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La Maison
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Dan.L
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Message Posté le : Ven 25 Sep - 16:17 (2015)    Sujet du message : La Maison Répondre en citant

LA MAISON
Cette maison-là, elle n’est pas perdue au milieu de rien, elle n’est pas au milieu de la lande, elle n’est pas au fin fond des bois, non. Cette maison, elle est au bord de la côte qui monte vers le village d’Equemauville, à trois cent mètres environ avant le panneau indicateur. Elle est séparée de la route par une contre-allée herbue où s’alignent de vieux  platanes. C’est une bâtisse qui n’a pas plus de deux siècles en briques roses, avec des appuis de fenêtres en pierre. On ne sait pas qui l’a construite. En fait, on ne sait rien. A voir, en passant, c’est une maison comme les autres et bien qu’elle ne soit pas habitée, elle a l’air plutôt pimpant, pas du tout le genre d’une maison abandonnée. D’autres maisons bordent la route. Quand on passe devant à pied, on voit les enfants jouer dans les jardins, sous l’œil vigilant  d’une maman que l’on aperçoit par une fenêtre entr’ouverte. Il y a des fleurs dans les jardins et des jardinières sur les murets de pierre et sur les grilles qui ferment les petites propriétés. Mais cette maison-là, elle, n’a pas de fleurs. L’herbe est rase et un peu sèche comme si le soleil donnait plus à cet  endroit ou comme si  de nombreuses personnes venaient piétiner et marcher à longueur de journée. Les volets sont ouverts et parfois une ou deux fenêtres sont ouvertes. Quand on passe à la tombée de la nuit, les volets sont fermés. On ne sait pas qui s’occupe de la maison, car on n’y a jamais vu personne. Les voisins ne sont pas loquaces en ce qui concerne cette maison, soit ils ne veulent pas même l’évoquer soit ils disent ne rien en savoir, ni qui ferme et ouvre les volets. C’est comme cela : le matin les volets sont ouverts et le soir les volets sont fermés.
Je ne suis pas le seul à être intrigué par cette maison,  je me suis renseigné aux archives. L’archiviste, un vieux type aux cheveux gras et aux énormes lunettes de myope m’a fait entrer dans son bureau dont il a soigneusement refermé la porte. Il m’a expliqué  que la maison est hantée, que de nombreuses personnes y ont passé la nuit, parfois une seule personne, parfois des petites groupes mais que jamais on n’y a rencontré celui ou celle qui ouvre et ferme les volets : ils sont ouverts et l’instant d’après ils sont fermés. Cela se fait en un battement de cil. Unanimement, les gens qui y ont passé la nuit, ont dit que jamais plus ils n’y remettraient les pieds même sous la menace.


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Message Posté le : Ven 25 Sep - 16:17 (2015)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Ven 25 Sep - 16:18 (2015)    Sujet du message : La Maison Répondre en citant

  • Il parait qu’on y entend des bruits effrayants comme si une guerre faisait rage dans la maison et dans le sol. Certains ajoutent qu’ils ont entendu des gémissements comme si quelqu’un était emmuré vivant ou enfermé sous terre, quelqu’un qui serait blessé ou désespéré… Les plus courageux ont essayé de sonder les murs mais cela n’a rien donné. Certains sont venus de jour, mais là encore, cela n’a rien donné. Ceux-là ont pu descendre dans la cave, une cave voûtée beaucoup plus vieille que la maison apparemment. Ils ont pu discerner des taches sombres sur le sol à plusieurs endroits comme des taches de sang mais datant de très longtemps, ils ont décrit aussi une plaque de métal fort épais et boulonnée dans le sol qui semble recouvrir un puits. L’atmosphère est étouffante dans ce lieu sans ouverture autre que la petite trappe qui permet d’y descendre et les bougies que les explorateurs emportent par prudence avec eux en plus des torches électriques s’éteignent vite ce qui réduit l’exploration.

Il est à noter que selon l’archiviste personne n’a rapporté avoir exploré la cave de nuit. Puis, il m’a conseillé d’aller voir au cadastre pour connaître le propriétaire. J’y suis allé. L’employé n’a pas été étonné de ma visite :
  • vous venez de la part de l’archiviste, n’est-ce pas ? Il fait le coup à chaque fois, il dit que sinon les gens ne le croient pas et insistent à n’en plus finir. Alors vous allez voir par vous-même.

Sur ces mots, il m’invite à venir consulter le plan du cadastre sur la grande table. J’ai beau chercher, changer de position pour mieux regarder, me pencher à toucher le document : là où devrait se trouver la maison il n’y a rien, terrain non construit.
  • Si vous n’y croyez pas, me dit-il, venez jusqu’à mon bureau, je vais vous montrer sur Google, les nouvelles vues-satellite que l’on vient de recevoir. Là, vous voyez ? Il n’y a rien ! Niet, pas de maison : cette maison n’est pas hantée, c’est une maison-fantôme ! Elle n’apparait  sur aucune photo, vous pourrez essayer par vous-même vous verrez bien ou plutôt vous ne verrez rien. Et ce n’est pas notre problème, vous me dites qu’il y a une
     
     


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Dan.L
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Message Posté le : Ven 25 Sep - 16:20 (2015)    Sujet du message : La Maison Répondre en citant

maison, moi je vous demande de m’en apporter la preuve. Donnez-moi le nom du propriétaire, des locataires, apportez –moi une photo, une quittance de loyer, ce que vous voulez qu’on puisse les imposer au titre de la taxe foncière. Pour nous, il n’y a pas de terrain entre les deux propriétés comme vous pouvez vous en rendre compte l’une porte le numéro 102, en face c’est le 103 et la suivante en montant après le 102 c’est le 104, rien de particulier. Et votre baraque, tout le monde ne la voit pas c’est un mirage, un effet d’optique je vous dis. Pendant un temps les journaux locaux en ont parlé, il y a même un journaliste qui s’est déplacé de Paris et puis un chasseur de fantôme aussi. Figurez-vous qu’aucun d’entr’eux n’a vu la maison. Quant à ceux qui auraient passé la nuit dedans, je ne vous dis même pas ce que j’en pense.
  • Mais pourtant l’archiviste l’a vue cette maison. Il a rencontré certaines personnes qui sont entrées.
  • Je vous dis, moi que la maison n’existe pas et qu’il fait partie de ces hurluberlus qui ont des visions, des poètes et des farfelus et si vous la voyez c’est que vous êtes aussi dingue que lui !


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Dan.L
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Message Posté le : Mar 7 Juin - 22:23 (2016)    Sujet du message : La Maison Répondre en citant

Je suis sorti de la mairie, tout tourneboulé. Ce type, n’a rien à gagner à se foutre de moi. Il n’a pas pu truquer le cadastre, les vues-satellite et tout çà !
Le lendemain, je suis encore passé à pied devant la maison. Les volets étaient ouverts et les fenêtres fermées. Je suis resté un moment devant sans toutefois quitter le petit chemin tracé dans la contre-allée. J’ai changé plusieurs fois de place pour me rendre compte. J’ai scruté à m’en décoller les rétines pour essayer de voir en transparence au travers de la maison. Sa densité m’a paru normale, celle d’une maison ordinaire faite de briques et de pierres normales. Dans le jardin, il n’y a rien à part l’herbe jaunie. Je me fis la réflexion, qu’il n’y avait pas d’oiseaux dans ce jardin. Il n’y avait pas d’arbre non plus, pas d’endroit où faire son nid. Je continuais mon chemin et vaquais à mes occupations du jour. Quand je repassais le soir, les volets étaient fermés. Je m’approchais un peu plus, et m’enhardis à toucher le portail métallique qui résista quand je tournais doucement la poignée.
 
 
 
Fermé à clé sans doute. J’en étais bien content, je n’avais pas l’intention d’entrer, juste de la curiosité. Je m’attendais, en fait à ce que ma main passe à travers le métal, un peu comme dans les dessins animés où le héros voit les fantômes traverser les murs. Rien de tout çà : le contact froid et normal du métal. Juste un souffle de vent glacial au moment où je posais ma main. Sans doute le hasard, nous étions en hiver et il blanc- gelait certains matins.
Durant trois jours, je restais chez moi à travailler sur un manuscrit que je devais rendre à mon éditeur le mois précédent et qui était encore en souffrance.
Quand je repris la route, le matin du quatrième jour, il faisait encore nuit. En passant devant la maison, je vis que les volets étaient encore fermés mais chose intrigante, la lumière filtrait entre les lattes des persiennes. L’employé de la mairie m’avait certifié que la maison ne pouvait pas avoir l’électricité puisque de fait elle n’existait pas. C’était pourtant une lumière crue, vive et nette et non une lueur vacillante comme celles des bougies ou des torches. Je continuais mon chemin, de toute façon la grille était fermée et trop haute pour être enjambée et puis je n’avais pas le temps.
Le soir, le portail était ouvert, grand ouvert. Je restais devant à bonne distance. Les volets étaient fermés, il n’y avait pas de lumière. Seul, un chuchotement  confus comme le bruit de la pluie dans les feuillages, les matins d’été. Pendant un temps qui me sembla infini, mon sang s’est arrêté de circuler dans mes veines. Mes jambes et tout mon corps étaient bloqués, incapables de faire un pas. Je ne pouvais ni continuer mon chemin, ni entrer dans le jardin qui s’offrait devant moi. La pluie se mit à tomber, les volets se mirent à claquer et je détalais comme un fou sans regarder derrière. Je passais une nuit épouvantable. Tantôt, je me reprochais ma couardise et regrettais d’avoir raté pareille occasion ; tantôt, la peur me vrillait à nouveau les tripes et j’étais pris de convulsions.
J’attendis que le jour se lève pour partir. Il pleuvait encore et lorsque j’arrivais devant la maison, je vis que le portillon  était toujours ouvert.
 
 
 
 
 
 Il allait et venait sous l’effet du vent encore violent, un vent froid venant du nord-ouest. Je continuais mon chemin sans m’arrêter. Ce portail pouvait bien battre autant qu’il le voulait, battre sans se cogner aux montants de métal, battre sans un grincement, sans un bruit, je n’avais pas l’intention de m’arrêter, pas l’intention de répondre aux avances de ce portail qui m’invitait à entrer en s’ouvrant devant moi.
Ce jour-là, ma cliente dormait. L’infirmier de nuit avait déjà préparé son sac et lavé sa tasse dans l’évier. Il lui avait aussi administré un sédatif avant de partir, cela durerait ce que cela durerait. Nous savions lui et moi que ce n’était plus qu’une question de jours, peut-être même d’heures. Je me servis un grand bol de café encore chaud avec deux sucres. Mon bol à la main,  je retournais dans la chambre et préparais le livre que je lisais à haute voix pour distraire ma cliente. Je passais une heure au moins à rêvasser avant qu’elle ne s’éveille.
-      Est-ce que vous êtes entré ?
 La question me fit l’effet d’un coup de fouet. Je regardais avec surprise cette pauvre chose qui, le plus souvent à présent n’était que douleur et que seule la science maintenait en vie.
-      Est-ce que vous les avez vues ?
Je ne savais pas quoi répondre et puis avec la morphine à si haute dose, je ne pouvais pas être certain. Ses yeux brillaient d’un éclat inhabituel.
-      Je sais que vous pouvez les voir.
-      Les voir ?
-      Oui, je suis sûre que vous en faites partie… De ceux qui peuvent voir, qui sont assez attentifs, assez réceptifs pour saisir le temps hors du temps où se réfugient les âmes qui souffrent. Il y a des lieux où elles viennent hurler leur désespoir et leur effroi avant le grand départ. Des lieux où elles ont un aperçu de ce qu’il advient d’elles. Je sais que vous savez.
 
 
 
Je la regardais sans oser comprendre. Je n’osais pas m’approcher d’elle pour redresser son corps frêle qui glissait sur l’oreiller. D’un battement de cil, elle me demanda son verre d’eau. Je lui apportais. Elle retint doucement mon geste et ferma les yeux un moment. Elle me tenait toujours la main. Elle murmura :
-      J’y étais allée vous savez. Je les avais écoutées pleurer et se lamenter. Regretter leurs vies. Elles m’ont montré ma propre mort et je sais où je vais.
Son bras retomba. Je passais dans la cuisine et appelais le SAMU. 
Je rentrais chez moi, plus tôt ce jour-là. En descendant la côte, je vis de loin que la maison n’était pas là. Il n’y avait rien entre le 102 et le 104, juste une clôture de grillage bien haute doublée de thuyas énormes.
Je rentrais chez moi. Les jours suivants, je finis d’écrire et m’enquis d’un nouveau travail.
 
 
 


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Message Posté le : Aujourd’hui à 18:45 (2017)    Sujet du message : La Maison

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