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Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond
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Dan.L
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:15 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Erri De Luca : Montedidio
Commentaires de Jean Pierre Le Blond

Le titre :
Montedidio, littéralement « La montagne de Dieu » désigne le quartier populaire où la famille de l’auteur a trouvé refuge après la destruction de ses biens par la guerre. Ce quartier est situé sur une colline en bordure du golfe de Naples qui domine le castel del Ovo tout près de la place du Plébiscite. Le narrateur et héros du récit habite une ruelle de ce quartier. Son patron menuisier y a son atelier : » La boutique de mast’Errico se trouve dans la ruelle au bas de notre immeuble. » (P.13)
Par la suite, grâce au travail du père, la famille de l’auteur put s’installer dans une maison neuve et spacieuse du quartier de Mergellina, plus à l’ouest et juste au-dessus du port de tourisme de Mergellina.
La colline de Montedidio à Naples porte le même nom qu’une colline de Jérusalem. Elle la rappelle mais sans être comme elle « l’escabeau de Dieu ». En fuyant la persécution qui sévissait contre les juifs, Rafaniello s’est arrêté sur cette colline de Naples sans pouvoir atteindre Jérusalem. Il y subit une sorte de Purgatoire avant de pouvoir enfin prendre son vol vers Jérusalem et gravir la véritable Montagne de Dieu. (P. 95-96)
Ce titre ne désigne donc pas seulement le quartier de Naples où se déroule le récit et où l’auteur a vécu enfant, il oriente le lecteur vers la signification symbolique du récit et en fait une sorte de parabole.

Chronologie, composition et rythmes narratifs

Les événements mondiaux cités par le narrateur quand il rentre à la maison, le soir de Noël permettent de situer le récit dans le temps.
(P.151). « En dehors de Naples, en Amérique, un jeune homme a été fait président. Les Russes ont envoyé un chien dans une fusée, les américains, eux, ont envoyé un singe. »
John Kennedy a été élu président en novembre 1960 à l’âge de 43 ans. L’envoi de la chienne Laïka dans l’espace remonte à novembre 1957 mais le 19 août 1960, les 2 chiens envoyés dans l’espace par Spoutnik 5 reviennent vivants sur terre. Des singes avaient été envoyés dans l’espace par les américains en décembre 1958 puis un chimpanzé, le 3 janvier 1961. Autre indice : Maria fait tourner autour de sa taille un cerceau (P. 16). Elle suit la mode du hula hoop qui est apparue dans les années 58-59. Toutes ces indications et la plus précise, celle de l’élection du président des U.S.A nous conduisent à situer le récit en 1960.
Le récit commence avec l’été 1960, exactement en juin : le narrateur a 13ans. Il vient de quitter l’école et entre en apprentissage chez l’ébéniste « mast’Errico » (P.11,16, 23). A la page 63, il se projette dans l’avenir : « Un soir d’automne,… je ferai un lancer… » A la page 83, l’automne est déjà là : « Aujourd’hui, avec le petit soleil tiède de novembre, la ruelle se mettait dehors, poussait les chaises dans la rue près du bâton du linge et du brasero. » Puis la température fraîchit avec l’approche de Noël : « il fait frais le soir aux lavoirs, dans le ciel les nuages s’étirent en forme d’arête de poisson, sous les coups de vent de là-haut. » (P.103) « Le mois de Noël est bientôt là… » (P.103) « Noël arrive… » (P. 111) « Aux lavoirs en décembre, le vent joue au dur, il balaie la poussière par terre, astique le nuit dans le ciel, retire la chaleur des maisons. » (P. 141) Il décrit ensuite les préparatifs de la fête de Noël (P. 146), apprend à son patron que sa mère ne sortira de l’hôpital pour Noël (P. 147) Il célèbre la fête de Noël (P. 151,169).
Il décrit ensuite les préparatifs du jour de l’an : « C’est le dernier jour de l’année, demain c’est fête, alors, aujourd’hui on travaille dur. »

La composition du récit peut s’établir de la manière suivante :

1- Les débuts de l’apprentissage , juin 1960 et début de l’automne:
a) il décrit son travail et sa vie d’apprenti et fait les portraits des adultes qu’il côtoie : son patron « mast’Errico, le cordonnier Rafaniello hébergé dans l’atelier, le propriétaire de l’immeuble. Son entraînement pour lancer le « boumeran »
b) Il décrit simultanément sa découverte de l’amour avec Maria sa voisine du dernier étage.
c) Il décrit aussi la maladie de sa mère, son entrée à l’hôpital (P. 62), la prolongation de son séjour après un mois d’hospitalisation (P. 99), l’amenuisement de l’espoir. (P.128)
Cette première partie s’étend sur 67 chapitres et 111 pages et presque la moitié du récit.

2- Les préparatifs de la fête de Noël : fin de l’automne et début de l’hiver :
a) Préparatifs de Noël et repas de Noël. Le narrateur et Maria deviennent mari et femme. (chapitres 67 à 93, pages 111 à 159.)
b) De Noël au jour de l’an (chapitres 93 à 123, pages 159 à 213.)
Commentaires des voisins sur leur union. La mort de la mère du narrateur et le deuil. L’entrée dans l’âge adulte.
Cette deuxième partie compte 56 chapitres et 102 pages, presque autant que la première.

3-La fête du nouvel An (1961) et ses coutumes napolitaines (Chapitres 123 à 132, pages 213 à 230.) cette dernière partie forme le dénouement avec l’achat de la pizza et le repas endeuillé du Nouvel An, puis le lancer du « Boumeran » et l’envol de Rafaniello.




Dernière édition par Dan.L le Sam 23 Jan - 19:23 (2016); édité 1 fois
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:15 (2016)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:18 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Erri de Luca

a) une enfance peu heureuse.
Henry De Luca est né le 20 mai 1950, à Naples, dans une famille bourgeoise napolitaine ruinée par la guerre qui a détruit tous ses biens. Ses parents trouvèrent un logement de fortune dans le quartier populaire et surpeuplé de Montedidio. Sa sœur cadette et lui grandirent « dans la maison de la ruelle » entre une mère attentive mais impérieuse et humiliée par sa nouvelle pauvreté et un père bienveillant mais « trop lointain » et accaparé par son travail acharné. Leur éducation fut dictée par le manque d’espace et de moyens. La famille ne se mêlait pas à la population du quartier et ressentait sa nouvelle position sociale comme une déchéance. L’éducation rigide des parents rendait l’atmosphère familiale oppressante.
Citation 1 de l’article de Wikipedia : « A nous autres…avions. »
Le travail acharné du père permit ensuite à la famille de s’installer dans « la belle maison » située dans un quartier de maisons neuves sur la colline au-dessus de Mergellina. Son adolescence dans ce nouveau quartier ne fut pas plus heureuse : « Dans la maison…bonnes notes. » (2ème citation de l’article précédent)
Seuls les étés passés à Ischia lui ont laissé des souvenirs heureux : « Je ne peux pas dire…un petit butin. » (3ème citation)
L’enfant a toujours parlé le napolitain avec sa mère tandis que son père tenait à ce que sa sœur et lui parlent un italien parfait. Son père lui a transmis la passion des livres et il a commencé à écrire très tôt : l’écriture a été la véritable compagne de son adolescence.
A peine âgé de 16 ans, il se déclara communiste : il était révolté par la mainmise de l’armée américaine sur la ville, par la politique du maire Achille Lauro, coupable à ses yeux d’avoir livré la ville à l’armée américaine, par les injustices sociales à Naples et dans le Nord.

b) L’engagement politique et le militantisme révolutionnaire.
1- 12 années de luttes politiques. (1968-1980)
A la fin de ses études, en 1968, il se refusa à la carrière diplomatique à laquelle sa famille le destinait et rompit avec elle. Il partit pour Rome et s’engagea dans l’action politique révolutionnaire. Il changea son prénom Harry dû à une grand-mère d’origine américaine pour la transcription phonétique de sa prononciation en italien. Il militait alors contre la guerre au Vietnam. Il entra, en 1969, dans le mouvement d’extrême gauche « Lotta continua » en refusant toutefois la clandestinité et la lutte armée. Il devint responsable du service d’ordre du mouvement. En 1978, il entra chez Fiat et participa aux luttes ouvrières, même violentes jusqu’en 1980, date de licenciements massifs.
2- 15 années de vie ouvrière itinérante et d’action humanitaire. (1980-1995)
Ensuite, pendant 15 ans, il mena une vie d’ouvrier sans qualification. Il passa un mois à Milan à casser une dalle blindée dans un souterrain avec un marteau-piqueur. Chaque soir il sortait de son travail, sourd et les paupières tremblantes. Après le tremblement de terre de 1980, il fut manœuvre dans sa ville natale, puis fuyant les lois spéciales de son pays, se réfugia en France en 1982. Il travailla alors sur des chantiers dans la région parisienne. En 1983, il participa comme bénévole à une action humanitaire en Tanzanie, pour installer des éoliennes et améliorer l’approvisionnement en eau des villages de la brousse. Avant son départ, il découvrit, dans un centre de formation en Italie, une bible qui fit naître sa passion pour l’Ancien Testament et l’hébreu. Souffrant de malaria et de dysenterie, il fut sauvé par une religieuse et rapatrié, au bout d’un mois sur un lit d’hôpital. De retour en Italie, il continua sa vie d’ouvrier tout en étudiant les textes sacrés. Il se passionna également pour l’alpinisme et parcourut les massifs de l’Annapurna et du Dhaulaghiri en compagnie de l’alpiniste italienne Nives Meroi en 2005.
Pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995), il fut chauffeur de camions dans des convois humanitaires destinés à la population bosniaque.
Erri De Luca vit seul, en ermite, avec ses deux chats, dans une bergerie qu’il a réhabilitée de ses mains, il ya trente ans et qui se trouve dans la campagne romaine, au-dessus du lac Bracciano. Après un malaise alors qu’il escaladait des rochers entre Rome et Naples, il a été hospitalisé pour une légère attaque cérébrale en mars 2015.
Son procès en 2015 :
Proche du mouvement altermondialiste, solidaire du mouvement « NO TAV », opposé à la construction de la ligne à grande vitesse Lyon- Turin, il a été accusé d’incitation au sabotage après des déclarations à des médias italiens en 2013. Le procès s’est ouvert à Turin le 28 janvier 2015 mais a été reporté au 16 mars. Il encourait de un à 5 ans de prison et a annoncé qu’il ne ferait pas appel d’une éventuelle condamnation. Il s’est défendu en déclarant : « L’accusation prétend que saboter c’est commettre des dommages matériels mais le verbe saboter a bien d’autres sens : on peut saboter un ordre, saboter une leçon à l’école en faisant du bruit, saboter la production d’une usine en arrêtant de travailler, saboter une guerre en refusant d’y participer. » Pour sa défense, il a ajouté qu’il a participé à plusieurs manifestations dans le Val de Suse mais qu’elles n’ont jamais donné lieu à des actes de violence. Le mercredi 20 mai, jour de son 65ème anniversaire, interrogé par le procureur sur le sens qu’il donnait au mot « sabotage, il s’est défendu en disant d’une voix ferme et posée : « Si vous regardez dans le dictionnaire de la langue italienne, sabotage a plusieurs significations : causer des dommages significatifs, certes, mais également, empêcher, gêner, faire obstacle. »
Devant le tribunal, il a encore déclaré : « Je défends l’origine du mot saboter dans son sens le plus efficace et le plus vaste. Je suis prêt à subir une condamnation pénale pour son emploi mais non pas à laisser censurer ou réduire ma langue italienne. » Il a ajouté : « Si je suis condamné, je ne ferai pas appel. Je me vois mal écrivant un deuxième pamphlet ! J’accepterai ma condamnation. J’irai en taule. N’en déduisez pas que je rêve de me retrouver dans une cellule parce que j’aurais quelque chose à expier, comme il a été dit. C’est faux. Je veux simplement dire que si on m’enferme, personne n’en pâtira puisque je n’ai pas de famille. Que mes chats seront nourris de toute façon. Et que j’ai une solide capacité d’adaptation à l’isolement. » Le procureur avait requis 8 mois de prison. Il a été finalement relaxé le 19 octobre, « le délit n’ (étant) pas constitué ». Il a déclaré qu’il se sentait soulagé de respirer un air plus respirable dans son pays.

Une oeuvre double :
Pendant les 18 ans de sa vie d’ouvrier, Erri De Luca se lève à 5h du matin pour se plonger dans son dictionnaire et sa grammaire d’hébreu pour traduire un morceau des Ecritures : « C’était un luxe…maçons. » ( citation 5)
Après sa dure journée de travail, il consacre les heures libres du soir à l’écriture qu’il considère comme une récréation : « L’écriture représente …de rassembler des absents. » ( citation 4)
Ainsi naît une œuvre double : une œuvre de réflexion sur la bible et une œuvre de fiction romanesque. Il écrit ses premiers textes sans intention de les publier mais la maladie de son père et son désir qu’il soit fier de lui et ne le considère plus comme un fils égaré, le décident à envoyer son manuscrit à un éditeur. Il parvient à mettre entre les mains de son père mourant son premier livre « Non ora, non qui » paru, en Italie, en 1989, puis en France, d’abord sous le titre »Une fois, un jour », en 1992, puis sous son véritable titre « Pas ici, pas maintenant », en 1994. Son œuvre compte une soixantaine de titres, elle forme comme « un archipel d’ouvrages parfois très minces où la lumineuse concision de l’écriture semble émaner d’une intense attention au monde et s’ouvrir à l’ampleur silencieuse des horizons. »


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Dan.L
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:20 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Erri De Luca, Montedidio : Le narrateur

Un roman d’apprentissage en forme de Journal intime.
a) un journal intime
Le narrateur qui est aussi le héros du roman fait le récit de son apprentissage et de son entrée dans la vie adulte à la première personne et au présent sous la forme d’un journal intime écrit jour après jour, mais pas exactement tous les jours, puisque le nombre de chapitres (132) est inférieur aux nombres de journées écoulées (190 au moins) pendant la durée du récit, de juin 1960 au premier janvier 1961. Ainsi écrit-il à la page 143 : » Je n’ai rien à dire sur hier, aujourd’hui est déjà passé et raboté avec les copeaux jaunes du mélèze… » « Hier, c’est le morceau de rouleau déjà écrit et enroulé. » (P. 143) Heureux de quitter l’école et d’entrer en apprentissage à 13 ans, l’enfant a appris l’italien à l’école et y a découvert le goût de l’écriture. Il parle le napolitain mais écrit en italien : « Moi, je le connais parce que je lis les livres de la bibliothèque, mais je ne le parle pas. J’écris en italien parce qu’il est muet et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain. » (P.12) L’italien n’est pas tout à fait une langue étrangère mais lui permet de prendre un certain recul par rapport aux événements. Sa sortie de l’école n’entame pas son goût de l’écriture : il se décrit comme « un gamin qui pue encore l’encre d’écolier, qui travaille en juin pour un menuisier et qui écrit les faits de sa nouvelle vie sur un rouleau de papier que lui a donné l’imprimeur de Montedidio, un reste de bobine. » « Le rouleau tourne, poursuit-il, et je vois déjà écrites les choses passées, qui s’enroulent aussitôt. » (P. 44 et 50) Le récit nous donne des indications sur sa progression : Le rouleau grandit (P103-104) A l’approche de Noël il écrit à la lumière du réverbère : « Je profite du réverbère de la rue pour écrire, appuyé au rebord de la fenêtre, le bruit du crayon sur le papier fait le résumé du vacarme de la journée. » (P. 152) Le jour de Noël le rouleau est presque écrit : « Au printemps…reste.3 (P.176)
Le dernier jour de l’année il termine son récit : « A la maison… sortie. » (P. 211)
Enfin, après le lancer du « Boumeran » et l’envol de Rafaniello , il écrit que pour son premier cri d’adulte « il n’y a plus de place sur le rouleau ni sur Montedidio. » (P.230)
Le chapitre paragraphe et l’économie de l’écriture :
Ce journal intime écrit sur un rouleau d’imprimeur, jour après jour, après le travail ne se lance pas dans de longs développements. L’économie de l’écriture y est poussée à l’extrême. Les 132 chapitres correspondent à l’écriture d’un soir. Certains se limitent à un court paragraphe de 12-13 lignes : il en est ainsi P. 15, 19, 22, 28, 24, 25, 32, 37, 68, 69, 109, 110, 178, 191, 205, 230. Quelques uns comptent 2 paragraphes : P.45-46, 54-55, 62-63. Les plus longs ne dépassent pas 41 lignes et concernent souvent les figures pittoresques de Naples comme le marchand de peignes ambulant (P.76-77, le marchand d’olives (P.83-84) le marchand de pizza Gigino (P.216-217) ou la transcription des récits de Rafaniello : récit de son arrivée à Naples (P.95-96), P.187-188, la description de son apprentissage à se servir du rabot (P.138-139). Le souvenir de sa promenade avec son père à la solfatare ou le récit de la fête de Noël et du jour de l’an se poursuivent sur plusieurs chapitres successifs. Peut-être pourrait-on les rapprocher des versets bibliques. Les images concrètes leur donnent une véritable densité poétique. Citons par exemple la contemplation du ciel étoilé au-dessus de la mer et la réflexion sur la situation de l’homme dans l’univers (P.110) ou la promenade avec Maria sur le môle de la Mergellina, juste après la mort de sa mère (P203-204)


b) Un roman d’apprentissage

1-La découverte du travail et des adultes
Il fait le récit de sa vie de jeune apprenti : premières corvées de nettoyage P.16) suivies de travaux plus valorisants (P.30, 33) nettoyage des outils ou quand il apprend à se servir du rabot (P.138) Il fait le portrait de son patron mast’Errico dont il admire le travail (P 30), de Rafaniello, figures tutélaires et initiatrices. Il recueille, les aphorismes en napolitain de mast’Errico (P.11), (P.48), (P.49), (P. 83), (P 105 et 106), (P.115-116), (P.119, ses récits sur l’occupation et la libération de Naples : journées de septembre (P.124-125, rôle de Don Ciccio (P.183). Il recueille les récits de Rafaniello (P. 60, 96, 171) sur son histoire, sur la persécution des juifs et la sagesse biblique qui inspire son amour du prochain (P. 120,147-148, 169,170, 185). Ses histoires le rendent joyeux (P.38) et lui indiquent la voie à suivre.

2-L’héritage familial :
L’enfant recueille avec amour le témoignage et l’héritage moral que lui transmettent ses parents. Il manifeste une grande complicité avec son père docker qu’il accompagne sur le chemin du travail (P2o) et qui lui donne un exemple en apprenant à lire et à écrire aux cours du soir de la coopérative des dockers. (P.12) Son père lui transmet l’histoire familiale en évoquant la mort de l’oncle Toto tué par une bombe pendant la guerre à l’âge de 10 ans (P.107-108). Il témoigne à son fils de son amour pour sa femme en lui confiant la solidarité indéfectible qui les lie (P. 128-129). Il l’assiste tout au long de sa maladie, manifeste un chagrin digne et contenu mais profond (P. 167, 197, 199-200,201. et lui adresse un hommage émouvant (P.207)
Il évoque avec son fils le souvenir de la promenade qu’ils avaient faite ensemble à la solfatare où s’était manifestée leur grande complicité (P. 130-131-132 et 134-135)).
Le narrateur doit faire face à l’absence de sa mère malade et souvent couchée (P.20) puis hospitalisée (P. 62).Il se sent un peu délaissé (P ;79, 111, 113) Il évoque le souvenir des chansons qu’elle lui chantait pour l’endormir (P.80), se rappelle avec attendrissement les promenades avec sa mère jusqu’au quai de Beverello pour attendre le père à la sortie du travail et l’amour qui les unissait et inspirait le respect aux passants (P.85-86).L’adolescent ressent cruellement son absence mais quand il souhaite ardemment son retour un souffle glacial de tramontane lui apporte un sombre pressentiment confirmé par l’arrivée de son père en pleurs. (P.197).

3-La découverte de l’amour avec Maria :
Maria, la voisine du dernier étage appartient à une famille endettée stupidement par le loto, les paris (P.68) et incapable de payer les loyers (P. 64, ce dont profite le propriétaire pour exercer un chantage sur les parents et la harceler. Maria qui a aussi 13 ans est à peine plus âgée que le narrateur. Elle guette son passage dans les escaliers pour lier la conversation avec lui en lui proposant d’essayer son hula hoop et lui donne rendez-vous sous prétexte de lui confier un secret. Le narrateur fait le récit de son initiation sexuelle et sentimentale par Maria avec la fraîcheur de l’enfance et de la découverte. (P.51à 56), Maria se déclare sa fiancée (P.54) et fait appel à sa force grandissante contre le propriétaire de l’immeuble auquel elle résiste avec son aide. Ils deviennent mari et femme le soir de Noël et Maria rejette les conseils du concierge et des voisins les engageant à respecter les étapes commandées par la morale. (P. 174-179) A l’image de ses parents, le narrateur conçoit leur amour comme un rempart contre le monde extérieur (P.217) « Comme c’est important d’être deux, homme et femme, dans cette ville. Celui qui est seul est moins qu’un. » et « notre ammour est une alliance, une force de combat. » (P.143) Don Ciccio approuve cette alliance (P .173)

4- les figures du mal
Il décrit aussi les figures du mal : l’imprimeur pédophile et surtout le propriétaire de l’immeuble. La pédophilie de l’imprimeur est connue mais il bénéficie d’une certaine indulgence en raison de ses bonnes œuvres (P. 49-50) Mast’Errico n’omet pas de mettre en garde le narrateur quand il l’envoie chercher de la graisse.
Quant au propriétaire de l’immeuble, il est présenté comme un avare (P105). Il humilie publiquement ses locataires et exerce un chantage sur les parents de Maria qu’il harcèle pour la contraindre à des attouchements en bénéficiant du silence de ses parents (P.54-55). Devant le refus de Maria, il se fait plus menaçant mais Maria puise dans son amour pour le narrateur l’audace de résister (P.67) Le propriétaire revient à la charge, le narrateur le croise dans l’escalier : il monte chez Maria avec un paquet de gâteaux. Maria raconte ensuite comment elle lui a résisté et l’a brisé en formulant le vœu qu’il meure. (P 101-102)
Le narrateur entre en lutte aux côtés de Maria. En croisant le propriétaire dans les escaliers, il entrevoit le « boumeran » comme une arme de défense. Il dévoile à Rafaniello le harcèlement du propriétaire contre Maria. Rafaniello prononce contre lui la malédiction du chien qui lui échappe (P.120) Quand le propriétaire s’avance vers Maria, sur la terrasse, le narrateur le repousse brutalement dans une séquence mi-magique (P.144-145) puis dépose à sa porte le bouton arraché à son vêtement (P 146). Le propriétaire n’en continue pas moins son harcèlement. La nuit de Noël, le propriétaire frappe une heure durant à la porte de Maria et réveille par son tapage tous les voisins (P161). Le lendemain on l’entend casser des assiettes, Rafaniello y voit l’effet de sa malédiction. (P.173) Le narrateur s’ouvre à Mast’Errico de bruits qui circulent sur le comportement du propriétaire avec la sœur de Don Ciccio et qui sont confirmés par Don Ciccio lui-même (P. 174). (P.183) Le 31 décembre, le propriétaire se jette sur Maria qu’il a attendue à la sortie de chez elle. Elle riposte à coups de pied et parvient à s’échapper. Une hargne sombre et vengeresse s’empare du narrateur. (P.211-212) A cette occasion, il découvre que le mal est aussi en lui « Il n’y a pas que du bon dans la croissance du corps, la découverte des choses nouvelles que j’apprends à faire. Le mauvais grandit aussi en même temps. En même temps que moi, que la force de mon bras qui libère le boumeran, grandit une force amère, capable d’attaquer. Un étang de solfatare s’est mis à bouillir dans ma tête et m’a rendu triste d’intention. C’est comme ça que sont les hommes brusquement ? La fausse manœuvre d’un autre décloue un couvercle et le mauvais sang jaillit. » (P.213) Au dénouement, le jour de l’an, sur la terrasse aux lavoirs, l’ombre du propriétaire se jette sur Maria. Le narrateur la jette au bas de la terrasse avec tous les vieux objets que les napolitains jettent des balcons ce jour-là. (P.230) Il accède victorieusement à l’âge adulte.

5-Les signes du passage à la maturité
Le narrateur ou ses proches, notamment Maria, notent les marques de son passage à la maturité de l’adulte.
La mue de sa voix : Au début du récit le narrateur note qu’il a perdu sa voix : « Entre-temps ma voix s’en est allée et je parle rauque. » (P.14) Il écrit que son souffle rauque est encore « sous la cendre de sa voix » (P.62) Il s’impatiente de ne pas avoir sa nouvelle voix. Rafaniello le rassure et lui prédit que sa voix aura la force d’un braiment d’âne (P.187-188) A la dernière phrase de son récit il décrit le jaillissement de sa voix d’adulte en comparant son cri à un braiment d’âne conforme à la prédiction de Rafaniello . (P.230)
Il note aussi l’endurcissement de ses mains au travail (P.38), le développement de ses muscles grâce à son entraînement au lancer du « Boumeran» (P.18, 62). Maria s’émerveille de sa force grandissante (P. 143) En six mois, avec son entrée en apprentissage, avec sa découverte de l’amour et la mort de sa mère, le narrateur est passé de l’enfance à l’âge adulte. Il note qu’il en est de même pour Maria. (P. 218)


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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:23 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Un long parcours humain à accomplir eMontedidio : un récit en forme de conte ou de parabole.

Le Journal intime du jeune apprenti mêle aux détails, aux événements et aux personnages réels, des événements, des objets et des personnages symboliques, mi-réels, mi-surnaturels, qui font de cette chronique du passage de l’enfance à l’âge adulte une sorte de parabole enseignant la voie qui permet à l’enfant d’accéder à l’âge adulte sans renier son enfance mais au contraire en développant et en accomplissant ses plus nobles qualités .

Le « boumeran »
Indissociablement lié au jeune apprenti, cet objet réel est chargé d’une puissance mystérieuse et d’une signification symbolique. C’est le cadeau que lui a offert son père pour son treizième anniversaire. (P.13) Lui-même l’a eu par un ami marin (P.15) Cet objet en forme de lame recourbée de bois dur était utilisé comme arme de jet par les peuples primitifs d’Australie. Il a la propriété de revenir près de celui qui l’a lancé quand il n’a pas atteint sa cible. Le jeune apprenti n’a pas de terrain pour le lancer et sa mère maudit ce cadeau. (P.13) Il est en bois d’acacia (P.72 et 140) Il paraît très lourd à Maria et à tous ceux qui le soupèsent. (P.54) Contrairement aux craintes de sa mère, le jeune apprenti en fait le meilleur usage qui soit.
Du moment où son père le lui a offert, le jeune apprenti le porte toujours sur lui, sous ses habits. Il ne le sort que pour en confier le secret à Maria puis à Mast’Errico et Rafaniello. (P.42-43,72, 59, 138). Le soir de Noël et du 31 décembre, il le pose sur la table de repas près de lui. (P.151, 158, 219)

L’entraînement au lancer
Tout au long du récit, le narrateur se livre à un entraînement quotidien, chaque soir sur la terrasse aux lavoirs : P 17, 18-19, 20-21, 33, 103, 189) Au dernier moment, il bloque son lancer et retient le boomerang. Cet entraînement lui permet de développer ses muscles jusqu’à acquérir la force d’un adulte. Mais plus encore, il lui permet de maîtriser parfaitement cette force. (P. 113, 136, 141) L’attente du lancer lui impose une véritable ascèse. (P 42)

L’énergie mystérieuse du boomerang.
Le « booumeran » est décrit comme chargé d’une énergie mystérieuse difficile à maîtriser. Mast’Errico ressent une décharge électrique (P.72) en le rendant au narrateur qui le contrôle difficilement (P.141, 144, 205, 222, 224, 226). Toute l’énergie des lancers bloqués s’est comme accumulée en lui.

Le boomerang est fait pour voler.
Le narrateur compare son « boumeran» à une aile en bois (P.42). Selon lui, il vient de la mer et est fait pour voler (P.44, 58). A plusieurs reprises, il note que ses ailes sont prêtes (P. 111, 113, 136, 171, 179, 226, 227).
Potentiellement, il apparaît comme une arme. Le narrateur revendique la responsabilité d e son lancer et envisage de l’utiliser comme arme défensive contre le propriétaire de l’immeuble. (P.79) Au terme de l’entraînement la répétition de son lancer est minutieuse et son envol évoque le lancement d’une fusée. (P. 228)
Il est constamment en relation avec le thème de l’altitude (P. 20-21, 169, 218) et associé aux ailes de Rafaniello. Il est comme l’expression de la hauteur morale atteinte par le jeune apprenti pour accéder à l’âge adulte.




Les ailes de Rafaniello
Réfugié juif qui a échappé aux nazis, Rafaniello se situe à mi-chemin entre la réalité et le monde surnaturel.

Le personnage réel :
Petit, roux et bossu, Rafaniello, d’abord surnommé « ravanello », radis rouge par les napolitains séduit par sa beauté intérieure (P. 24, 25) Il vient d’un pays froid (P.37), ses compatriotes ont été décimés par les nazis. (P.34, 165) Lui-même a survécu difficilement (P.93-94). Dans son exode, il s’est arrêté à Naples, en 1945 (P.35) et a été accueilli par Mast’Errico, dans sa boutique où il lui a fait un peu de place pour exercer son métier de cordonnier. (P. 24). Il répare gratuitement les souliers des pauvres et remet à neuf les sandales du narrateur (P.26-27) Son amour du prochain lui vaut les bénédictions de ses clients (P. 27,74, 78). Il vit pauvrement dans un ancien débarras éclairé à la bougie. (P.60-61)

Ses épreuves comparables à celles de Job :
Victime de la persécution des juifs, il a connu des épreuves comparables à celles de Job. Comme Job il a refusé le blasphème total mais n’a pu s’empêcher de récriminer contre Dieu qui lui a imposé une sorte de Purgatoire sur la colline de Naples où il attend de poursuivre son chemin jusqu’à Jérusalem et de gravir la montagne de Dieu. (P.93-94, 96-99) Ses épreuves ont une valeur purificatrice : la guerre a nettoyé son cœur et lavé ses mains (P.94) Dieu l’a préservé du désespoir en le réconfortant par les prédictions de son ange gardien qui lui a annoncé son retour à Jérusalem grâce à « une paire d’ailes fortes, comme celles du vautour » et « contenues dans l’étui de sa bosse ». » (P.36)

Un personnage en voie de sanctification.
Ainsi, grâce à cette prédiction, apparaît-il dans son cheminement vers Dieu comme un homme en voie de sanctification. Les mouches l’épargnent (P.24). Son nez saint ne perçoit pas la puanteur des souliers qu’il répare, à la différence de mast’Errico (P.57). Il reçoit les bénédictions des pauvres (P.74, 78). Le marchand de peignes lui fait l’honneur de se laver les pieds dans une cuvette avant de remettre les souliers que Rafaniello a réparés. (P.76) Avant de parler de choses saintes, il se rince la bouche et crache. (P.93, 97). Dieu lui inspire la mélédiction du chien contre le propriétaire de l’immeuble (P.120). Ses récits ont la forme de paraboles tels ses propos sur la nostalgie et la conversion du manque de l’absence en présence (P. 166-167) ou sur le pouvoir des larmes qui éclaircissent la vue. (P.47)

Sa transformation progressive en oiseau :
De sa difformité surgit l’instrument de son salut. Le narrateur le compare à un oiseau migrateur (P.58). Il souligne sa ressemblance à un oiseau (P.113-114, 172). Il recueille le récit de l’éclosion de ses ailes(P.136) que les autres ne remarquent pas. (P.161). Ses ailes se développent (P.161-162, 171-172) Sa ressemblance avec un oiseau s’accentue (P.179). Il ne sait plus marcher mais sautille comme prêt à s’envoler. (P.169) Craignant de ne pouvoir s’envoler à cause d’un trop grand attachement à la terre, il fait appel à la prière. (P.171). Le soir de l’envol, le 31 décembre, à minuit, il arrive sur la terrasse, les ailes déployées sous une couverture. Au troisième saut, il s’envole vers l’Orient dans le sillage du boomerang. (P. 227) et accède au salut selon la parole des psaumes.

La présence des esprits et des anges-gardiens
Rafaniello croit que chaque être humain bénéficie de la protection d’un ange-gardien. Le sien le soutient dans sa quête de Dieu et le préserve du découragement en lui annonçant son salut (P .36-37) Le jeune apprenti se sent effleuré par la présence des esprits, êtres vivants comme Maria ou présence de proches décédés comme sa mère qui accompagnent ses efforts. (P.23, 33, 171, 191, 225, 228). Lui aussi dit ses prières à l’exemple de Rafaniello (P.81) pour contraindre Dieu à se manifester. Le jeune apprenti et Rafaniello se plient à une ascèse qui les purifient et purifie aussi Maria de la souillure du vieux (P.167).

Ainsi Rafaniello transmet au jeune garçon sa spiritualité et l’initie à sa recherche de Dieu. Mais le jeune apprenti de lui-même tend vers une forme d’élévation et d’exigence morale. Ils suivent simultanément des voies parallèles. Il arrive même que le jeune garçon précède momentanément Rafaniello dans son cheminement et lui serve de guide à son tour. Le lancer du boomerang précède de peu l’envol de Rafaniello et lui trace la voie. Entre eux il y a seulement un décalage d’âge et de temps : le lancer du boomerang consacre l’accession du jeune apprenti à l’âge adulte et son accomplissement dans la réalisation d’un idéal humain fait d’amour et d’exigence. L’envol de Rafaniello signifie la fin de ses épreuves terrestres, il rejoint le vrai Montedidio et se rapproche de Dieu. Il obtient enfin son salut. Pour le narrateur, il reste un suivant la voie qu’il s’est tracée.


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Dan.L
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:25 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Montedidio : Naples et ses personnages pittoresques.

Montedidio, comme tous les romans d’Erri De Luca se situe à Naples, ville de son enfance et de sa jeunesse dont il évoque les coutumes, les croyances et les petites gens.
Erri De Luca évoque avec tendresse et humour les pauvres du quartier de Montedidio. Ils luttent pour survivre et gagner leur vie, animés d’une grande humanité et d’une grande solidarité. Leur conduite courageuse et parfois héroïque, sous l’occupation, leur vaut un hommage vibrant de l’auteur.
Le marchand de peignes ambulant :
Le récit reproduit le cri de son métier et décrit ses remerciements et son grand respect pour Rafaniello, non sans pittoresque ni humour. (P.76-77)
Le marchand d’olives :
Le récit transcrit pour le lecteur son boniment en napolitain qui suscite la mélancolie du jeune apprenti. (P.83-84)
Le pêcheur de poulpes.
La description que fait Mast’Errico de sa familiarité avec les poulpes est colorée de merveilleux. (P.89-90)
Le curé Don Fretella.
Répondant à la curiosité du narrateur, Mast’Errico explique avec humour et tendresse l’origine de son surnom amusant, Don Pressé. Il s’est conduit à la fois avec charité et héroïsme sous l’occupation. (P.126-127)
Le marchand de poisson ambulant :
Le scintillement de la mer sous la nuit étoilée rappelle au narrateur le marchand de poisson et son cri (P. 141) Le cri du marchand d’eau sulfureuse fait entendre à Rafaniello des syllabes de son pays (P.165)
Un peu plus loin le narrateur nous décrit la queue et la poissonnerie et le poissonnier en butte aux récriminations des clients. (P.149). Il nous fait assister aussi à l’accident sans gravité du tailleur renversé par une conductrice maladroite.(P.150)
La blanchisseuse Donn ‘ Assunta apparaît à plusieurs reprises. Elle étend son linge sur la moitié de la rue mais doit le ramasser la veille de noël, quand la foule se fait plus dense. (P .149, 163) Quelque peu bigote et en admiration devant le sermon de Don Fretella, elle prodigue ses conseils moralisateurs au jeune apprenti (P. 163-164).
Papele le marin :
Mast’Errico évoque aussi les pêcheurs qui ne savent pas nager (P.39), décrit comment il va à la pêche au sargue (P.31-32), comment il a pêché une liche et s’est entaillé la main (P.179-180). Il décrit aussi avec humour la figure de Papele le marin, devenu curieusement marchand de poulets sous l’occupation et ce malgré le danger. (P181-182)
Le concierge Don Ciccio :
Selon M’ast’Errico, lui aussi a eu une attitude courageuse sous l’occupation en aidant la résistance (P.183). Il prodigue ses conseils moraux au jeune couple et indispose Maria. (P.174-175)
Gigino ‘o fetente, Gigino le dégoûtant
Le narrateur décrit l’adresse la verve et la galanterie du marchand de pizzas (P.216-217)
Mast’Errico ameute la rue contre l’ouvrier négligent (P.122-123). Sous l’occupation il ameuté les habitants du quartier contre les Allemands, tous soudés au mépris du danger. (P. 124-125)
Les coutumes napolitaines
Le jeune apprenti évoque la coutume de la pêche au filet sur le bord de mer (P.88).
La coutume napolitaine de jeter par les fenêtres toutes les vieilleries, le dernier soir de l’année est évoquée P.114, 178, 227. Son deuil l’empêche de suivre la tradition de l’anguille pour le repas de Noël (P.147, 149)
Les Napolitains craignent le mauvais œil et les malédictions (P. 117-119, 120, 173).
Ils crient au miracle du sang de plusieurs saints qui se liquéfie miraculeusement : outre le sang de San Gennaro, le récit rapporte la légende de santa Patrizia (P.99-100) et celle de sant’Avellino (P.151)


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Dan.L
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Message Posté le : Lun 18 Jan - 15:26 (2016)    Sujet du message : Montedidio /Erri De Luca commenté par Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Erri De Luca, Montedidio : conclusion

A travers ce journal intime d’un gamin de Naples, Erri De Luca nous adresse sous forme de parabole le récit d’un passage à l’âge adulte vécu sans reniement comme un accomplissement de l’enfant avec son héritage affectif et moral. C’est aussi un hommage tendre et pittoresque, nuancé d’humour au petit peuple de Naples courageux jusqu’à l’héroïsme et qu’il a côtoyé dans son enfance. « Ce roman envoûtant et poétique est une œuvre de transmission et d’héritage comme l’était Tu, mio. »
L’écriture d’Erri De Luca, concise et en forme de versets bibliques allie précision et poésie, réalité et merveilleux symbolique.
Poésie et précision sont indissociables dans la description du travail du rabot et des copeaux. (P. 138-139) La description des pieds par le cordonnier Rafaniello allie précision et réflexion morale. (P. 170) La magie de l’éclairage à la bougie transforme la pauvre chambre de Rafaniello et fait apparaître la poésie cachée des choses les plus humbles. (P.60) Le scintillement nocturne de la mer éveille les souvenirs et les sensations du gamin napolitain. (P. 141). La vision du ciel étoilé suscite une méditation sur la place de l’homme dans l’univers. (P. 110) Dans la description de l’envol du boomerang la précision s’allie au merveilleux pour souligner le message symbolique. (P. 228)
Comme l’écrivait un commentateur « Chaque livre d’Erri De Luca pourrait être comparé à une île. Son oeuvre forme un archipel d’ouvrages parfois très minces où la lumineuse concision de l’écriture semble émaner d’une intense attention au monde et s’ouvrir à l’ampleur silencieuse des horizons. »


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