui rédige le récit. Ainsi voyons-nous le présent surgir fugitivement dans ce récit au passé. 
Dès la première page, à l’étonnement de l’enfant succède une réflexion du vieil homme : 
« Et mon père souriait. Je ne me souviens pas de l’avoir vu sourire ; il n’était pas dans ses habitudes de laisser transparaître  
sa satisfaction- en avait-il eu vraiment ?... »    
De même, (p 18)  quand il décrit la venue du caïd venu recueillir la signature de  l’abandon de ses terres par son père, le recul du temps  
permet de marquer la force du souvenir : « Je me souviendrai toute ma vie de ce jour qui vit mon père passer de l’autre côté du miroir. » 
Ou encore quand il évoque son saisissement à la découverte de la misère de Jenane Jato après celle de la richesse de la ville européenne : 
« Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher d’avoir un frisson chaque fois que j’évoque cette foudroyante expérience. » (p 29) 
A propos de Slimane, musicien et personnage respecté du souk de Jenane Jato, il écrit : « J’ai énornément aimé cet homme. Aussi loin  
qu’il m’en souvienne, au plus profond des convictions du vieillard que je suis devenu, aucun être ne m’a renvoyé, avec une aussi  
splendide clarté, ce que j’estime être la plus accomplie des maturités : le discernement – cette valeur, si orpheline de nos jours,  
qui grandissait mon peuple du temps où l’on ne donnait pas cher de sa peau. » (p 56) 
  
La distance introduite par les réflexions du vieillard ne dissipe pas pour autant ses ignorances  mais elle ajoute à l’émotion   
en annonçant le malheur à venir comme lorsqu’il voit sa mère pour la dernière fois : « si j’avais su qu’elle était en train  
de me parler pour la dernière fois de notre vie, j’aurais cru à l’ensemble de ses chimères et serais resté auprès d’elle. » (p 150) 
Sa mère croyait en effet au retour de son mari quand il aurait fait fortune. Le croyait-elle réellement ou le disait-elle pour consoler son fils ? 
C’est une incertitude que maintient le statut du narrateur. 
La distance prise par le narrateur témoigne encore du caractère indélébile et traumatisant des drames de son existence quand il évoque  
la disparition de sa mère et de sa sœur, puis celle de son père. (p175) « Je n’ai jamais revu… et de sang… » et conclut : « Jusqu’au jour  
d’aujourd’hui, à mon âge finissant, il m’arrive encore de l’entrevoir au loin, le dos voûté sous son éternel paletot vert, clopinant  
lentement ver son propre effacement. » (p 175) 
Ou quand il évoque son isolement et sa peine au mariage de J-C Lamy : « Il m’arrive encore, à mon âge finissant, d’entendre les klaxons 
du cortège et de ressentir la même peine qu’ils avaient provoquée en moi, ce jour-là. » (p 338) 
 Le recul du temps de la narration par rapport aux événements a une autre fonction. Quand le narrateur entreprend la rédaction de son récit,  
à 80 ans, Emilie est morte, lui-même est à la fin de sa vie comme ses amis encore vivants. Comme il le dit à J-C. Lamy qui vient de l’appeler 
 au moment de son embarquement, ils sont « déjà en marge du temps » (p 438) Leur vie est scellée et déjà pris la forme de destin que  
la mort donne à chaque vie. Ils peuvent en faire le bilan avec un certain détachement  et prendre de la hauteur par rapport à tout ce qu’ils ont vécu.  
La situation particulière du narrateur accroît cette distance. Personnage écartelé entre ses origines arabes et ses amis européens,  
le narrateur adopte plus une attitude de spectateur que d’acteur comme le lui reproche notamment Jelloul qui finit par le sommer  
de choisir son camp (p 198, 201, 360, 364, 366-367) et Emilie, lors de leur dernière entrevue à Oran (p 351). La plupart du temps, 
il se réfugie dans le silence et l’abstention. Cette situation douloureuse et ambigüe confère à son récit une certaine objectivité  
que ne garantissait le choix de la première personne.  
  


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Dan.L
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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 15:08 (2016)    Sujet du message : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit Répondre en citant

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, composition 
  
Le roman est composé de 4 Parties inégales. 
La première partie, intitulée  « Jenane Jato » porte le nom du bidonville d’Oran où les parents du narrateur trouvent refuge.  
Elle compte 7 chapitres et 114 pages. Elle couvre la période qui va de l’incendie des moissons, été 1937 à l’été 1940, moment du départ  
de l’oncle pour Rio Salado après son arrestation. Cette durée de 3 ans est décrite avec une grande intensité dramatique surtout dans  
les 4 premiers chapitres qui forment un premier ensemble de 64 pages  et sont centrés sur des événements tragiques, de l’incendie  
des moissons, été 37, à l’adoption par l’oncle, hiver 37-38. La nuit domine dans cet univers sans espoir et violent 
 Le chapitre 1 (22 pages) décrit l’incendie des moissons (une nuit et lendemain),  la venue du caïd qui fait signer la cession des terres  
et le départ en exil (une journée). 
Le chapitre 2 (15 pages) dècrit les galères du père, humilié. 
Le chapitre 3 (14 pages) montre la détresse du narrateur enfant dans cet univers hostile. 
Le chapitre 4 (15 pages) montre l’acharnement du destin sur le père qui s’avoue vaincu et confie son enfant à son frère, pharmacien à Oran 
La deuxième moitié de la première partie, un peu plus courte, 3 chapitres, 51 pages, couvre les années 38-40. Le rythme narratif s’accélère un peu.  
Les trouées lumineuses ne sont que passagères. 
Le chapitre 5 (19 pages) correspond à l’hiver 37-38. Il décrit l’accueil chaleureux chez l’oncle et la première visite de l’enfant à sa mère après son adoption 
(p 91-95). 
Le chapitre 6 (17 pages) décrit l’adaptation de l’enfant et la rencontre fortuite du père ivre, expulsé d’un bar et définitivement humilié,  
en octobre 1938. Il rapporte ensuite l’annonce de sa disparition, la détresse de l’enfant et sa deuxième visite secrète à sa mère (p 111). 
Le chapitre 7 (14 pages) décrit la dépression de l’enfant, le réconfort qu’il trouve près de Lucette puis après l’annonce de la déclaration de guerre, 
il s’achève sur l’arrestation, les interrogatoires et le traumatisme de l’oncle, le déménagement à Rio Salado en juin 1940. 
  
La deuxième partie, intitulée « Rio Salado », couvre en 4 chapitres et 85 pages les années 1940 à 1945 et comporte des ellipses 
sur les années 1941 et 1943.  Le narrateur y décrit sa vie de 13 à 18 ans. Elle peut se décomposer en deux parties. Les deux premiers  
chapitres décrivent en 47 pages la fin de l’adolescence du narrateur et la disparition de ses parents (2 ans). 
Le chapitre 8 (22 pages), année 1940, décrit l’installation à Rio Salado, les premières rencontres avec Emilie puis sa disparition, 
les premières amours avec Isabelle puis la rupture, la formation du groupe des 4 amis et le premier été à Rio Salado avec le bombardement  
de Mers-El-Kébir et la vie recluse de l’oncle. Il s’achève avec la troisième visite du narrateur à sa mère, à Jenane Jato. 
Le chapitre 9 (25 pages) fait le récit de l’année 42, alors que le narrateur a 15 ans. Les 4 amis passent l’été à la plage.  
Le débarquement allié intervient à l’été 42. André qui fraternise avec un soldat américain entraîne le groupe au bordel 
où le narrateur reconnaît Hadda (p 168). La fin du chapitre raconte la 4ème visite du narrateur à Jenane Jato, la disparition  
de sa mère et de sa sœur (p 172-174), suivie de la vision fugitive puis de la disparition de son père (p 174-175) 
La deuxième partie, 37 pages pour les années 1944 et 1945, marque l’entrée définitive du narrateur dans le monde des adultes 
avec la découverte de l’amour et de l’oppression coloniale au cours de sa 17ème et 18ème année. 
Le chapitre 10 (16 pages) fait essentiellement le récit de l’aventure éphémère avec Mme Cazenave du coup de foudre à la rupture.  
Le chapitre 11 (21 pages) va de l’automne 44 à 45 et nous fait assister aux prémisses de la guerre d’indépendance. L’armistice  
du  8 mai 45 coïncide avec les premières marches pour l’indépendance et leur répression sanglante qui affecte profondément l’oncle Mahi, 
hospitalisé. Le narrateur reconduit chez lui Jelloul maltraité par André et découvre la misère des arabes. L’oncle vit reclus et obsédé par 
des accusations de trahison. 
  
La troisième partie, intitulé Emilie, en 8 chapitres et 183 pages couvre la période de 1945 à 1962 (17 ans). Le narrateur y passe de 18 à 35 ans.  
Cette partie comme les précédentes peut se décomposer en deux. Les 4 premiers chapitres (87 pages) sont centrés sur les démêlés sentimentaux  
des 4 amis. 
Le chapitre 12 (20 pages)  fait le sommaire de 5 années et commence à une date indéterminée, entre mai 1945 à 1950. Il nous fait assister  
à l’inauguration du bar d’André au cours de laquelle, l’apparition d’une jeune beauté, Emilie pas encore reconnue, capte l’attention 
des 4 amis. J-C Lamy annonce sa rupture avec Isabelle et Fabrice entame un flirt avec la jeune fille apparue fugitivement. 
Le chapitre 13 (18 pages) correspond à l’année 1950. J-C Lamy confirme sa rupture avec Isabelle et Fabrice présente au narrateur Emilie   
qu’il n’avait pas reconnue dans un premier temps. Celle-ci, lui  témoigne un grand intérêt et croit le reconnaître malgré les dénégations  
de ce dernier. Elle lui rend plusieurs visites à la pharmacie. Au cours d’un repas des 4 amis au restaurant, elle pose la main sur la cuisse  
du narrateur sous la table.  Celui-ci manque de s’étouffer. Le lendemain Mme Cazenave, mère d’Emilie arrache au narrateur le serment solennel  
qu’il ne se passera rien entre lui et Emilie. (p 244-250)   
Le chapitre 14 (26 pages) s’attarde sur l’été 1950, « été des malentendus , des chagrins secrets et du désistement » (p 258). Fabrice découvre  
la cour assidue que J-C Lamy fait à Emilie et, lucide sur le manque d’amour d’Emilie s’éloigne tandis que J-C Lamy annonce son intention 
de demander Emilie en mariage et s’irrite de la désapprobation de Simon. Emilie assiège le narrateur (p 253-255) que son oncle encourage  
vainement. J-C Lamy surprend Emilie avec le narrateur à la librairie et disparaît, furieux (p 265-270). Emilie revient à la charge (p271-276). 
Le chapitre 15 (24 pages) correspond à l’année 1951 et aux 24 ans du narrateur. 
J-C Lamy, disparu, finit par donner de ses nouvelles. Emilie continue à poursuivre le narrateur et  lui adresse une dernière entrevue (p 279-283),  
surprise par l’oncle qui conseille vainement à son neveu de la rejoindre (p 283-285). Celui-ci, de plus en plus isolé après les mariages  
de Fabrice et d’André, entend Simon lui annoncer son projet de mariage avec Emilie, arrangé par sa mère. Emilie, peu avant ses 
fiançailles, effectue une dernière tentative près du narrateur (p295-297). Le mariage en octobre 1951 le plonge dans le chagrin.  
  
Les 4 chapitres suivants (98 pages) sont centrés sur la guerre d’indépendance. 
Le chapitre 16 (28 pages) décrit les débuts de la guerre de décembre 52 à 1957 avec une ellipse sur l’année 1952.  
Le narrateur part à Oran à la quête des souvenirs. Il est retenu par une prostituée puis rentre à Rio Salado Il entretient une correspondance 
avec la fille d’un avocat musulman. (été 1953, p 307). Il accompagne son oncle sur le tombeau de Messali Hadj. Peu après l’oncle meurt  
et dans ses dernières paroles lui fait l’éloge de l’amour. La guerre d’indépendance commence véritablement à la Toussaint 1954 (p 312). 
Elle se manifeste à Rio Salado par l’assassinat de José Sosa (février 1956, p 315). André interroge et roue de coups Jelloul qui est arrêté.  
Le narrateur écartelé finit par céder aux supplications de sa mère et tente une démarche près de Jaime Jimenez Sosa qui lui fait l’éloge 
de la colonisation. Le narrateur lui répond par un éloge de la liberté (p 321-328). 
Le chapitre 17 (25 pages) est consacré à l’année 1957. Le narrateur a 30 ans. Isolé, il se tourne vers les musulmans, il recherche Hadda 
dont il a appris la disparition, croit apercevoir Lucette. Il est témoin d’une fusillade à Oran avant de constater à Rio Salado,  l’incendie  
de la maison D’Emilie et l’assassinat de Simon (p 342-343). Emilie puis Krimo le chassent. S’ensuivent des ratissages policiers et des  
opérations de représailles de la milice. Après de longues recherches, le narrateur retrouve Emilie dans une librairie mais se dérobe à 
ses questions (p 348 à 354). 
  Le chapitre 18 (23 pages)  commence en avril 1959. Le narrateur a 32 ans et se trouve engagé malgré lui dans la guerre. La pharmacie  
est réquisitionnée par le FLN sur ordre de Jelloul pour faire soigner un blessé,puis, fournir des médicaments. Jelloul somme le narrateur de  
prendre parti et le charge déposer  une valise de billets à Oran. Après l’interception et l’assassinat de Laoufi, venu chercher des médicaments,  
le narrateur  est séquestré et subit des interrogatoires sans faiblir. Il est finalement relâché sur l’intervention de Pépé Rucillio et à la demande 
d’Isabelle. 
Au chapitre 19 (20 pages) on assiste à l’exacerbation des violences et à la marche irréversible vers l’indépendance de 1960 à juillet 1962  
avec une ellipse sur 1961. Les colons qui refusent l’évidence rentrent déçus d’un meeting du général de Gaule. Les événements se précipitent  
avec les journées des barricades à Alger, en 1960, le putsch des généraux en avril 1961 et le cessez-le-feu du 19 mars 1962 (p 384 et 386).  
Le narrateur, au mépris du danger, recherche vainement Emilie à Oran et est le témoin d’attentats et de violences guerrières. L’affolement 
gagne Rio Salado. André met le feu à son bar avant de partir. A la proclamation de l’indépendance (4 juillet 62), la liesse de la population arabe 
contraste avec la panique des européens, parfois victimes de violences sur la route vers l’exil. Jelloul convoque le narrateur à la caserne Magenta 
et lui remet J –C Lamy, détenu comme militant de l’O.A.S. Dans la cohue des émigrants qui prennent d’assaut les ferries, le narrateur ne trouve 
pas de traces d’Emilie. 
  
La quatrième partie « Aix-en-Provence (Aujourd’hui) forme l’épilogue en un chapitre de 42 pages  rédigé au présent de narration.  
En 2008 (p 415), le narrateur arrive en avion à l’aéroport de Marseille à l’occasion du décès d’Emilie. Il est alors âgé de 80 ans (p 429).  
Après avoir engagé la conversation avec le passager voisin, un jeune homme, il revit  le voyage qu’il a effectué par paquebot, en mars 1964, 
à la recherche d’Emilie et leur dernière rencontre à Marseille (p 401 à 409). Il revoit toute sa vie, puis est accueilli par le fils d’Emilie.  
Le lendemain, il se recueille sur la tombe d’Emilie, est apostophé par Krimo, à la sortie du cimetière, puis retrouve ses amis, à l’exception  
de J-C Lamy, chez le fils d’Emilie, ainsi que le chef de gare, le policier de Rio Salado  et Krimo. Tous se déclarent orphelins de l’Algérie.  
Dans le coffret  qu’Emilie a chargé son fils de lui remettre, il trouve un mot d’adieu qui l’apaise. Au moment de s’embarquer pour le retour  
en Algérie, ce sont les retrouvailles inespérées avec J-C Lamy. Le rappel à l’ordre du narrateur par l’hôtesse et un employé de l’aéroport  
nous fait découvrir son nom dans les deux dernières pages. 


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Message Posté le : Lun 8 Aoû - 15:25 (2016)    Sujet du message : Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit Répondre en citant

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit : l’oppression coloniale et la guerre d’indépendance 
  
Le roman à la première personne  donne le point de vue de Younes,  jeune algérien victime de la colonisation  et témoin des événements  
de 1937 à la proclamation de l’indépendance, en 1962. Mais la situation du narrateur  garantit une certaine objectivité. Il écrit son récit en 2008  
alors qu’âgé de 80 ans il est parvenu au terme de sa vie et  que le temps écoulé depuis la proclamation de l’indépendance permet d’envisager  
les événements avec un certain recul historique. De plus, la situation particulière du narrateur, lié avec les deux communautés et déchiré entre  
ses origines  arabes et ses amis européens  le conduit à une attitude de silence et d’abstention. De ce fait, le roman offre,  certes,  le point de vue  
algérien mais à travers une analyse approfondie et relativement objective des événements par un témoin qui  a vécu dans le déchirement 
le drame du fossé creusé par la colonisation entre les communautés et  l’engrenage irréversible de la violence jusqu’à l’obtention de l’indépendance. 
  
 I - L’oppression coloniale et le fossé entre les communautés 
  
A)    Le dépouillement et l’expulsion des petits propriétaires autochtones 
Le système colonial  dépouille les autochtones de leurs biens et de leurs droits. Il exploite la misère des populations locales victimes  
des épidémies. « En ces années…s’effacer. » (p.  12) 
Il a même recours à des moyens criminels pour dépouiller les propriétaires arabes de leurs terres. Le grand-père de Younes, ruiné par  
les épidémies et la vie que menaient certains de ses fils,  avait déjà dû hypothéquer ses terres : « Ton grand-père... créanciers. » (p. 87)  
Son père mène un combat désespéré pour sauver la propriété familiale : « Ton père…autrement. » (p. 87) et « Criblé de dettes… entêtement. » (p. 13) 
L’hypothèque des terres permet aux colons de s’en emparer à bref délai comme le déplore l’oncle Mahi en regrettant que son frère  n’ait pas fait appel  
à son aide financière : « Tu aurais pu…rouler à ton tour. » (p.28) Le récit suggère que, pour aider le destin, les colons n’écartent pas des procédés 
criminels. L’incendie des moissons qui   devaient sauver Issa n’a rien d’accidentel. Le marchand rencontré sur le chemin de l’exil  l’indique :  
« Lorsque j’ai vu…leurs démons » (p. 20-21) Le dénouement survient inexorablement avec la venue du Caïd et d’un colon qui  s’approprie 
légalement les terres du propriétaire endetté : « Une semaine… l’approcher. » (p.18)  
Ainsi se trouve accompli le dépouillement des paysans arabes réduits à l’exode et à la prolétarisation. Réfugié à Jenane Jato, banlieue  
misérable d’Oran, Issa court à la recherche de corvées et s’épuise à la tâche. Quand il parvient à réunir quelques économies et retrouve  
quelque espoir, il est  pris dans un guet-apens, passé à tabac et dépouillé par un bandit. (p.69 à 73) Il s’avoue alors vaincu et confie  
Younes à son frère. (p. 74-75) Sa déchéance se poursuit jusqu’au jour où on l’expulse, ivre, d’un bar, sous les yeux de son fils,  
humiliation définitive que lui inflige le destin. (p. 101 à 104). Le sort des paysans arabes  et l’accaparement des terres par les colons  
se trouvent parfaitement illustrés par l’histoire de la famille du narrateur. 
B)     L’asservissement programmé des arabes et le racisme latent à leur encontre 
L’enfant adopté par son oncle souffre du racisme, dès son entrée à l’école. Les arabes sont peu scolarisés, ils sont destinés aux travaux 
serviles au service des colons, leur seule chance d’échapper à ce sort réside dans la poursuite d’études. C’est ainsi que l’oncle a pu  
devenir pharmacien, il promet de donner cette chance à Younes : « Ton fils…aucun avenir avec toi. »(p.44) A l’école, Younes se retrouve 
dans une classe fréquentée par une écrasante majorité d’européens, les seuls arabes sont des fils de dignitaires : « Il n’y avait que deux arabes  
dans ma classe, Abdelkader et Brahim, des fils de dignitaires que des domestiques venaient récupérer à la sortie de l’école. » (p. 97) 
Dans ce milieu Younes met une année scolaire à se faire accepter par les petits roumis, prompts à se liguer contre l’intrus, « généralement  
un arabe ou « un parent pauvre » de leur propre communauté. Il subit d’abord leurs persécutions dont ils finissent par se lasser, en l’absence  
de riposte de la part de Younès. Jamais il ne sera totalement considéré comme l’un des leurs : « A l’école…le tournis. » (p 99) Le racisme 
des enfants européens à l’égard des arabes qui s’exprime ouvertement avec la complicité du maître d’origine auvergnate révolte  
l’enfant  que les explications de son oncle ne suffisent pas  à apaiser: « Un soir…craindre. » (p 100-101) En assistant à l’expulsion de 
son père d’un bar européen, il constate que le racisme des enfants reproduit celui des adultes : « Et puis il y eut ce jour…C’était mon père ! 
«  (p 101-102)    
La rupture brutale d’Isabelle, dès qu’elle apprend qu’il est arabe et que son véritable prénom est Younès, lui fait découvrir brutalement  
le fossé qui sépare les arabes des européens : « J’appelai Isabelle…à mes parents. » (p 136 à 139)   
C- Le fossé entre les communautés 
1- Un fossé infranchissable sépare les arabes et les européens. Les européens détiennent le pouvoir et les plus grandes fortunes.  
La richesse des quartiers européens d’Oran éblouit l’enfant à son arrivée : « L’autocar…souplesse. » (p 25 à 27). L’oncle grâce à ses études  
 y possède une pharmacie dans un quartier riche et paisible : « Mon oncle…Cueillir. » (p 76) 
La grandeur des pièces et le luxe de l’ameublement étonnent l’enfant : « La lumière du jour… guéridon. » (p 77-78), 
«Ils ne me quittèrent pas…vertige. »  (p 80), « Le soir… joue. » (p80-81). Le faste de sa chambre l’effarouche :  
« Ma chambre …oreillers. » (p 81) 
L’installation de l’oncle à Rio Salado lui fait découvrir la richesse des fermes et des domaines coloniaux :  
« Les vergers…bonheur. » (p 126) A Rio Salado la richesse des colons s’étale avec une certaine ostentation :  
« C’était un superbe…la lune. » (p 129-130) La nouvelle pharmacie et la nouvelle maison de l’oncle, spacieuse et confortable,  
bénéficie d’un décor magnifique : « Notre maison…cils… » (p 131-132) 
Les colons ont bâti d’immenses fortunes. Pépé Rucillio, le plus fortuné d’entre eux  possède d’immenses vignobles, il célèbre  
le mariage de son benjamin pendant 7 jours : « Les vendanges…Ouled N’har. » (p 193) Sa fortune lui permet d’offrir une maison 
à sa nièce Isabelle dans un des quartiers les plus riches d’Oran (p 338) et de se comporter en mécène. A la publication du livre 
de poèmes de Fabrice Scamaroni, couronné par un prix, il en achète une centaine d’exemplaires pour les envoyer à ses connaissances (p203).  
Sa fortune lui permet d’épouser une chanteuse de Nemours, de quarante ans sa cadette (p314-315). 
Les parents d’Isabelle, qui travaillent pour son compte, comme négociants en vins, habitent une vaste villa (p134). La mère de Fabrice Scamaroni 
possède des boutiques à Rio Salado et à Oran (p 151), elle est amie d’un riche industriel qui lui prête sa vaste propriété pour célébrer avec faste  
le mariage de Fabrice avec une journaliste de L’écho d’Oran (p285).Après l’obtention de son prix, Fabrice donne une réception à la librairie du village  
colonial de Lourmel (p 202). 
Jaime Jimenez Sosa père d’André et oncle de José, possède l’une des plus importantes fermes du pays (p 152). Il possède d’immenses vignobles 
et une vaste maison en forme de forteresse. On le voit faire l’éloge de la colonisation du haut d’une colline d’où il surplombe ses terres. Selon lui, 
les colons, par un travail acharné, ont transformé un territoire sauvage et inculte en un paradis fertile. L’Algérie est leur création et leur appartient. 
 « quand nous…lui.» (p 323) et « Cette grande… prunes ? » (p 325)  
Son fils André mène grande vie, possède deux voitures décapotables à 18 ans : « André adorait… sieste. » (p 154) Il invite ses amis dans une  
brasserie puis un restaurant des plus chics d’Oran (p 170). Conquis par le modèle des réussites américaines, il ouvre un bar à  Rio Salado et  
l’inaugure par une réception fastueuse (p 213 à 220) où se rend le fils de la plus grosse fortune de Hammam Bouhdjar. (p 218) 
Madame Cazenave, mère d’Emilie, veuve d’un directeur de bagne en Guyane, possède une superbe maison à la sortie de Rio Salado (p181-182,  
elle emploie un jardinier et une femme de ménage. Ensuite elle s’associe avec Simon et crée une maison de couture qui habille les plus grosses 
fortunes de la région et s’impose progressivement à Oran (p286). 
  
2- Cette richesse des colons et de l’élite européenne  contraste de façon choquante avec la misère des populations arabes. Avant d’être chassés  
de ses terres, la famille de Younès survivait dans des conditions précaires : « nous vivions…s’effacer » (p 11-12). Après avoir été  
émerveillé par la somptuosité des quartiers européens d’Oran, l’enfant découvre l’envers du décor avec la banlieue sordide de Jenane Jato 
où les arabes prolétarisés trouvent refuge : «  Le faubourg…de la terre entière. » (p 29-30) La misère de Jenane Jato lui semble s’être  
encore accrue à sa troisième visite : « De prime abord…confiance. » (p 142-145) A la quatrième visite le patio est complétement dévasté (p 172-175) 
  Lors du déménagement à Rio Salado, l’enfant remarque la misère des logis arabes qui surgit à la suite des magnifiques domaines coloniaux :  
« Puis, sans crier gare…mortuaire. » (p 126) Le patio où la famille trouve à se loger est sordide : « Il nous conduisit… le prix. » (p 30 à 32).  
En reconduisant chez lui Jelloul maltraité par André Sosa, il découvre avec malaise la misère encore plus terrible du douar où vit Jelloul : 
« Je pensais…moribonds. » (p 199-200) 
Pendant que Younès assiste à la fête somptueuse donnée par André pour l’inauguration de son bar, Younès  remarque l’arrivée de l’autocar 
qui ramène des chantiers d’Oran les paysans  arabes exténués et surprend la fixité du regard de Jelloul qui le dérange : « De la cour… dérangea. » (p 217) 
3- Le racisme des européens à l’égard des populations arabes, l’asservissement auquel ils les réduisent, les humiliations  
qu’ils leur infligent font naître chez eux une colère sourde qui finit par gagner la majorité de la population arabe. Le cas de Jelloul  
est significatif à cet égard. 
On le voit éxécuter docilement sans broncher parce qu’il doit faire vivre sa famille miséreuse, 
les propos racistes  et les ordres vexatoires et esclavagistes d’André en présence même de Younès, profondément choqué tout 
comme José Sosa : « Ce jour-là…Les Arabes, c’est comme les poulpes ; il faut les battre pour les détendre. » (p 154-155) Younès  
a le sentiment de ne pas être à sa place avec ses amis européens. Après la répression sanglante qui frappe les musulmans en 1945,  
Jelloul battu par André et mal en point sollicite l’aide de Younès et lui fait le récit des mauvais traitements qu’il subit. La violence de ses propos ,  
la misère des siens et son appel  en forme d’avertissement à la conscience de Younès  font entendre la révolte sourde et grandissante des arabes : 
 « Deux jours …mes oreilles. » (p 196 à 201) 
 Le père d’André se conduit en colon inflexible et impitoyable : « Son père…récupérer. » (p 153)  A son éloge de la colonisation  
dont il se glorifie et où il traite les arabes de pouilleux, de fainéants et d’assassins (p 325-326), Younès répond par un discours  
accusateur et en forme d’avertissement (p 326-328), d’autant plus  fort qu’il émane  d’un homme qui se réfugie habituellement dans le silence  
et le refus de prendre parti : « Vous devriez jeter un œil sur les hameaux alentour, monsieur Sosa. Le malheur y sévit depuis que vous avez réduit  
des hommes libres au rang de bêtes de somme. » (p 328)  Le comportement esclavagiste et l’intransigeance des colons, sûrs de leur bon droit, 
ferme la porte à toute chance de négociation. 
  
II L’échec du nationalisme pacifiste et du rêve d’une Algérie multiraciale et multiculturelle 
  
A- Le rêve d’une Algérie indépendante où  cohabiteraient en harmonie les autochtones et les immigrés européens et juifs est incarné  
par l’oncle Mahi. Descendant d’une illustre famille arabe, sauvé par des religieuses, instruit et cultivé, marié à une française et vivant dans 
l’aisance  grâce à sa pharmacie, il offre le modèle d’une société algérienne, ouverte et tolérante, offrant à tous des chances de réussite. (p 86-87) 
De religion musulmane, il se montre respectueux de celle des autres et fait un éloge vibrant de la femme et de l’amour. (p 283-285) 
Il  réunit chez lui des intellectuels algériens qui rêvent d’une Algérie indépendante : « Parfois… en rentiers. » (p 98). Ces réunions restent discrètes,  
souvent clandestines : « Mon oncle…nuit. » (p 115) Un jour, la réunion est honorée par la présence de la figure charismatique du nationaliste  
algérien Messali Hadj  (p 115) que l’oncle continue de vénérer jusqu’à la fin de sa vie. Juste avant sa mort, il demande à Younes de le conduire  
en pèlerinage sur la tombe délabrée du patriarche : Le premier matin ...durant. » (p 308-310) Son nationalisme exclut la violence : 
 «  Mais ce que...parti. » (p 121-122). Il conseille à son neveu la lecture du livre de Malek Bennabi Les conditions de la renaissance algérienne, 
en lui rappelant le verset du Coran «  Qui tue une personne aura tué l’humanité entière. » (p 204-205)  Ces nationalistes pacifistes 
auraient pu servir d’interlocuteurs pour une négociation avec la puissance colonisatrice sur l’accession à l’indépendance. Au lieu de cela, 
l’oncle, devenu suspect aux yeux des autorités françaises, est arrêté et interrogé pendant une semaine, peut-être sous la torture, en tout cas,  
il rentre chez lui  comme détruit mentalement. La police française a essayé d’en faire un traître, un mouchard et il se sent désormais  
surveillé de près. (p 122)  Autre conséquence de la radicalisation du conflit, il sent peser sur lui les accusations de trahison de la part  
des algériens  et en est véritablement obsédé (p 122) et (205-206) 
Il meurt avant le début de la guerre de libération à la Toussaint 1954 (p 312), après avoir assisté  à la répression des marches pacifiques 
pour l’indépendance, en 1945, qui l’a rendu malade (p 194 -195), et à l’échec de son idéal rejeté par les deux partis radicalisés.  
  
B- L’échec des amours de Younes avec Emilie, son incapacité  à concilier sa fidélité à ses origines avec celle à ses amis européens 
qui le délaissent, confirme l’échec de la voie de la conciliation et de la tolérance.   
Privé de ses parents, puis orphelin, dépossédé de son identité, Younès se lie avec des fils d’européens qui , sauf J.C Lamy,  
d’une faille modeste, et Simon, d’une famille juive endettée, appartiennent à des familles de colons riches ou appartenant à l’élite européenne. 
Il tente de concilier la fidélité à ses origines avec la fidélité à ses amis européens. D’un côté la situation et les propos de Jelloul  
l’interpellent sur le sort misérable et l’asservissement de ses compatriotes arabes. Mais s’il vient en aide à Jelloul et finit par se décider 
à intervenir en sa faveur, à la demande de sa mère, après son arrestation, il ne se range pas dans leur camp, comme le lui reproche  
Jelloul. (p 201, 364,367) De l’autre côté, la fidélité au serment arraché par Mme Cazenave, la loyauté envers ses amis, successivement à l’égard de Fabice , 
de J.) C Lamy , de Simon, le conduisent à refuser l’amour d’Emilie et à sacrifier son propre bonheur. Son silence et son abstention l’isolent. 
Ses amis le délaissent sans rompre avec lui. Ils choisissent naturellement leur camp. Lui reste déchiré entre les uns et les autres sans pouvoir agir. 
C’est Jelloul et le F.L.N qui l’enrôlent sous la contrainte en réquisitionnant la pharmacie (p 354 à 370), en lui demandant de fournir 
des médicaments (p 371) et en le chargeant de convoyer des fonds (p 371-372). Finalement ce sont les autres qui lui imposent leurs choix.  
Il se retrouve en position de spectateur ou plus exactement de témoin écartelé, totalement dépassé par l’ampleur du conflit entre les  
deux communautés radicalisées et suspect des deux côtés. Comme  son oncle, il est arrêté et soumis à des interrogatoires violents par Krimo,  
le garde du corps d’Emilie, enrôlé dans les harkis (p 373-376). Il ne doit sa libération qu’à sa loyauté et aux bonnes relations qu’il a gardées,  
malgré tout, avec ses amis européens. La position modérée et non violente qu’il incarne, comme son oncle, n’avait aucune chance de prévaloir 
sur l’engrenage de la violence. L’échec de ses amours avec Emilie prouve que ce qui était encore possible du temps de l’oncle ne l’est plus. 
L’amour avec Emilie était vraiment interdit et impossible. L’harmonie  entre les deux communautés est devenue une chimère. 
  
III  La guerre irréversible et l’engrenage des violences 
 Le récit de Younes retrace avec objectivité les mécanismes et les comportements qui ont fermé la porte à toute solution négociée et 
ont conduit à une guerre sans merci. 
  
A- Un pas irréversible a été franchi avec la répression sanglante des marches pacifiques pour l’indépendance, en 1945. Ces événements  
dramatiques plongent l’oncle dans la dépression.  Le récit ne mentionne pas le massacre d’européens qui déclenche la répression. 
Cette omission présente le choix de la répression par la France, puissance colonisatrice comme un refus de toute possibilité de négociation 
future pour une accession maîtrisée à l’indépendance  et raidit l’intransigeance des colons. « Et arriva...Salado. » (p 194-195) et  
« Deux jours plus tard...oreilles. » (p 196-201) 
 La contagion de la révolte : La révolte se propage et se généralise à partir de la Toussaint 1954 qui marque le début de l’entrée en guerre.  
Elle est marquée par une cascade d’exactions et de violences meurtrières décrites pages 312-315. La rébellion isolée et sporadique fait place  
à une insurrection qui s’organise et se généralise. Elle se dote d’une armée et d’une administration structurées. A Rio Salado, elle se manifeste 
par l’incendie d’une ferme, d’un  cépage et le dynamitage d’une cave viticole. En réponse, les colons mettent sur pied une milice. Puis 
les choses semblent se calmer, on ne signale plus que quelques sabotages mais cette accalmie est passagère. (p 315) 
B- La guerre reprend en février 56. Cette reprise se traduit à Rio Salado par l’assassinat de José Sosa. André accuse immédiatement Jelloul  
et le tabasse : « Où ...Jelloul. » (p 317-320) Jelloul est arrêté et incarcéré. Malgré l’intervention de Younes près  de Jaime Jimenez Sosa, père  
d’André, à la demande de la mère de Jelloul, ce dernier est condamné à mort. Après son évasion fortuite, il entre dans la lutte armée et devient 
colonel dans l’armée du F.L.N. Les propos racistes et les brutalités d’André à l’égard des ouvriers arabes redoublent. Au cimetière, à l’intention  
de Younes, il les traite tous d’ingrats et de lâches. (p 320) La milice organisée par son père se livre à des représailles aveugles et sanglantes (p 318-319) 
Le climat s’est définitivement détérioré entre les deux communautés et l’engrenage de la violence est irrémédiablement déclenché. En 1958,  
le narrateur assiste à une fusillade à Oran. A Rio Salado, l’incendie de la maison de Simon et son égorgement par les fellaghas détériorent  
encore le climat et enclenche un cycle de violences. (p 341-344)    Le F.L.N gagne du terrain. On le voit avec la réquisition de Younès et 
de sa pharmacie, en avril 1959, d’abord pour soigner un blessé, puis pour fournir des médicaments et assurer le convoi de fonds pour  
financer la guerre. (p 371). Après la capture et l’assassinat de Laoufi avec un sac de médicaments Younès, le pacifiste est lui-même 
séquestré et interrogé brutalement. Il n’est plus possible de rester en dehors de la guerre. 
  
C- l’exacerbation de la guerre 
Les colons refusent l’évidence malgré les rumeurs d’autodétermination. (p 382) Leur retour, dans un climat funèbre, contraste violemment avec  
leur départ en fanfare pour Aïn Témouchent, à l’occasion du 6ème et dernier voyage du Général De Gaulle en Algérie, en décembre 1960. 
Leur crispation engendre les soubresauts colonialistes  que sont la guerre des barricades à Alger en janvier 60 et le putsch des généraux décidés 
à maintenir l’Algérie française contre la volonté du gouvernement de la France, en avril 1961. « L’Algérie algérienne...enfers. » (p 384-385) 
L’O.A.S ajoute son lot d’attentats et les violences redoublent de part et d’autre : « Le cessez-le-feu...le leur. » (p 386-388). C’est le début  
de la panique des européens et de leurs départs précipités pour l’exil (p 387-388) Certains sont massacrés sur la route qui conduit  
aux ports (p 391-392).  André Sosa pratique la politique de le terre brûlée, appliquée par l’O.A.S, en incendiant son bar avant son départ. (p 389-390) 
La joie des arabes à la proclamation de l’indépendance ne dure pas longtemps. A la fin du récit,  quand les amis se retrouvent après l’inhumation 
d’Emilie, ils se lamentent sur le gâchis, la corruption, les règlements de comptes, le terrorisme islamique qui ont marqué le début de l’histoire 
de L’Algérie indépendante. (p 417) et (p 423-424) 
  
Le roman, centré sur le personnage de Younès, reste un roman. Il ne tente pas de faire un récit et une analyse complets des événements  
et de la guerre d’Algérie. Il s’efforce, à travers des personnages  romanesques vivant dans la région d’Oran et de Rio Saldo, de rendre  
sensible, au lecteur, l’atmosphère qui régnait dans l’Algérie coloniale et la détérioration progressive et irréversible des rapports entre les deux  
communautés. Il ne mentionne les grands événements, impossibles à ignorer,  comme la répression de 1945, l’insurrection de la Toussaint 1954, 
la semaine des Barricades à Alger, en janvier 1960, le putsch des généraux, en avril 1961, qu’en toile de fond de son récit et comme repères 
chronologiques. Les terribles violences de cette guerre, qui sont parfois celles d’une guerre civile, sont le plus souvent décrites en termes assez 
généraux qui en gomment partiellement l’horreur. Il n’entre presque jamais dans le détail de ces horreurs et omet de mentionner un certain nombre  
d’épisodes particulièrement atroces. Ainsi, quand il évoque les événements de Sétif, en 1945, il ne parle que de répression de marches pacifiques  
et omet  de parler du massacre d’européens. Il ne parle pas non plus du massacre du 20 Août 1955 en Kabylie, dans la région de Constantine, 
Philippeville et Guelma. Au cours de ces événements, 123 européens, hommes, femmes et enfants sont massacrés dans des conditions atroces par des commandos du F.L.N encadrant une partie de la population musulmane. En riposte 1273 rebelles furent abattus. Le récit gomme également les 
aspects les plus terribles de la guerre civile et des affrontements entre Le F.L.N et le M.N.A et ne mentionne pas le massacre du 28 mai 1957 
où les hommes du F.L.N massacrent 300 habitants du douar de Melouza, soupçonnés de complicité avec le M.N.A. Le massacre des harkis 
en 1962 n’est évoqué qu’en termes généraux (p 418). Le sort des européens des quartiers pauvres n’est évoqué que lors des retrouvailles. (p 427) 
Le narrateur ne fait aucune allusion à l’usage de la torture des prisonniers dans les deux camps. Bien que le récit soit terrible, il évite de 
sombrer dans l’horreur. La réalité, elle, fut  encore plus terrible. 


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