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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond
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Dan.L
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Message Posté le : Mer 21 Jan - 23:00 (2015)    Sujet du message : Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Léon l’Africain : introduction 
 
 
 

 
 
  
 
Le roman a été publié en 1986. Dans une émission « Apostrophes » Amin Maalouf,  
  
  
 
 interviewé par Bernard Pivot, a déclaré avoir découvert le personnage de Léon l’Africain   
  
  
 
dans une note en bas de page puis avoir fait des recherches dans les dictionnaires et   
  
  
 
les encyclopédies mais, ces recherches étant restées décevantes, il avait décidé d’écrire sa vie.  
  
  
 
 Il déclarait  avoir été frappé par le fait que ce personnage, né musulman à Grenade, à la veille   
  
  
 
de sa chute, s’était retrouvé, 30 ans plus tard, à Rome, fils adoptif du pape Léon X, sous le nom   
  
  
 
de Jean-Léon et le surnom de l’Africain, écrivant en italien une description de l’Afrique.   
  
  
 
Après avoir trouvé sur Léon l’Africain l’essentiel de ce qu’on peut trouver Amin Maalouf   
  
  
 
avoir essayé de reconstituer sa vie en comblant de nombreuses lacunes et ajoutait qu’en  
  
  
 
 reconstituant il n’avait pas eu l’impression d’inventer, que parfois même il avait eu  
  
  
 
 l’impression de se souvenir.  
  
  
 
Une Chronique autobiographique.  
  
  
 
Amin Maalouf présente son roman comme la chronique de sa vie par Léon l’Africain,   
  
  
 
donc une autobiographie fictive puisque, censée être écrite par Léon l’Africain,   
  
  
 
elle est écrite et reconstituée par l’auteur. Selon la fiction romanesque, elle est  
  
  
 
 commencée par Léon l’Africain peu avant la prise de Rome (p. 336-337 « Puis….de ma vie ».   
  
  
 
Le narrateur en est aussi le héros, si modeste soit-il.  
  
  
 
Le souci de la vérité.  
  
  
 
Il conçoit cette chronique comme un témoignage fidèle, ce qui le soumet à un devoir de vérité   
  
  
 
et à l’obligation de mentionner des épisodes douloureux comme la découverte de son père   
  
  
 
dans une taverne de quartier mal famé de Fès, qui l’anéantit de honte. (p.114). De la même façon,  
  
  
 
 son devoir de chroniqueur lui impose d’oublier ses ressentiments à l’égard D’Ahmed, un de ses  
  
  
 
 camarades de classe : (p.150) « En évoquant…perplexe. », (p.) 151 « Mon de voir de chroniqueur…étudiants. »  
  
  
 
 Plus loin il s’abstient de porter un jugement sur la vengeance de Haroun, se bornant au récit   
  
  
 
des faits. (p. 203) « Je le raconte…châtiment. »  
  
  
 
Une chronique en forme de testament spirituel adressé à son fils.  
  
  
 
Le premier prologue présente le récit de sa vie mouvementée comme un bilan et une sorte   
  
  
 
de testament adressé à son fils Giuseppe et écrit à 40 ans qu’il considère comme l  
  
  
 
e terme de ses aventures, au moment où, après être sorti de Rome assiégée, il s’embarque   
  
  
 
pour Tunis.(p.9 « Et tu resteras après moi, mon fils…innocence. »  
  
  
 
Dans le prologue du livre de Fès (p.87), il évoque le conflit qui l’a opposé à son propre père mais   
  
  
 
avec l’indulgence que lui ont donné les années, loin de le condamner, il excuse, justifie même les   
  
  
 
égarements de son père,  souhaitant à son fils de s’ égarer parfois à son tour en restant  
  
  
 
 « longtemps disponible aux nobles tentations de la vie. »   
  
  
 
Un témoignage historique.  
  
  
 
Comme il l’écrit dans le prologue du livre du Caire, son récit apporte   
  
  
 
aussi  un témoignage historique. (p. 221-222). L’épilogue récapitule   
  
  
 
les événements historiques dont il a été le témoin. (p. 348)  
  
  
 
C’est aussi un message d’espoir dans l’adversité qu’il adresse à son fils (p.281)  
  
  
 
 « Je me demande…gauche. », un message de tolérance et une exhortation à son fils à garder  
  
  
 
 l’esprit libre et ouvert contre tous les sectarismes.(p.348) « Une fois de plus… créateur. »   
  
  
 
Le narrateur et ses écrits .  
  
  
 
Comme il se devait de le faire, Amin Maalouf évoque dans son roman les écrits qu’on attribue à Léon l’Africain, en particulier sa Description de l’Afrique, publiée à Venise par G.B ramusio sous le titre Navigazioni e Viaggi (1550) puis traduit en latin par J Florianus sous le titre
J. Leonis Africani de totius Africae descriptione  (1556) puis en Anglais. La traduction en
 français par Epaulard en 1956, Description de l’Afrique a utilisé une version italienne ancienne 
et non mentionnée dont celle de Ramusio est sans doute dérivée.
Dans le roman le narrateur renvoie à cet ouvrage (p.95), (p.102).
Son professeur à Fès l’aurait invité à consigner par écrit le fruit de ses observations après
 son voyage d’ambassade à Tombouctou avec son oncle. (p.175).
Il résume les étapes de son voyage vers le Caire en renvoyant à son livre. (p.216), de même
 quand il décrit sa rencontre à bougie avec le pirate Barberousse. (p. 250)
Plus loin il dit que le livre a été écrit à la demande du pape. (p.296). Abbad lui aurait remis
 Ses notes  de voyage après son emprisonnement au château Saint-Ange. (p.320).
Il commence la rédaction pendant sa convalescence à Bologne.(p.327-328) et l’achève juste
 avant l’arrivée des troupes impériales à Rome. (p.336).
Un autre ouvrage qu’on lui attribue  est également évoqué dans le roman : le Vocabulaire polyglotte
est présenté comme une contribution à un projet d’Erasme. (p.320-321).
Par contre le roman ne fait pas état de l’ouvrage sur les hommes érudits des mondes arabe et juif
 qu’on lui attribue de façon douteuse.
En quittant Rome sous escorte, le narrateur remet au pape ses écrits à l’exception de la chronique
 imaginée par Maalouf et déclarée inachevée (p.346) et que , selon la fiction romanesque, il aurait 
commencée juste après avoir fini sa Description de l’Afrique.(p.336)
 


Dernière édition par Dan.L le Dim 25 Jan - 11:10 (2015); édité 2 fois
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Message Posté le : Mer 21 Jan - 23:00 (2015)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Mer 21 Jan - 23:22 (2015)    Sujet du message : Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Amin Maalouf :
 Léon l’Africain. Une chronique autobiographique et historique.
Composition et rythmes narratifs.
 
Le narrateur présente son récit, à la fois, comme le récit exact de sa vie personnelle, la description des mœurs des pays 
où il a vécu et le témoignage fidèle des événements historiques dont il a été le témoin. Le récit est composé de 4  livres inégaux qui portent
 le nom des 4 villes où a vécu successivement le narrateur et qui correspondent à 4 périodes de son existence
 et à de grands événements historiques. Chaque livre comporte un nombre inégal de chapitres correspondant chacun à une année lunaire indiquée
 selon le calendrier musulman avec ses correspondances dans le calendrier chrétien.
 
Le livre de Grenade
 
Il est formé de 6 chapitres couvrant les  années 894 à 899 de l’hégire et allant du 5 décembre 1488 au 1er octobre 1494,
 dans le calendrier chrétien. Il compte 68 pages.
a)            Dans la chronique autobiographique le narrateur, d’abord par le biais des récits recueillis près de ses proches 
qui servent de relais dans la narration, décrit sa naissance et sa petite enfance de 0 à 6 ans. Le livre se termine par le départ
 en exil. Il comporte la description des rites musulmans accompagnant la naissance, la circoncision, la description 
de l’atmosphère familiale liée à la polygamie du père (p14-16). Il décrit aussi les grandes fêtes musulmanes
 et notamment la fête de la grande parade à l’occasion de la fête du Râs-as-sana, fête du nouvel an musulman, 
vécue comme un drame par sa mère (p.21) à cause d’un orage dévastateur. Il décrit aussi la fête du solstice
 d’été, fête du mihrajan (p.70) et les autres grandes fêtes musulmanes (p.70-71). Les derniers chapitres
 décrivent les longues hésitations du père avant le départ en exil puis le départ lui-même.



b)           Ce premier livre est aussi un témoignage vécu sur la chute de Grenade (1492) et les événements
 qui l’ont accompagnée : Description de la politique de l’avant-dernier sultan (p.25-26), de la guerre contre les Castillans (p.27),
 de la guerre civile de 7ans entre Abou-I- Hassan Ali et son fils Boabdil, la reddition de Boabdil et le début de la persécution
 contre les Juifs.Dans ce premier livre le narrateur s’efface souvent devant d’autres narrateurs : sa mère qui décrit ses craintes
 et sa rivalité avec Warda, l’esclave chrétienne du père, la fête qui accompagne la circoncision, sa terreur d’enfant lors de la grande parade ;
 son père qui faisait partie des otages garantissant la négociation avec le roi catholique (p.61-62); l’oncle Khâli qui a participé aux débats à 
  l’Alhambra avant la reddition ; Sarah la bariolée qui évoque le sort de la communauté juive. Les événements historiques sont racontés 
par ces mêmes personnages qui les ont vécus et y ont même participé comme acteurs, ce qui donne au lecteur l’impression de les vivre.


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 21 Jan - 23:30 (2015)    Sujet du message : Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Léon l’Africain : Une chronique en forme de contes des mille et une nuits. L’art du suspens.

 
A l’intérieur de chaque livre le récit s’organise comme des annales, en chapitres,
 année par année, portant, chacun, un titre avec la mention de l’année de l’hégire
 en sous-titre et l’indication, entre parenthèses, des dates correspondantes dans le calendrier chrétien.
 Si l’on additionne les nombres des chapitres des 4 livres (6+19+6+9), on obtient le total de 40 chapitres 
et des 40 années que couvre le récit des années 1488 à 1527.  Cette composition a été mise à profit par 
l’auteur pour déployer tout un art du suspens et renouveler sans cesse la curiosité du lecteur.


Une structure qui fait penser aux contes des Mille et Une nuits :


L’organisation en quarante chapitres et quatre livres fait penser aux récits que Schéhérazade
 chaque nuit au roi de Perse Shâriyar. Ce dernier, après avoir fait étrangler son épouse qui 
l’avait trompé avec un esclave noir, avait décidé de passer chaque nuit avec une vierge et de 
la faire tuer au matin. Schéhérazade, fille d’un de ses vizirs, s’était offerte d’elle-même, à la condition 
de pouvoir bénéficier de l’aide de sa sœur Dinazarde. Elle enchanta le roi par le récit qu’elle lui fit en
 l’interrompant au moment crucial. Le roi reporta son exécution de jour en jour, charmé par ses récits et,
 après mille nuits, renonça à son projet barbare. Ravi par l’esprit et la fidélité de Schéhérazade, il l’épousa.
 Le récit d’Amin Maalouf avec ses quarante chapitres, un par année lunaire déploie pareillement tout un art 
de susciter et de renouveler la curiosité du lecteur et fait d’ailleurs référence aux récits de schéhérazade.(p.111)


Le rôle des prologues :


Le prologue d’ensemble (p.9) annonce le récit palpitant des péripéties hors du commun d’une vie extraordinairement
 mouvementée, en quatre exils successifs, contenant comme quatre vies en une. De même les prologues des
 trois livres suivants. Le prologue du livre de Fès (p.87) rappelle les exils successifs et la rupture totale qu’ils
 provoquent avec l’existence précédente. Le narrateur suscite la curiosité du lecteur pour la suite immédiate
 en annonçant les errements de son père (p.87-88)
Le prologue du livre du Caire renouvelle l’intérêt en annonçant la chute de l’empire égyptien au cours du livre 
et, pour la suite immédiate, une épidémie de peste. (p.221)
Le prologue du livre de Rome  annonce l’esclavage du narrateur et héros du récit mais atténue les craintes
 du lecteur en faisant état de la protection divine dont il bénéficie (p.282) ce qui est une façon de redoubler
 sa curiosité en distillant habilement crainte et espoir.


Le rôle des annonces en cours et en fin de chapitre :


Les livres s’achèvent  souvent sur l’annonce des aventures du livre suivant et font le lien
 avec les prologues. Ainsi, à la fin du dernier chapitre du livre de Fès, le narrateur interrompt
 le récit au moment où il s’embarque sur le Nil et annonce la nouvelle vie passionnante qui l’attend
 au Caire (p.217). De même, à la fin du dernier chapitre du livre du Caire, il interrompt le récit au moment 
de  son agression, en annonçant que commence son voyage le plus extraordinaire.
 (p.278)
De même à l’intérieur de chaque livre, on trouve en début ou en fin de chapitre des annonces destinées
 à ranimer la curiosité du lecteur. A la fin du chapitre « L’année des lions en furie » il annonce de façon
 énigmatique les malheurs à venir de Mariam. (p.133) A la fin du chapitre suivant c’est la vengeance 
inimaginable de Zerouali qu’il annonce. (p. 144)
Au début du chapitre « L’année de fortune » il redouble la curiosité du lecteur en annonçant en même temps
 que sa prospérité son caractère éphémère. (p.187). De même, au début du chapitre « L’année de la Circassienne », 
il annonce des péripéties et des dangers liés à la rencontre d’une femme. (p.232).
Parfois c’est en milieu de chapitre qu’intervient l’annonce comme lorsque, après avoir raconté comment
 il a obtenu le bannissement du Zérouali, il poursuit : « Je savourais ma juste vengeance, sans savoir qu’elle allait attirer sur les
 miens un surcroît de malheur. » (p.199)
Il arrive que le récit laisse planer le mystère sur ce qui vient de se passer et que l’explication soit renvoyée
 à beaucoup plus tard pour le lecteur comme pour le narrateur. C’est le cas lorsque Haroun, entré au Hamman 
sous un déguisement de femme, refuse d’expliquer son trouble en retrouvant le narrateur. « Son silence demeura 
tenace ; bientôt j’oubliai cet épisode. Pourtant c’est Haroun lui-même qui devait me le rappeler, des années
 plus tard et en des termes qui resteront dans ma mémoire. » (p.126) L’explication n’intervient qu’à la page 181
 quand Haroun annonce au narrateur son intention de faire évader Mariam qu’il veut épouser.
L’art des titres : un art de stimuler la curiosité du lecteur.
Les titres donnés au récit de chaque année font référence à un événement central. Habilement choisis,
 ils entretiennent la curiosité du lecteur. Ainsi le titre « L’année des devins » ouvre le chapitre qui suit 
  l’annonce de l’intention de la mère du narrateur de faire appel aux devins pour délivrer son mari de ce 
qu’elle considère comme un enchantement. Il stimule la curiosité. Le récit de la consultation de la voyante
 Oum Basar (p.100), puis de la princesse Al-Amira à la réputation sulfureuse et dont le narrateur n’éclaircira
 le mystère  que plus tard, puis du libraire-astrologue (p.103) et enfin d’un mouazzimin, c’est-à –dire
 d’un chasseur de démons, comble l’attente du lecteur par le pittoresque des pratiques décrites. 
De plus, il ne manque pas de sel puisque la dernière prescription provoque le résultat  contraire 
au résultat recherché : la répudiation de Salma.


Un art de cristalliser les souvenirs et d’éveiller des échos .


Une fois les épisodes lus, les titres permettent au lecteur de mémoriser les épisodes et d’établir 
des rapprochements qui prolongent la réflexion. « L’année de la conversa » (Maddalena) renvoie à 
« l’année de la Circassienne » (Nour) dans le livre du Caire,  à   « l’année de Tombouctou » (Hiba) et
 à  « L’année de la mariée » (Fatima) dans le livre de Fès, à « l’année de Salma la Horra » dans le livre
 de Grenade invitant le lecteur à confronter le souvenir des femmes successives du narrateur et celui
 de sa mère et de sa rivale .
« L’année Clémente » rappelle « l’année d’Adrien » et oppose les figures des papes Clément VII et AdrienVI .
 De même les chapitres « L’année du roi de France », « l’année de Soliman », « l’année du Grand Turc »,
 « l’année de Tumanbay » se font écho et invite à confronter les figures de François Ier, Soliman,  Sélim 
et Tumanbay.
Les titres des derniers chapitres de chaque livre évoquent un événement qui bouleverse la vie
 du narrateur et héros : « L’année de la traversée » évoque son départ pour son premier exil à 6 ans, 
« l’année de la tempête »  son deuxième exil au Caire, « L’année du rapt » son dernier exil à Rome, 
« L’année des lansquenets » son départ de Rome.
 
Outre cet art du récit, la richesse et la précision des descriptions et des reconstitutions donnent vraiment
 l’impression de revivre l’histoire et la vie du héros.
 


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Dan.L
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Message Posté le : Mer 21 Jan - 23:40 (2015)    Sujet du message : Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Léon l’Africain, un message de tolérance.
 
Le roman d’Amin Maalouf fait entendre un message de tolérance et nul  n’était mieux placé que Léon L’Africain 
  pour faire entendre ce message.
I- Une dénonciation des formes et des figures de l’intolérance.
A- Le radicalisme musulman
1- l’intégrisme D’Astaghfirullah .
L’intolérance se manifeste d’abord dans le récit à travers le personnage d’Astaghfirullah. 
Ce personnage que son obsession du mal et le tic verbal qui l’exprime «  Astaghfirullah » c'est-à-dire :
« J’implore le pardon de Dieu» qui lui a valu son surnom, est un personnage caricatural moqué par les fidèles
de la grande mosquée. Il prêche une morale musulmane radicale comportant la condamnation des doutes religieux, 
l’interdiction du vin, de l’alcool, de la consommation  du sang et de la chair de porc (p.80), l’obligation du port du voile
 pour les femmes, la condamnation des lamentations funèbres, de la pratique de la divination, des sobriquets, de la reproduction
 par l’art, des hommes, des femmes et des bêtes, des arts en général et, des dépenses fastueuses.(p.40-41) Il prêche un retour
 à l’application stricte de la morale musulmane, un respect absolu de la Tradition, la crainte des idées nouvelles et voit dans la
 chute de Grenade une sanction divine. Selon lui, en s’écartant de la voie juste les musulmans ont perdu leur valeur guerrière.
 Il s’oppose avec intransigeance à la reddition de Grenade, condamne la soumission au vainqueur comme un chemin de perdition (p.78-81).
 Pour lui la mort est préférable au déshonneur (p.107-108). Dans le malheur,  son radicalisme finit par s’imposer et le ton moqueu
r du récit du père du narrateur  fait  peu à peu place au sérieux. Les grenadins finissent par se laisser convaincre par ses propos 
et parà se plier à ses injonctions jusqu’à se livrer à un autodafé (p.42) comme l’ont fait les Florentins en se pliant aux injonctions
 de Savonarole  à la même époque (cf Sophie Chauveau, Le rêve Botticelli). ) Abou-Khamr, figure antagoniste, savant et médecin 
ivrogne voit dans ce rigorisme une cause de décadence intellectuelle et artistique. (p.43-44) Le père du narrateur reste indécis devant 
ces attitudes opposées. Le narrateur lui-même reste nuancé et montre qu’Astaghfirullah met son zèle au service du bien en dénonçant à 
mots couverts mais de façon efficace la corruption du Zérouali.(p.143)
2- Le radicalisme musulman se manifeste encore plus dans les propos racistes du prédicateur de Tlemcem. Venu à Fès, il incite les musulmans
 à exterminer les juifs (p.164) et y parvient dans les oasis où il s’est réfugié.
3- La religion musulmane ne condamne pas l’esclavage, elle se fait complice des mariages arrangés ou contraints et réduit la femme à ne condition
 inférieure.  L’application barbare de la loi islamique conduit à la barbarie comme on le voit à l’exécution, au Caire, d’un voleur condamné à être coupé
 en deux. (p.232-233) au grand effroi du narrateur.
B-L’intolérance  chrétienne
1- Sarah la bariolée dénonce dans ses récits les bûchers de l’Inquisition  contre les juifs (p. 58), les conversions forcées ou l’exil pour les juifs et leur
 expulsion par les rois catholiques (p.67), la persécution des juifs convertis. ( récit de Sarah (p.98-99).
Les inquisiteurs persécutent également les musulmans : Hamed le délivreur meurt sous la torture et des milliers d’autres musulmans sont massacrés
 (p. 116-118). Les chrétiens convertis à l’Islam doivent revenir à leur religion première, les personnes ayant des ascendants chrétiens doivent être
 baptisées, la mosquée est saccagée. Pour échapper à l’exécution  il faut se convertir. (p.118).
2- Le fanatisme luthérien.
Les disciples de Luther rejoignent dans leur intégrisme chrétien le radicalisme musulman : Ils condamnent le faste des papes
 et leur débauche (p.288, 292,293), les statues, objets d’idolâtrie (p.288), la hiérarchie de l’église et la vente des indulgences 
pour financer les dépenses de la papauté. (p.294), comme lesmusulmans, ils croient en la force du destin . L’invasion de Rome
par les lansquenets luthériens est ponctuée d’un déchaînement de barbarie.(p.341)
3- Le rigorisme du pape AdrienVI.
Ancien inquisiteur et surnommé le barbare (p.302), ce pape austère, à la vertu rigide s’oppose à la création artistique, 
supprime les pensions des artistes, les commandes de sculptures et de tableaux et condamne l’art, en même temps que
 les fêtes, les plaisirs et les dépenses, tout comme Astaghfirullah.(p.303). Il lance même un appel à la guerre sainte contre l’Islam.
 Il interdit le port de la barbe que prescrivent parfois les Islamistes. (p.306). Il emprisonne le narrateur  et meurt empoisonné (p.315)

 
II-Les figures de la tolérance.
 
Aux formes et aux figures de l’intolérance, le récit oppose celles de la tolérance .
A- La tolérance musulmane.
Au radicalisme et à l’intolérance d’Astaghfirullah et du prédicateur de Tlemcem s’opposent le position nuancée et pleine
 d’humanité du mufti d’Oran. Au lieu de prononcer l’anathème contre les musulmans qui préfèrent la soumission à l’exil,
 il prêche la compréhension : « Je me souviens…aux étrangers. » (p.118-119)
B- La tolérance Chrétienne.
 Au pape Adrien VI s’opposent les papes Léon X et Clément VII.
1- Le pape Léon X fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. Il accueille le narrateur avec une grande bienveillance,
 témoigne de son sens de la relativité morale (p. 285-286), il mène une politique favorable à la création artistique.(p.287) 
Le programme d’éducation proposé au narrateur prévoit à côté de l’étude du catéchisme, l’étude du turc et l’enseignement
 de l’arabe à 7 élèves. (p.289) Il accorde au héros une grande liberté (p . 290)  Preuve de son extraordinaire ouverture
 d’esprit, il lui offre en cadeau, un livre de prières traduit en arabe et imprimé par un juif.(p.290), ce qui lui vaut d’être
 comparé à un calife d’avant la décadence : « Qu’un homme si puissant, si vénéré en Europe et ailleurs, pût s’émouvoir ains
i à la vue d’un minuscule ouvrage en arabe sorti des ateliers de quelque imprimeur juif, voilà qui me semblait digne des califes
 d’avant la décadence, tel al-Maamoun, fils de Haroun al-Rachid, que le Très-Haut accorde Sa miséricorde à l’un comme à l’autre ! » (p.291)
. S’il s’irrite des frasques et des amours tapageuses de son cousin, il loue son humanité et sa tolérance.
2- Clément VII donne son nom à « L’année clémente. »
Sa générosité pour Maddalena n’est pas désintéressée  quand il la fait sortir du couvent mais il sait faire preuve de grandeur d’âme
 en la proposant en mariage au narrateur, sur l’ordre de son cousin le pape Léon X. Il fait preuve de la même curiosité intellectuelle
 et de la même ouverture d’esprit. La générosité des Médicis qu’il porte en lui, lui a valu son élection (p.315) ;
Il manifeste son amitié au narrateur en l’invitant à Florence après l’avènement d’Adrien VI et lui accorde toute sa confiance 
en le consultant sur la situation géopolitique. Il manifeste une hauteur de vue remarquable et accorde la priorité à l’action diplomatique. (p.316-317)
3- Francesco Guicciardini.
Le conseiller du pape et ami du narrateur, l’accueille avec la même bienveillance que son maître et montre une grande largeur
 de vue sur la politique des papes. Il fait preuve d’indulgence (p. 293) « Le scandale est moins dans la luxure que dans le luxe.»
 Il justifie la protection des arts et les sommes consacrées à la création artistique. Ses jugements nuancés s’opposent au radicalisme
 des luthériens. (p. 294-294) Il remplit pleinement son rôle d’ambassadeur près de François Ier et de Soliman. Il tente d’éviter
 le sac de Rome par la négociation. (p.339)
 
III-Par delà les cultures et les religions, un extraordinaire message de relativisme et de tolérance.
 
Léon l’Africain, narrateur et héros du récit, par son identité et ses aventures, est le porte- parole tout désigné  d’un message de tolérance .
A- Education et expérience multiculturelles
1-      une  culture familiale  ouverte  .
Son père et sa mère sont musulmans mais la vie de la famille est marquée par la préférence du père pour sa concubine
 Warda, esclave chrétienne qu’il a achetée (p.13-15). Le narrateur noue un lien affectif très fort avec sa demi-sœur Mariam
 dont il défend les droits en faisant échouer, avec l’aide d’Haroun, le mariage arrangé par le père avec le puissant et riche
 mais peu recommandable Zerouali, puis en oeuvrant  obstinément pour sa délivrance. Ainsi il fait échec au scandale  qu’aurait
 été le mariage forcé d’une jeune chrétienne avec un musulman riche et puissant qui a la réputation d’un véritable criminel. (p.138), (p.133), (p.136)
 Polygame jaloux, il est soupçonné d’avoir étranglé trois de ses femmes. (p.138-139) « Le plus grave… suspectes. » Par ailleurs 
la famille et surtout sa mère entretiennent des liens étroits avec Sarah la Bariolée, une juive dont les conseils influencent sa conduite.
 Tous Ces liens donnent au narrateur  une éducation qu’on pourrait qualifier de multiple même si l’éducation  et la formation qu’il reçoit,
 suivent  la tradition musulmane.
2- La formation musulmane.
A son entrée à l’école, à Fès, il apprend le coran, étudie les commentaires du Coran ou de la Tradition du prophète à la mosquée 
des Karaouiynes mais étudie aussi  la médecine, la géographie, les mathématiques ou la poésie, parfois même la philosophie 
ou l’astrologie, malgré l’interdiction formelle du souverain, et avec des maîtres  «  versés  dans tous les domaines de
 la connaissance », d’une grande culture et d’une grande ouverture d’esprit. (p.145)  Comme tout bon musulman il accomplit
 le pèlerinage à La Mecque. (L’année du rapt p. 271 à 275). Ses réflexes  sont ceux de ses origines et de son éducation musulmane
 Devant le pape, il se reprend pour ne pas dire « nous » en parlant des musulmans. (p.318)
3- La formation et l’identité chrétiennes
Après sa capture et son entrée au service des papes, il est contraint de changer d’identité , de religion et de culture. Sans
 son assentiment, il est adopté par le pape et baptisé sous le nom de Jean-Léon. A son baptême, il éprouve un sentiment d’égarement
 et doute un moment de la réalité de la cérémonie et de son changement d’identité (p.289-290) mais ensuite on ne le voit rejeter
lmane.
De la même façon, sa vie familiale suit d’abord la tradition musulmane. Il épouse Fatima sa cousine pour se plier aux dernières 
volontés de son oncle mais lui préfère Hiba, la jeune esclave qui lui a été offerte par le seigneur d’Ouarzazate. Il connaît une
 vie polygame comparable à celle de son père. Il épouse ensuite Nour, la princesse circassienne, musulmane comme lui. Enfin,
 à la demande du pape il épouse chrétiennement Maddalena, grenadine comme lui et d’origine juive. Au cours de sa vie, il accumule
 des liens avec les sociétés, les religions et les cultures musulmanes, juives et chrétiennes sans que cela déclenche de conflit en lui.
 
B- Son appartenance multiculturelle :
Ses exils successifs lui font connaître différents pays et différentes sociétés musulmanes : celles de grenade d’avant la chute, celle
 de Fès sous les sultans Wattasides, celles du Caire sous le dernier sultan de la dynastie Mamelouk, avant de connaître la  cour et la
 société pontificales. Il connaît toutes les langues des pays où il a séjourné
De ce fait, comme il l’écrit avec insistance dans le prologue, ses identités, ses appartenances religieuses et culturelles successives et
 multiples font qu’il n’appartient à aucune patrie, à aucune langue, à aucune religion. Par delà toutes ses appartenances, il se proclame
 comme une créature humaine soumise à son créateur. (p.9) Son expérience extraordinaire lui permet, dans l’épilogue, d’exhorter son
 fils  à se placer au-delà des patries, des religions et des dogmes pour ne se soumettre qu’à Dieu. (p.348)
 
 C- Relativisme et tolérance.
1- Un homme de paix : ses missions d’ambassade et de négociation.
 Léon l’Africain s’affirme comme un homme de paix à la suite de son oncle qu’il accompagne dans son ambassade près du souverain
 de Gao et du Mali, l’Askia Mohamed Touré. En cours de route, il accomplit, au nom de son oncle, sa première mission d’ambassade
 près du seigneur d’Ouarzazate puis, après la mort de son oncle, assure le retour de l’ambassade dont il rend compte au sultan de Fès.
 Ce dernier lui confie ensuite une mission de négociation près d’Ahmed le boiteux, son ancien camarade de classe devenu rebelle.
 Mais cette mission échoue à cause des rêves de conquête d’Ahmed.
Au cours de son voyage de négoce à Tefza, il est choisi comme négociateur par les habitants et parvient à éviter la guerre civile.
De passage à Bougie, il rencontre le célèbre pirate Barberousse qui l’envoie en ambassade avec Haroun près du grand turc le terrible Sélim.
 Malgré les dangers de cette mission pour Nour et Bayazid, il s’acquitte parfaitement de sa mission, mais, malgré ses scrupules 
et à la prière de Nour, il avertit les Egyptiens, à son retour au Caire, des intentions hostiles de Sélim.
Pour le pape, il se rend en ambassade, avec Guicciardini, près de François Ier et de Soliman Le Magnifique qui a succédé à Sélim.
 Enfin, au moment de la prise de Rome par les lansquenets luthériens, il est choisi pour tenter une sortie sous escorte  qui doit 
permettre d’évaluer la possibilité de futures négociations. (p.345)  
2-      Hauteur de vue et distance critique.
Son expérience et ses connaissances hors du commun et quasi universelles lui donnent à l’égard de  ses patries, de ses
 religions successives et de toutes les croyances, une distance critique qui fonde sa tolérance, le conduit à rejeter tout
 manichéisme et toute forme d’intégrisme. Il évite de condamner Astaghfirullah dont il rejette le radicalisme musulman en 
portant à son crédit son honnêteté et sa défense du bien dans ses dénonciations voilées mais efficaces conte Le Zerouali.
Il juge les écarts des papes avec une certaine indulgence tout comme Guicciardini et approuve Maddalena en déclarant :
 «  La vertu devient morbide si elle n’est adoucie par quelques écarts et la Foi devient aisément cruelle si elle n’est atténuée
 par quelques doutes. » (p.300) 
Il juge les religions avec le recul nécessaire et d’une manière plurielle sans choisir l’une plutôt que l’autre et en ne retenant 
que ce qu’elles ont d’universel. Il  dénonce les déviations du sentiment religieux et affirme clairement son choix de la vie, de 
préférence à celui de la vérité en fustigeant le dogmatisme de ceux qui prétendent détenir la vérité. (p.318-319)
Pareillement il juge les empires avec le recul de l’historien dénonçant successivement la corruption des derniers sultans de Grenade,
 l’intolérance des rois catholiques, la corruption du dernier sultan Mamelouk, la terrible cruauté du Grand-Turc Sélim et des
 Ottomans tout comme le fanatisme des lansquenets luthériens de Charles Quint. (p. 271) « De ma longue retraite…bufflons. »
 
Dans l’épilogue fustigeant les préjugés et l’étroitesse du cœur des hommes, il exhorte son fils à la plus grande  ouverture de c
œur et d’esprit, à la plus grande liberté de pensée (p.348) «  Une fois de plus…Lorsque l’esprit des hommes te paraîtra étroit, 
dis- toi que la terre de Dieu est vaste, et vastes Ses mains et Son cœur. N’hésite jamais à t’éloigner, au-delà de toutes les mers,
 au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances. »  Quant à lui, il s’en remet avec confiance à Dieu 
qui n’est d’aucune religion mais universel.
Ce détachement a un envers :  un déracinement et un certain manque d’engagement que Nour lui reproche violemment quand
 il éprouve des réticences et des scrupules à prévenir les Egyptiens des intentions hostiles de Sélim, secret qui lui a été révélé 
par inadvertance  au cours de son ambassade. Toute cette très belle scène est à relire intégralement à partir de » 
Dès la fin des entretiens (p.257 jusqu’à  …bagages. » (p.259) et particulièrement le passage : « Je ne dis plus rien…ton acharnement. » (p.258)
 


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Message Posté le : Aujourd’hui à 18:45 (2017)    Sujet du message : Léon L'Africain, Commentaires de Jean Pierre Le Blond

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