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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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résultats du concours 2015
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 24 Mar - 10:36 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

Des nouvelles du Concours:




Les manuscrits ont étés remis aux membres du jury la semaine dernière.
Ils ont jusqu'au 9 Avril pour donner leur avis.
Une réunion de concertation aura lieu le 9 Avril au soir et les résultats seront sur le forum à partir du 10 Avril.


Le jury est composé de:


Un éditeur: Ch. de Vaublanc
Une directrice de médiathèque: Ch. Urvoas
Une journaliste: Fr. Schnerb
Un professeur de Lettres Classiques: JP Le Blond
Une bibliothécaire: Fr. Rousseau









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Message Posté le : Mar 24 Mar - 10:36 (2015)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Ven 10 Avr - 10:21 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

J'ai le plaisir de vous annoncer que la lauréate de notre concours 2015 est:


Marie Paule Charles
avec une nouvelle intitulée "New Vénus"


La remise du Trophée aura lieu 
LUNDI 8 JUIN à 17h30
à la bibbliothèque de La rivière Saint Sauveur


Dernière édition par Dan.L le Lun 18 Mai - 16:31 (2015); édité 2 fois
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Dan.L
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Message Posté le : Dim 19 Avr - 17:03 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

Deuxième : Daniel Vachon 
Avec  "Frustration?"


Troisième: Martine Ferachou
Avec  " La Passerelle"


Quatrième: Alain Tardiveau
Avec "La Petite Parisienne"


Cinquième: Daniele Dufau
Avec "Panne de Courant"


Sixième: François Aussanaire
Avec "Métro, Baie d'Audierne"







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Dan.L
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Message Posté le : Dim 19 Avr - 17:06 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

New Vénus
Personne ne l’a vu. Personne ne l’a entendu. Il avait dû marcher en silence le long de la plage. Cette nuit-là, la mer était basse. La plage était dégagée. Il était seul, sans doute. C’était une nuit de pleine lune. Le phare rouge et le phare vert dressés à l’entrée de la jetée faisaient de l’œil à la lune, indifférente.
 
Personne n’a jamais su qui il était, ni comment il avait réussi à faire ce qu’il a fait ni pourquoi il l’avait fait jusqu’à ce que...  Ce qu’il avait réussi en une seule nuit et sans doute même en quelques heures était inconcevable. À la limite de l’imagination. Les hypothèses les plus extravagantes ont été avancées. Certains ont fait courir le bruit qu’une équipe d’extraterrestres en était l’auteur.  D’autres ont parlé d’une action originale initiée par des écologistes. D’autres encore ont déclaré reconnaître à l’évidence la marque d’adeptes de l’anti-consommation. D’autres ont affirmé qu’il s’agissait d’un canular initié par une ou même plusieurs bandes d’étudiants. Ce qui a été réalisé était beau pour certains, hideux pour d’autres. Pour tous, policiers, enquêteurs, conseillers municipaux, résidents, vacanciers, le mystère est resté entier pendant plusieurs mois.
 
Personne ne l’a vu. Personne ne l’a entendu. Il n’avait  laissé aucune trace. Pas d’empreintes de pas sur le sable. Pas de mégots de cigarettes. Pas d’objets, pas d’outils oubliés par erreur, par inadvertance ou par précipitation. Je dis « il » car jamais personne n’a avancé l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’une femme.
 
Dans le calme des premières heures du matin, Monsieur Le professeur, que j’appellerai par la suite, le professeur, avait pris l’habitude de se promener en compagnie de son chien. Je dois préciser une très jolie chienne. C’était la seule compagnie qui lui restait depuis la disparition de sa femme bien-aimée. Le professeur aimait laisser couler le temps en rêvant à son bonheur passé. La plage déserte les enchantait, lui et  sa chienne.  Or, ce jour-là,  sa chienne eut un comportement inattendu. La chienne l’eut-elle  à peine quitté qu’elle revenait vers lui et, manifestement, essayait d’attirer son attention. Le professeur accéléra le pas, écarquilla les yeux en découvrant l’inimaginable. « Nom de Dieu » laissa-t-il échapper, non sans une certaine admiration.
 
Que dire ? Que faire ? Il se trouvait devant une « chose » monumentale toute en hauteur. qu’il estima à plus de 3 mètres. Il tournait tout autour de la « chose » qui s’imposait comme un assemblage équilibré et délirant de roues d’automobiles, de portières, de pare-brise, de phares, de pare-chocs chromés, rutilants. 
Le soleil  levant inondait la « chose » de lumière. Une sculpture ? En faisant quelques pas vers la rue, il constata que les trois autos habituellement garées face à la plage avaient disparu. On avait disposé à même le sol les trois  plaques minéralogiques d’une manière que le professeur jugea équilibrée voire artistique. La signature de l’artiste inconnu ?
 
Le professeur ne pouvait garder pour lui seul l’existence de la « chose ». Il lui fallait alerter les autorités compétentes. Il jugea que le mieux était d’appeler le  commissaire de police. Le  commissaire, depuis longtemps son partenaire de bridge, était un homme sympathique qui n’appréciait pas toujours le caractère souvent trop imaginatif et impulsif du professeur. Le commissaire totalement incrédule accepta de lui envoyer un jeune inspecteur  alors que, lui-même, refusait de se déranger.
La  promenade du bord de mer s’anima rapidement. Les passants exprimaient leur incrédulité. Le jeune inspecteur rappela le commissaire qui, arrivé sur les lieux, dut se rendre à l’évidence et admettre l’incroyable. Non, le professeur n’avait pas d’hallucinations. Une « chose » monumentale jamais vue s’élevait sur la plage, juste en face du bar le plus fréquenté. Il fallait immédiatement mettre en place un périmètre de sécurité.  Appeler les pompiers. Vérifier qu’une bombe n’était pas logée au sein de la « chose ». L’irrémédiable pouvait, à chaque instant, se produire.
 
Toutes les précautions furent prises. Non, la « chose » n’était pas dangereuse. Les passants pouvaient l’admirer sans réserve tout en respectant une distance minimale indiquée par un cordon rouge.
 
Le maire accompagné de sa compagne, responsable de l’Office de Tourisme. était arrivé aussi vite que possible.
 
La foule des curieux grossissait. Le journal local demandait la primeur de l’information, prenait  photos sur photos. Voulait savoir ce que la ville comptait faire. La « chose » était un phénomène, une attraction source, à l’évidence, d’un nouveau tourisme et donc de nouvelles richesses pour la cité balnéaire dont on avait récemment déploré les difficultés financières.
 
Le maire qui, avec la rapidité de l’éclair, avait compris l’intérêt de la « chose » pour la ville répondit avec aisance à la presse.
 
L’enquête de police n’aboutissait pas alors même que les plaques minéralogiques laissées sur la place de chacune des voitures transformées en  la « chose » comme elle était désormais communément nommée ne servirent à rien. Il n’existait aucune immatriculation correspondante.
 
Une piste fortuite parut se dessiner lorsqu’un homme, Monsieur Louis, se présenta désemparé au commissariat. Il expliqua que, depuis la construction de la « chose », son compte bancaire n’enregistrait plus les virements habituels. En effet, précisa-t-il, il percevait une rémunération régulière pour un travail qui comportait une double mission : payer régulièrement le stationnement des trois automobiles et les entretenir.  Les carrosseries rutilaient de propreté et cet entretien soigné était son oeuvre. Le commissaire lui conseilla sur un ton que Monsieur Louis jugea désinvolte de s’adresser au bureau de placement de la mairie.
 
Monsieur Louis décida de surveiller de manière régulière la « chose. La brillance des parties chromées, la luminosité des parties vitrées, tant admirées par les promeneurs étaient en quelque sorte le fruit de son travail. La « chose » était un peu son œuvre.
 
Il remarqua que la « chose » attirait des visiteurs cultivés avec lesquels il prit plaisir à discuter. Il  enrichit ainsi ses connaissances en matière d’art et de sculpture avec le professeur des arts appliqués du lycée et un critique d’art très connu. D’autres échanges lui permirent de savoir qu’une telle œuvre avait nécessité de calculer l’équilibre des différentes masses. Un mathématicien passionné de cosmographie lui fit observer que seul le résultat d’équations complexes avait pu réussir à magnifier la  « chose ». En effet, la « chose » était mise en valeur  alternativement  par les rayons du soleil levant, du soleil couchant et, certaines nuits, par la pleine lune.
Monsieur Louis apprit que cette construction qu’il avait de lui-même qualifiée d’harmonieuse résultait du respect du nombre d’or. Si l’un des auditeurs lui demandait s’il en connaissait la valeur, il répondait en souriant : « les Égyptiens lui ont donné la valeur de 1,614. »  Il se plaisait à  préciser que Léonard de Vinci l’avait utilisé comme, plus près de nous, Le Corbusier, l’architecte bien connu.
 
Enrichi de toutes ces connaissances, Monsieur Louis demanda un rendez-vous au maire lui-même. Déçu d’être reçu par l’adjoint au maire chargé de la culture, il proposa de créer un poste de guide – commentateur qui lui serait réservé. À sa grande surprise, cette proposition reçut un agrément chaleureux. La « chose » attirait des touristes toujours plus nombreux. Organiser des visites, canaliser les curieux, proposer des conférences s’inscrivaient désormais tout naturellement dans la politique culturelle de la station balnéaire. Monsieur Louis obtint satisfaction. Il était évident que les recettes dues aux visites et conférences permettraient de rentabiliser son poste.
 
Monsieur Louis établit un programme : commentaires sur place toutes les deux heures à partir de 10H jusqu’à 18H, les mercredi, samedi et dimanche. Les autres jours, une demande spécifique  était nécessaire. En cas de mauvais temps, les explications auraient lieu dans une salle du casino situé au bord de la plage. Le succès fut immédiat alors même que la saison n’avait pas encore commencé.
 
Le professeur s’attachait de plus en plus à la chose tandis que le maire  et le directeur de l’hôtel de la Plage se réjouissaient de l’ampleur prise par le tourisme. La dynamique de la création comme le soulignait le professeur qui, comme chacun le savait, avait été un éminent professeur de lettres et d’histoire de l’art à l’université, avait enclenché un renouveau de vie dans la paisible station balnéaire. La « chose » inexpliquée et peut-être même parce qu’elle était inexpliquée et inexplicable s’avérait être une étonnante source de vie.
 
Cependant plusieurs questions restaient non résolues : Qui ? Pourquoi ?
Le commissaire de police avait l’impression d’être volontairement entraîné sur de fausses pistes. Cette énigme, dût- il y mettre le temps,  il la résoudrait.
 
La directrice de l’Office du Tourisme proposa de consacrer une double page à la
« chose»  dans la brochure de la nouvelle saison mais, à son avis, il ne pouvait être question d’attirer les estivants en présentant cette curiosité, pardon cette œuvre, en l’appelant la « chose ». Que suggérait-elle,  lui demanda  le maire. Il fallait lui trouver un nom. Avait-elle une idée ? Oui. Il convenait de lancer un concours. Le maire se félicitait chaque jour davantage d’avoir pour compagne une femme aussi créative d’autant qu’elle avait le bon goût de fermer les yeux sur ses infidélités.
 
Le concours eut un succès retentissant. Une seule question était posée après un court texte de présentation :
 
« En une nuit, sur la plage de notre station balnéaire, ont été assemblés divers éléments de 3 automobiles de collection des années 1950/60, sur près de 3m de haut. Particularités : technique d’assemblage inconnue – paraît servir de miroir alternativement au soleil levant et au soleil couchant- se transforme en une coulée de lumière blanche sous l’effet de la pleine lune. »
Quel nom donneriez-vous à la « CHOSE » ?
Une seule réponse possible par candidat
Concours ouvert à tous 

Réponse exigée sous huitaine
Un seul prix : un week-end pour 2 personnes à l’hôtel de le Plage
 
Après la clôture du concours, le bridge du jeudi fut remplacé par une réunion exceptionnelle pour examiner les réponses et désigner le gagnant.
 
Le maire et sa compagne excitée par l’intérêt suscité par le concours, intérêt dont elle se considérait être à l’origine, étaient présents. Le professeur n’aurait pour rien au monde renoncer au plaisir de rencontrer le commissaire de police, son partenaire de bridge. Le directeur de l’hôtel de la Plage, remplaçant au bridge, était d’autant plus indispensable que le seul et unique prix du concours était un séjour d’un week-end pour 2 personnes dans son hôtel.
 
Après élimination des aberrations, absurdités ou grossièretés, le jury arrêta une liste d’une vingtaine de dénominations. Chacune d’entre elles avait du sens, du charme, de l’inventivité, de la créativité. La liste d’expressions qui suit occupa les cinq décideurs jusqu’à une heure avancée de la nuit. Comme j’ai eu accès à cette liste, je vous la livre :
Rêve tranchant – Suspension technologique – Fin d’art – Dysharmonie – Dictature technologique – Totale absurdité – Absurdité technologique – Ambition – Délire technologique – Technologia  song – Sculptura  futura – Horror – Rêve spatial –Polyphonie muette – Oubli – New Vénus – Art & Technologie – Énigme – Songes d’avenir – Hymne à l’automobile – Adieu à la sur- consommation – Destroyed cars – Art rebelle –
 
Après des échanges animés, quatre appellations demeurèrent en lice : Technologia song – Sculptura futura -  Énigme – New Vénus.
 
Le maire hésitait entre Sculptura futura et New Vénus. Il expliqua son point de vue. Sa ville, c’est-à-dire notre ville, doit être magnifiée par cette œuvre. Son nom doit attirer sans arrogance et s’inscrire tout naturellement dans l’évolution de l’art. Si son élaboration reste un mystère, aujourd’hui, elle représente un patrimoine qui symbolise notre force, notre vitalité  et notre confiance en l’avenir.
 
Le professeur parla d’un ton mesuré et convaincu en homme de lettres et de culture. Il se plut à  rappeler que Vénus était une ancienne déesse de charme magique. Certaines Vénus, ajouta-t-il, pouvaient être dotées de caractéristiques particulières. Ainsi, précisa-t-il  et, c’était pour lui un argument déterminant, César avait fait de Vénus sa protectrice. Cette « chose » ainsi dénommée jusqu’à présent, ne s’était-elle pas révélée comme la protectrice de notre station balnéaire ? Elle nous a donné un nouvel élan économique, aiguisé notre curiosité pour les arts et renforcé nos liens sociaux. Les arguments du professeur soutenaient le discours du maire. 
 
La directrice de l’Office de Tourisme fit part de son indécision. Sculptura futura ou New Vénus ? Le commissaire se demandait si, dans la liste des noms proposés, ne se dissimulait pas un indice difficile à déceler.  Le directeur de l’hôtel se rangea du côté du professeur et du maire. Au petit matin, ils sortirent sur la plage pour admirer la « chose » éclairée par le soleil levant. Sa beauté féminine les frappa. Ils murmurèrent en chœur : « New Vénus ».
 
Dans la journée, la directrice de l’Office de Tourisme fit part à chacun d’un problème imprévu : deux participants avaient proposé New Vénus. L’un était un étudiant en histoire de l’art dont les parents résidaient dans la station balnéaire. C’était une aubaine. L’autre se présentait comme une anglaise,  Mrs Palmer, domiciliée dans la jolie petite ville de Truro en Angleterre.
 
Le commissaire se mit aussitôt en quête pour en savoir plus sur Mrs Palmers. Lors de la réunion de jeudi dernier, il avait peu parlé. Il s’était concentré sur les quelques éléments qui pouvaient ou devraient, pensait-il, l’amener à résoudre l’énigme de l’édification inattendue et brutale de cette « chose » qu’on appellerait désormais New Vénus. Il avait noté les points suivants. La « chose » avait été  construite par une nuit de pleine lune sans bruit, sans attirer l’attention. Comment ? Pourquoi ? Elle avait été découverte au matin par le professeur, le premier promeneur sur la plage. La recherche des plaques d’immatriculation des trois automobiles qui avaient été utilisées  n’avait pas abouti. Enfin, aucune plainte n’avait été déposée pour vol et destruction de trois voitures de collection. De plus, les services de police avaient découvert que Mrs Palmer n’existait pas ou plus.
Une certaine Mrs Palmer avait bien habité Truro mais elle était morte l’année dernière. La police de Truro croyait savoir qu’elle avait un neveu ou un cousin en France mais on ne l’avait jamais vu à Truro. Palmer. Palmer. Le commissaire tapotait son bureau du bout des doigts. Palmer ! Anagramme de Marple. C’était amusant mais n’avançait à rien. Ne se moquait-on pas de lui ? 
 
La compagne du maire se chargea avec les équipes de la mairie de préparer la cérémonie de remise du prix du concours couplée avec l’inauguration de la plaque accolée au pied de la sculpture.
 
Après avoir découvert la plaque sur laquelle avait été gravée : New Vénus - 2044 - Œuvre d’un inconnu,  le maire fit un discours magnifique. L’étudiant lauréat du concours resplendissait de bonheur. Il remercia chaleureusement l’ensemble des membres du jury. Le commissaire de police continuait de réfléchir.
 
Au début de l’automne lorsque les touristes se firent moins nombreux, Monsieur Louis prit l’habitude de marcher tôt le matin le long de la plage. Il n’était pas rare qu’il rencontrât le professeur. Ils prirent plaisir à discuter ensemble en prenant un café comme l’auraient fait deux amis de longue date. Or un matin, d’après ce que j’ai pu apprendre, Monsieur Louis entendit comme un gémissement qui semblait provenir de New Vénus. Monsieur Louis crut que ce crissement plaintif s’expliquait par la brise de mer. Mais il n’y avait pas de vent. Il n’y avait pas de vagues. Il s’avança.  La jolie petite chienne lançait un cri plaintif. Le professeur gisait sans vie au pied de New Vénus, le visage détendu, presque heureux. Il s’autorisa à prendre une seule initiative. Il appela le commissaire de police.
 
Dès son arrivée, le commissaire comprit qu’il venait de perdre un ami très proche et essuya discrètement une larme. Le professeur était si gai, si fougueux dans ses annonces de bridge. Ses réflexes professionnels l’incitèrent à examiner les poches du professeur. Il trouva une enveloppe adressée « À mes amis, le Commissaire de police, le Maire de notre station balnéaire, la Directrice de l’Office de Tourisme, le Directeur de l’hôtel de la Plage » + Monsieur Louis.
Monsieur Louis avait été ajouté à la main.
 
J’ai pu prendre connaissance du contenu de cette lettre.
 
« À vous mes chers amis,
 
Vous vous souvenez certainement combien j’ai été affecté par la perte de ma femme, voici un peu plus de 3 ans. Votre amitié m’a soutenu.
C’est à ce moment-là que j’ai retrouvé trois des petites voitures Dinky Toys avec lesquelles j’avais joué enfant, une 203 noire, une Versailles crème et une mini anglaise verte. Jamais je n’avais eu les moyens d’acheter les vrais modèles. Mais en fin de carrière, j’ai voulu me faire plaisir. J’ai réussi  à me les procurer. Pour les admirer à l’aise, j’ai eu l’idée de louer trois places de parking près de la plage et d’en confier la garde et l’entretien à Monsieur Louis. Lui et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. Nous partageons de nombreux souvenirs.
Au fur et à mesure que les saisons touristiques passaient, il m’a semblé, et notre maire ne me contredira pas, que notre station balnéaire était délaissée au profit des stations voisines. J’ai décidé de faire quelque chose et j’ai dû réfléchir longtemps avant d’avoir une idée.
Comme je continuais à donner des conférences à l’université, j’ai réuni un groupe d’étudiants de diverses disciplines et leur ai proposé un projet extravagant qui les a enchantés. Après une préparation de plusieurs semaines au cours desquelles nous avons fait des calculs complexes, réalisé des simulations, nous avons choisi de mettre notre projet à exécution par une nuit de pleine lune avec marée basse et sans vent.
En quelques heures, nous avons réalisé New Vénus.
Je me suis réjoui de vivre l’excitation suscitée par cette œuvre et suis surtout heureux d’avoir réussi à donner un nouveau dynamisme à notre si jolie station balnéaire.
Une parenthèse pour toi, mon ami le commissaire. Les numéros minéralogiques étaient fictifs. Ils correspondent aux numéros de mes petites voitures. J’ai aussi voulu t’égarer avec Mrs Palmer qui est une cousine éloignée avec laquelle j’avais passé des vacances à Truro à l’âge de 12/13 ans. J’avais appris son décès l’année dernière.
Je voudrais adresser mes félicitations à toi, notre maire qui administre notre commune avec brio et à toi, notre directrice de l’Office de Tourisme dont je salue l’enthousiasme et la créativité. Merci à toi aussi le directeur du charmant hôtel de la Plage.
J’ai bâti ce projet parce que je me savais condamné à brève échéance. Je ne voulais pas partir sans vous laisser quelque chose de moi. C’est New Vénus.
Merci à vous tous.
Longue vie à notre station.
PS  Un merci tout spécial  à Monsieur Louis à qui je confie ma jolie chienne. 
 

Le commissaire ne put que murmurer : quel homme !quel ami ! 


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Dan.L
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Message Posté le : Dim 19 Avr - 17:09 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

Frustration ?


FRUSTRATION ? Des crimes presque parfaits


























J'habite un petit village à quelques lieues d'Honfleur. Il y a plus de douze ans, une série d'accidents mortels se sont produits au même endroit, sans que personne n'en connaisse vraiment la cause. Cette énigme non résolue enveloppa le bourg d'une aura mystérieuse.
A la suite d'une circonstance incroyable, je suis désormais le seul à connaître l'atroce vérité. Et, elle me fait peur.


Gonneville, hiver 1998. Ce vendredi là, un froid glacial balayait la vallée et la route miroitait sous les premières gelées. Jean, aussi bon sportif que musicien, était en retard pour son entraînement de fin de semaine, à Honfleur. Il maugréait contre sa mère repassant tranquillement son kimono, qu'il jeta impatiemment dans son sac. Il couru prendre la voiture du père et s'enfonça dans la demi-obscurité, côte Maillard. Aux poubelles, il négligea le stop, vira à droite et s'élança dans la descente, évitant avec adresse les sinuosités de la route. Il roulait vite. Il parvint à passer le premier coude, en face du lavoir du Canet, mais la voiture, déportée sur la gauche dans le deuxième virage, vint s'écraser sur un arbre qui ne lui laissa aucune chance.


Ce fut la stupeur générale dans la petite commune, surprise par la mort d'un de ses jeunes.. Jean y était aimé pour sa gentillesse et son dévouement. L'étonnement des uns et l'incrédulité des autres montraient à quel point il était apprécié ici et alentours.


La famille, prévoyante, préféra Honfleur pour la cérémonie. Bien lui en prit, car une foule considérable envahit la belle église en bois, pour lui rendre un dernier hommage. On avait rarement vu autant de monde de tous milieux et de toutes conditions. Bien sûr, les sportifs et les musiciens étaient les plus concernés, mais tous les représentants d'associations, les édiles, les commerçants, des journalistes, et même ceux qui ne le connaissaient pas, mus par la curiosité parfois malsaine des témoins, étaient présents.
Sainte Catherine était déjà décorée pour Noël. Partout sur les piques, des bougies et des cierges brûlaient face à la Vierge et aux Saints Patrons. La rencontre de cette future naissance et de ce présent mort, donnait à ce rite un caractère très particulier, que le vieux curé utilisa habilement dans son sermon, parlant de renaissance promise à chacun..
Le chagrin et la tristesse avaient peu à peu fait place à la compassion, grandie par les chants d'une chorale magnifiée par des voix envoûtantes, complétés par un orgue d'une spiritualité puissante, de sorte que tous les participants étaient transportés à l'unisson devant ce petit cercueil débordant de fleurs.
L'évocation de la vie de Jean par ses « potes » fit à nouveau sortir les mouchoirs. On entendait partout des pleurs s'exprimer. On voyait partout des mains se porter discrètement aux yeux et des silences troublés par quelques soubresauts d'habits noirs. Chacun communiait ainsi à la peine de l'autre... L'encens répandu dans le choeur accueillit une longue fidélité d'amis qui bénirent le cercueil, repensant sans doute aux moments privilégiés partagés avec le défunt, revenant vite à la réalité par l'envolée d'une toccata tonitruante.

A la sortie, on aurait dit que nos afflictions personnelles et nos sentiments collectifs, s'étaient transformés en un certain bonheur, presque une béatitude d'avoir pu, pendant un instant unique, magique même, ressentir ensemble l'émotion vraie des hommes.

Jean a été enterré dans le cimetière de Gonneville. La foule avait suivi, transie par une brise de mer qui s'était levée, comme les cols des manteaux. Chacun avait trouvé sa place parmi les tombes et tendait l'oreille au prêtre dont les prières s'envolaient parfois au gré du vent. Puis, ce fut le moment pénible où les fleurs jetées une à une, comme un rappel direct à nos destins futurs, s'accumulèrent sur le bois lisse et la croix argentée, dans la froideur de la terre.
Les parents, très catholiques, alignés au bord du trou, la face aussi rougie par l'émotion que par le froid, remercièrent les assistants de leur présence réconfortante. Une dernière bénédiction, puis ce fut une longue procession parmi les tombes, qui s'arrêtant rapidement devant la photo d'un ami disparu, qui redressant un pot de fleur tombé sur le gravier, qui entamant une conversation avec un collègue visiblement frigorifié, et pressé de retrouver l'habitacle chaud de sa voiture. Les portières claquèrent entre les énormes troncs de l'allée des platanes, et le silence se fit peu à peu. Seul le bruissement des feuilles dans les arbres semblait encore dire adieu au jeune défunt...




Quatre ans plus tard, les commerçants se frottaient les mains: les habitants et les touristes mélangeaient toujours ces nouveaux euros, qu'ils convertissaient de suite en francs, avec des succès divers. La vie était devenue incontestablement plus chère, et entrait dans tous les sujets de conversations du Merle Blanc, célèbre restaurant de Gonneville. L'endroit était accueillant et chaleureux. Les artisans du coin, les ouvriers et même des notables, venaient goûter aux plaisanteries de la patronne et aux succulents plats de son mari.
André, agent commercial respecté, participait à la fête du midi avec un régal non dissimulé. Il avait le verbe haut, la fourchette fournie et les verres toujours pleins. C'était un bon vivant. Il mourut dix minutes après son déjeuner habituel, un jeudi 4 Avril.
Le lendemain, les discussions avaient changé de nature et les habitués parlaient bas. On s'échangeait des informations à peine croyables:
  • Vous êtes sûr?

[*]Oui, oui,exactement au même endroit!
[*]Vous êtes vraiment sûr?
[*]Mais puisque j'vous l'dis. Pareil que Jean. Même virage. Même arbre!

C'est toujours la consternation quand la mort frappe un ami. On sentait tous les visages tendus vers ceux qui auraient pu connaître les faits, mais à vrai dire, on ne savait rien du pourquoi et du comment, c'était comme ça, c'est tout. Quelques rumeurs d'alcool avaient été vite étouffées, pour la réputation du lieu, la mémoire d'André ou les peurs rétrospectives de leurs addictions personnelles...Et pendant quelques temps, la clientèle déserta.




Un an s'était à peine écoulé que Mr. Charles Henry De Ranville, directeur d'une importante usine du secteur, se tuait à son tour sur le même lieu, au volant d'une superbe automobile noire aux vitres teintées.
Sa femme, prévenue par son amie députée, fut heureuse de constater qu'il était, pour une fois sans chauffeur, seul dans sa voiture, lui évitant ainsi de scabreuses explications.
Puis, ce fut le branle-bas général: les maires de Gonneville et d'Honfleur, la gendarmerie, la police et le sous-préfet, vinrent sur place constater l'accident. Ce n'était qu'un amas de tôles broyées sur un tronc de chêne déjà bien lacéré. Entouré de fonctionnaires cravatés aux discours emphatiques et péremptoires, des képis méticuleux relevaient les moindres traces de pneus, les moindres accessoires éparses, même les moindres mégots jetés. Le commissaire, circonspect à leur vue, attendait les ordres.
Des journalistes et des photographes, affairés auprès des autorités, feront le lendemain les choux gras des «Unes» régionales.
Plus loin, une barrière de sécurité coupait la route, pour éviter la ruée des badauds. Ici, les commentaires allaient bon train, vachards ou respectueux, mais tous interrogatifs. Et là-bas on s'activait, agenda en main, pour trouver une réunion, une commission mixte qui chercherait une solution au problème car une route, si elle est une entité propre, est gérée par différents services, parfois en de vives confrontations. De plus, trois morts sur le même site étaient absolument inacceptables au regard des chiffres de la Prévention Routière et commençaient à peser officiellement dans les bureaux dorés de la préfecture qui perdait, en outre, un bienfaiteur zélé...
Pour ma part, je dressai l'oreille avec insistance lorsqu'on évoqua sur place, la possibilité de couper le virage et sacrifier la maison blanche qui s'y trouvait. Je venais juste d'acheter cette demeure!




Un mois plus tard, le pauvre arbre, bourreau et victime involontaire, était encore frappé. Un seul regard me suffit pour voir, par la fenêtre ouverte, le résultat d'une énorme détonation. De mon nouveau portable, aussi essentiel pour les jeunes que terreur des anciens, j'appelais le SAMU et la police, en courant au devant de l'accidenté.
C'était une scène surréaliste: Une femme nue et provocante était allongée au milieu de la route sur un lit de bitume et de graviers griffés, des ciels pastels, tombés dans l'herbe humide, se perlaient de fines dentelles blanches, un immense porte-container avait sombré dans le fossé plein d'eau. Plus j'avançais, plus je marchais sur des paysages écartelés, des animaux déchiquetés, des toiles ensanglantées, des cimaises et des chevalets enchevêtrés, des pots de peintures éparpillés resplendissant encore dans la clarté du jour finissant, comme un arc-en-ciel brisé en mille morceaux irisés. Couvrant cette exposition contrariée, un klaxon n'arrêtait pas de gémir et me vrillait les oreilles. Curieusement, j'entendis la radio qui marchait encore, sortie des entrailles encore fumantes. Redoutant sans doute la confrontation macabre, mon esprit s'était bloqué sur les rires en cascade qui fusaient d'une foule hilare, quand j'aperçus une partie du corps disloqué, dans la tôle et le verre émietté, comme un Picasso démoniaque....
L'enquête ne donna rien. J'étais le seul témoin, encore ébranlé par le choc visuel. On supposa qu'une toile avait dû se détacher de l'arrière de la camionnette et surprendre le conducteur qui avait fait un écart fatal.
A peine remis de mes émotions, je craignis plus que jamais la menace qui pesait sur mon habitation.




Le lieu devint emblématique des balades dominicales. L'on venait en famille voir «l'endroit», attiré là par les articles de journaux toujours plus nombreux sur cette affaire, qui gonflait formidablement leur chiffre de parutions. Plus les jours passaient, plus ils en rajoutaient. Ils fouillaient la vie des protagonistes jusqu'à l'indécence, et il faut croire que les lecteurs s'ennuyaient ferme dans leurs propres histoires pour souscrire ainsi à celles des autres.


Un parterre de fleurs ceinturait maintenant la stèle de bois meurtrie et quelques bougies, portées par des mains enfantines, firent leurs apparitions, s'accompagnant de prières silencieuses, entravées par les rires des laveurs de voitures, nettoyage bien sûr interdit auprès du vieux lavoir, à quelques pas de là. Souvent, la rencontre des deux groupes était muette. Aux yeux hostiles et réprobateurs des uns répondaient des yeux ironiques et fatalistes des autres, chacun s'en retournant fâché ou amusé par ce jeu de mime.




Puis l'hiver, de nouveau, arriva. Un soir j'entendis un violent coup de frein, ou plutôt un bruit de canard qu'on égorge, suivi de jurons non moins agressifs.
Je vis la grosse masse du père Simon, l'agriculteur le plus populaire du coin, s'extirper difficilement d'un machin plein de boues, sa carcasse engluée dans les sièges élastiques de sa «dodoche». Il vociférait vers la forêt, montrant un poing rageur et déterminé.
A ses côtés, il m'expliqua, encore sous le choc, qu'une personne, toute de noir vêtue, était planté en plein milieu de la chaussée, les bras grands ouverts, comme un épouvantail à moineaux, sans bouger à son approche, et tenant dans sa main droite «un espèce de truc en bois» qu'il n'avait pu définir. Heureusement, ne roulant pas trop vite, il réussit à éviter l'imprudente et pila sec, enfin presque, compte tenu de la vétusté du véhicule! Le temps de sortir, et elle avait disparu derrière un talus...


Ce fut une révélation! Cette fois la police, inactive et impatiente, prit les choses en main, pressée qu'elle était d'en découdre, face à une gendarmerie qu'elle jugeait inefficace et désuète .
Considérant les nouveaux faits, ils transformèrent d'un coup les accidents en actes délibérés, criminels ou suicidaires. Ils envisagèrent alors une autre manière de procéder, et poussèrent leurs investigations plus avant, pour une enquête approfondie ( et enfin sérieuse! ) qui prit une tournure très protectrice.
Dès lors, sur les routes, ce n'était que barrages de C.R.S. armes au poing, avec des mines patibulaires qui scrutaient chaque voiture, dévisageant chaque conducteur comme s'il était un assassin en puissance, battant froid même devant les jolies filles. C'est dire si la guerre était déclarée! Ailleurs, dans des locaux surchauffés, sous les lampes halogènes, des interrogatoires musclés ou psychologiques se succédaient, pour l'instant sans résultat.
Les enfants étaient enchantés de ce remue-ménage qui rassurait les braves gens, mais perturbait la vie sociale des actifs.
Au fil du temps, on trouva l'envahissement un peu trop pesant. A chaque instant, devant l'uniforme sévère, on devait ouvrir les sacs de commissions à la sortie des grandes surfaces, les sacs de voyages au retour d'un périple, les sacs de sports à la sortie d'un stade, attirant alentours des regards inquisiteurs. On recherchait toujours ce fameux truc en bois! Le malaise se propageait peu à peu, et quelques voix, d'abord timides préconisèrent des actions plus mesurées.
- On utilise pas un tank pour écraser une puce ! Entendait-on çà et là...
Mais le commissaire, scotché à la culture du résultat, comme le ministre de l'Intérieur et les vieux instituteurs réunis, insistait toujours avec plus de hargne, soutenu par un préfet mal secondé...


Des heurts contre les jeunes, de plus en plus sérieux, relayés par des anciens soixante-huitards écolos et cyclistes, suivis par des travailleurs harcelés journellement, modifièrent la situation. De plus, les contrôles intempestifs sur les petites routes du bourg rendaient la circulation plus dangereuse, de sorte qu'à la fin tout le monde roulait au pas ou presque. Cette fausse nonchalance, si elle calmait les ardeurs des conducteurs, limitant d'autant les accidents potentiels, créait psychologiquement des tensions et des nervosités dues aux retards professionnels ou aux rendez-vous manqués.

Le conseil municipal réunit alors ses administrés en grande pompe. Le maire, arrivé en retard, vexé d'avoir lui-même été arrêté au stop du Calvaire, fut accueillit par des sifflets réprobateurs. Puis, après un silence précaire, ce fut un brouhaha général, houleux et indescriptible, entrecoupé de rires et de larmes, de peur et de stress, chacun y allant de son vécu et de sa solution...
Les élus locaux, dans leur grande majorité, mirent la pédale douce, sentant le vent tourné. Ils s'accordèrent ainsi un regain de popularité, ce qui est toujours bienvenu à rappeler avant de futures élections. Quelques coups de téléphone adressés aux bons endroits aplanirent la situation.




Puis, les jours passèrent. Puis, les mois. Puis, les années, au grand dam du commissaire et du préfet, qui furent nommés au fin fond de l'Auvergne, aigris et découragés par tant d'ingratitudes. Les effectifs républicains étaient repartis depuis longtemps, vers d'autres affrontements illusoires et démocratiques. Les gendarmes, quant à eux, ne pipaient mot mais n'en pensaient pas moins, comme une petite revanche sur des propos cyniques et dégradants, jetés çà et là dans les commissariats.
Il n'y eut plus d'incident notoire, et l'enquête resta dans les tiroirs. Faute de subventions nouvelles, les réunions de commissions s'étaient espacées, lassées par les discours qui restaient lettres mortes . Les idées restèrent, comme souvent, à l'état de projet.
Je savais à cette heure que ma petite longère était sauvée....




L'an dernier, un proche ami de Paris, atteint d'un cancer incurable, vint finir ses jours dans la propriété familiale, dont il avait hérité. C'était une vieille bâtisse normande en colombages, chaume et soubassement de silex noirs. Située non loin du centre, elle dénotait dans le décor normé d'un lotissement standing. Il en était un peu chagrin, mais sachant ne pas profiter longtemps du quartier, il avait fermé les yeux sur ce qu'il considérait être une faute de goût. C'était un chercheur de talent, curieux de tout, ouvert au monde, vulgarisant simplement des choses compliquées au béotien que j'étais. Comme un signe moqueur du destin, il avait, sa vie durant, chercher un remède à la maladie qui le tenaillait. Malgré tout, il en souriait malicieusement, avec un petit geste fataliste de la main.


Fouineur de nature, il adorait fréquenter les brocantes, les vide-greniers, les antiquaires et il avait amassé un tel trésor de vieilleries, qu'il fallait trouver la place pour les entreposer. C'est ainsi qu'il grimpa au grenier pour en estimer la grandeur. Se faisant, il admira les énormes poutres en chêne qui maintenaient la toiture, des arêtiers plus que centenaires. C'est par la faible lueur d'un chien-assis, qu'il découvrit, dans un coin obscur, une grande boite en osier. L'esprit en alerte, il redescendit tant bien que mal cet objet encombrant. Puis, il prit un thé, prenant volontairement son temps, pour maintenir le plaisir de la découverte, essoufflé aussi par le transport. La serrure ne résista guère au premiers coups de couteau, et il ouvrit religieusement ce qui s'avéra être une vieille malle poussiéreuse patinée par les ans...
Quelques semaines plus tard, il m'invita à déjeuner, me remerciant pour la femme de ménage et cuisinière de surcroît, que je lui avais conseillée. De fait, les meubles parfumés à la cire d'abeille, les tomettes rouges du sol lavées aux pins des Landes et la cheminée pétillante de senteurs ignées, prédisposaient à un salutaire bien-être, accueillant nos corps fatigués dans de larges fauteuils en cuir noir lustré. Je déclinais l'apéritif, lui étant interdit, et pendant le frugal mais délicieux repas, il me raconta son emménagement, ses quelques travaux effectués ici ou là pour son confort, une malle découverte par hasard, la tranquillité du voisinage, ponctuée matin, midi et soir par les cris joyeux des jeunes élèves. Pour ma part, je lui contai par le menu les événements dramatiques qui avait eu lieu près de chez moi, les inquiétudes qui m'avaient porté, les rumeurs et les ragots colportés par gentillesse, qu'il écouta d'une oreille distraite et amusée; puis ce fut une journée de souvenirs partagés jusqu'au soir. Je décidais de m'éclipser discrètement, serrant une main osseuse et molle. Il se leva à peine, m'adressant un au revoir tremblant et un pâle sourire.
Quelques temps plus tard, je reçus des nouvelles alarmantes de l'hôpital du Havre, puis son avis de décès trois jours après.




Il fallait que je sorte de cette spirale mortelle, aggravée par des pluies torrentielles giflant une vallée devenue invisible, éteignant un moral déjà en berne. Je pris donc la direction de l'aéroport et m'envolai vers le soleil. Je restai suffisamment longtemps en terre étrangère pour reprendre les forces qui m'avaient fait défaut et quittai à regret ce coin de paradis, pour retrouver un hiver glacial...




Le courrier, amené par une main diligente, s'amoncelait sur la table.
J'avais omis de préciser le refus de publicité sur la boite aux lettres. La factrice avait scrupuleusement respecté les règles. J'eus honte du sacrifice végétal engendré. J'étais devenu écolo et recyclai illico ces prospectus dans la bouche d'un container, sur la place de la mairie, happant notre gabegie avec délectation...
J'ouvris méticuleusement mes enveloppes depuis qu'un jour j'avais déchiré par mégarde des factures importantes, prémonition sans doute! Le fisc me réclamait encore une part de ma retraite, des amis s'inquiétaient de mes volets clos et quelques invitations festives de la mairie finirent à la poubelle, les dates étant échues. Une dernière missive attira mon attention. Elle émanait d'un notaire m'invitant à son étude, sans autre précision. J'expédiai les affaires courantes en quelques jours, puis je m'y rendis, dans l'expectative. Je fus encore plus intrigué quand il me tendit une enveloppe kraft intitulée à mon nom, souligné d'un trait hésitant. La scène s'était déroulée quasiment sans un mot. Je remerciai, tout surpris de l'accueil.





Rentré à la maison, je tournai et retournai l'enveloppe en tout sens, d'un geste interrogateur. Je plongeai enfin la main dans ce petit mystère, en extirpai deux lettres dissemblables de plusieurs feuillets. Je reconnu tout de suite l'écriture irrégulière et saccadée de Pierre et commençai à m'en attrister, quand il me révéla une information extraordinaire qui me laissa abasourdi et pantois...
Avec beaucoup de tact, il m'exprima d'abord ses souffrances et espérait sa «libération» dans de brefs délais. Puis, il m'encouragea à la médecine préventive, dont il avait toujours été un adepte. Il avait apprécié notre histoire commune: beuveries d'adolescents, recherches d'âmes sœurs, vacances en famille, malheurs d'hommes mûrs, sollicitudes d'anciens trop solitaires... Je découvris un grand sentimental, qu'il avait toujours caché, et regrettai cet ami cher, trop tôt disparu.
Brisant alors ses réflexions, il me fit part d'un secret qui l'avait tourmenté plus que de raison. Revenant à la fameuse malle en osier qu'il avait forcée, il découvrit une multitude de lettres, des cahiers scolaires, des livres, des journaux locaux et quelques babioles... Je ne comprenais toujours pas où il voulait en venir et continuai la lecture:


«...lorsqu'il me restait quelques forces, je m'astreignais à lire ces lettres qui parlaient d'amour, de compréhension, de religion chrétienne, passion et foi mélangées dans une intimité de couple. Leur bonheur me soulageait de mes douleurs. Et puis, ...et puis le drame. Mais je ne peux continuer, tu comprendras et fera ce qu'il faut .


Mais quelle tragédie cachait-elle tant d'inquiètude?





Après la formule émouvante d'un adieu sans retour, je dépliais la deuxième lettre comportant deux feuillets. Sur un papier plus ancien s'étalait une petite écriture fine et nerveuse. En haut et à droite, une date était inscrite et corrigée: 22 Décembre 2008.
Curieusement, il n'y avait pas d'en-tête, comme un journal intime....


Plus la lecture avançait, plus ma gorge se serrait. Je sentais les mots me traverser sans pouvoir les arrêter...Impossible!...A peine croyable!...Des histoires!...Des mensonges!...Mais comment peut-on??!... J'étais dans tous mes états, anéanti, submergé par les confessions car il s'agissait bien de cela. Cette écriture serrée, comme repliée sur elle-même, tapie dans le papier jauni, révélait ses turpitudes et ses horreurs, demandant pardon pour le mal qu'elle avait fait.




Cette vérité, trop neuve, trop brusque, trop dure, me met les nerfs à vifs. Mon cœur bat la chamade. Ma tête explose sur des corps meurtris, disloqués, emportés par la volonté d'une seule personne. Je n'ose encore y croire, mais lisant et relisant tous les détails, il ne subsiste aucun doute:


C'était presque tous des assassinats monstrueux, instruits par la main misérable de la folie, et pour quelle cause, mon dieu, pour quelle cause!!!




Depuis, je ne dors plus, je mange à peine, j'erre dans la maison, à la poursuite de fantômes. Mes rêves sont des cauchemars. Je revois en boucle ce peintre qui hurle avant l'impact, ce visage écrasé dans le reste de l'habitacle dépecé... je n'en peux plus. Je suis harassé de fatigue, mort quelque part avec ces gens. Et je suis maintenant le seul dépositaire, le seul héritier d'une Réponse cherchée par tant de personnes. J'en ai le vertige et la nausée... J'en veux à mon ami de mon mal-être et de mon incertitude...
.
Je viens de prendre enfin une décision que je pense sage. Je suis trop perturbé pour un acte décisif. Je vais donc m'en remettre à un passeur de vie, qui m'indiquera la direction à suivre. Je ne suis pas très croyant, mais le curé de la paroisse sera de bon conseil, au regard de la lettre. Auparavant, je vais me purifier dans l'eau limpide du lavoir et le calme reviendra...















































Je m'appelle Hervé, le fils du narrateur. J'ai retrouvé ces notes sur la table du salon. Je les relis avec respect. Il est de mon devoir de vous raconter la suite, en entrant dans ses mots et ses phrases comme un karaoké littéraire.
Sans doute avec sa fameuse lettre à la main, mon père s'en est allé vers le lavoir. Ce lieu, au milieu des grands arbres, est emprunt d'une certaine noblesse et d'une réelle nostalgie. Il impose le calme et le repos. Je pense que l'achat de la maison n'était d'ailleurs pas étranger à celui-ci car il lui permettait de contempler à loisir son charme et son silence. Comme il l'a écrit, il aimait son eau pure, son léger frémissement quand elle fuyait par dessus les trappes. Et, la charpente usée du toit recouvert d'ardoises rongées par les mousses. Et, la cabane en bois brut où les lavandières chauffaient leurs linges dans de grandes bassines galvanisées, en chantant de vieilles comptines... Des planches pourries, les restes d'un feu, des bouteilles de bière et l'odeur d'urine, c'est tout ce qui reste de l'abri de nos aïeules. Le patrimoine se délabre chaque jour davantage; c'était son grand regret.




Sur quoi méditait-il lorsqu'il s'est écroulé? A-t-il eut le temps de sentir venir sa deuxième crise cardiaque? Je ne sais. On suppose qu'emporté par son élan, son corps a basculé dans le grand bassin, restant là longtemps, comme un marin en perdition.




On me certifia qu'il n'y avait aucune lettre ou document autour de lui, ni dans ses poches, ni dans les bassins. Sans doute, s'était-elle échappée dans les ondes du petit ru, profitant de la force de la Claire pour s'enfuir enfin dans les méandres boueux de l'estuaire, puis de la mer...




Aujourd'hui, la forêt de peupliers si fiers a été sacrifiée, détruite, martyrisée par des arracheurs indignes, sous les yeux clos de nos chers représentants. Le paysage ressemble à un champ de guerre et de ruines. Des arbustes désarçonnés jonchent le sol humide de la vallée, des troncs coupés en leur milieu semblent hachés par une mitraille invisible, des ornières énormes, grossièrement sculptées par les roues des engins, creusent le sol comme des fermetures-éclair géantes. Tout n'est que désolation révoltante...
Seul, le chêne, témoin des différents massacres, a été épargné. Certains anges ont dû passer par là pour arrêter la main du bûcheron, avant que la scie ne commence son festin. Il reste encore une morsure horizontale, une dernière ride de sa mémoire violentée..


Un dernier mot pour finir cette histoire: L'ami de mon père, vous savez, Pierre le parisien, celui qui a découvert les lettres, c'était l'oncle de Jean.









Gonneville-sur-Honfleur, Août- Octobre 2014














J'ai bien connu l'auteur de cette nouvelle. Il la jugeait d'ailleurs un peu ratée, peu expressive dans la forme, mais trouvait qu'elle le caractérisait bien sur le fond.
Il avait une peur irrationnelle de mourir dans un accident de voiture. Ainsi l'on comprend mieux le thème qu'il avait choisi.
Nous avons longuement discuté de cette époque et des relations tendues et tumultueuses entre les différents services d'ordre. Il ressentait cette pression dans toutes les activités de la vie sociale. Chacun devait faire mieux que les autres dans la course au rendement. Le travailleur râlait sans agir, le citoyen subissait sans bouger...
De même, il avait connu cette femme fragile qui s'était entièrement sentie responsable de l'accident de son fils. Elle avait ralenti son travail pour être plus présente à ses côtés. Il en était mort. Le désespoir l'avait pris aussitôt. Mais à la messe d'enterrement, si belle avec les chants, si chaleureuse avec les amis, si colorée avec les cierges et les fleurs, elle avait trouvé tout-à-coup une sorte de rédemption  et se sentit soulagée. En fait, elle sombra peu à peu dans la folie.  Debout  au milieu de la route, avec son crucifix à la main, elle attendait la mort. Et si ce n'était la sienne, ce serait celle de l'autre, qui se terminerait en apothéose à l'église, si accueillante et si compréhensive...
Ce ne fut pas non plus son fils qui rédigea la conclusion, mais la dernière de ses trois filles. Il n'avait pas eu de descendance mâle.  Sans doute s'en était-il attristé et se vengeait-il de cette manière ?
Enfin, il ne mourut pas d'une crise cardiaque. Le père de Jean, qui avait déménagé au décès subit de son épouse, était tombé sur cette nouvelle dans un journal local et fit tout de suite le rapprochement avec son drame personnel.  Adorateur inconditionnel de son épouse, sa triste solitude se transforma en rage pour voir ainsi humilier son Amour aux yeux de tous. De plus, il eut peur d'une révélation plus concrète. Sur de son bon droit en se rendant au domicile de l'auteur, il acheta un fusil de chasse, et avec haine, tira sur mon ami, qui ne connut jamais la fin de son histoire. Puis il alla se pendre au vieux chêne du virage maudit.
Autour, des petits peupliers repoussent dans la végétation touffue et les sources claires. La vie renaît doucement de l'humus, mais le vieux chêne garde toujours une large cicatrice, comme pour ajouter foi à ce récit. La maison d'en face est abandonnée. Une légende circule comme quoi, les jours de brumes, on entend des coups de freins violents et répétés, suivis d'un énorme bruit de voitures qui s''écraseraient sur un arbre. Je n'ai jamais été vérifier, on ne sait jamais...



Dernière ironie du destin. Dans le cimetière de Gonneville, l'auteur repose juste à côté de son assassin et sa famille. Pour un dernier duel où ils se raconteront enfin l'issue du jugement ?...





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Dan.L
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Message Posté le : Dim 19 Avr - 17:11 (2015)    Sujet du message : résultats du concours 2015 Répondre en citant

Je dois remédier au problème avant de continuer!

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Message Posté le : Aujourd’hui à 05:38 (2017)    Sujet du message : résultats du concours 2015

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