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Forum littérature de "La Rivière Saint Sauveur" 14 Calvados
 
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Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 1 Avr - 09:22 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Nikos Kazantzis 
 
 
 
  
 
 
 
Nikos Kazantzakis est né à Héraklion le 18 février 1883 et mort à Fribourg-en- Brisgau le 26 octobre 1957.
 Pendant l’insurrection crétoise, il est réfugié avec ses parents à Naxos (1897-1899). 
 
 
 
De 1902 à 1906, il fait des études à l’université d’Athènes et obtient le doctorat en droit. 
 
 
 
Entre 1907 et 1909, il suit les cours de Bergson et découvre Nietzsche. 
 
 
 
En 1911, il épouse Galatia Alexiou dont il se sépare en 1926. 
 
 
 
En 1912, il combat comme engagé volontaire dans les guerres balkaniques.  
 
 
 
De 1914 à 1916, il fait un pèlerinage au Mont Athos en compagnie du poète Angelos
 Sikélianos.
 En 1917, il rencontre Georges Zorba et exploite avec lui une mine de lignite dans le 
Magne.
 Nommé secrétaire général du ministère de l’assistance publique, il a pour mission le
 rapatriement
 de centaines de milliers de réfugiés micrasiates, à la suite de la révolution russe de 1917
 et du
 démantèlement de l’Empire Ottoman . 
 
 
 
De 1921 à 1924, après avoir démissionné de son poste, il voyage en Allemagne, en Crète,
 en Autriche et en Italie. Il rencontre Eleni Samiou qu’il épousera en 1945 et commence son
Odyssée. 
 
 
 
De 1925 à 1928, il fait un voyage en U.R.S.S en compagnie de Panaït Istrati, puis en
 Palestine, 
Espagne, Italie, Chypre, Egypte et Soudan . Il rencontre Gorki et son ami le p)lus cher
 Pandélis Prévélakis. 
 
 
 
 De 1929 à 1936 ; il fait des séjours en Tchéquie, en France, à Egine, en Espagne 
en Chine et au Japon.
 Il écrit des scénarios et des récits de voyages. 
 
 
 
Il bâtit une maison à Egine en 1937 et publie l’Odyssée, poème de 33.333 vers de 
17 syllabes en 1938.
 Pendant la seconde guerre mondiale, il réside à Egine et se consacre à la rédaction
d’Alexis Zorba
publié en 1946. 
 
 
 
Appelé comme conseiller à la littérature auprès de l’Unesco, en 1947, il démissione
 de ce poste pour 
se consacrer à
 l’écriture, en 1948, et  s’installe à Antibes. 
 
 
 
Il est lauréat du pris international de La Paix en 1950 et instigateur du renouveau 
de la langue grecque 
moderne, la Démotique, issue de la langue orale plus que de la langue savante héritière 
du grec ancien. 
 
 
 
Son oeuvre est immense et diverse. Outre les romans et les poèmes, il a écrit des essais,
 des carnets de voyage, 
des pièces de théâtre. Après la publication de La dernière tentation (1950) il est attaqué
 par l’église grecque. 
 
 
 
Dans la Lettre au Gréco, il écrit : « Un homme véritable est celui qui résiste, qui lutte,
 et qui n’a pas peur au 
besoin de dire Non même à Dieu. » 
 
 
 
Dans une lettre à son ami et traducteur suédois Knös, en 1952, il écrit également :
 « Le sujet principal,
 presque unique de mon œuvre : le combat de l’homme avec « Dieu », la lutte 
acharnée du ver de terre qui
 s’appelle « homme » contre les forces toutes puissantes et ténébreuses qui se trouvent
 en lui et autour de
 lui ; l’obstination, la lutte, la ténacité de la petite étincelle qui tâche de 
percer et de vaincre l’immense
 Nuit éternelle. La lutte et l’angoisse pour transformer les ténèbres en 
lumière, l’esclavage en liberté. » 
 
 
 
Après un nouveau voyage en Chine et au Japon où il retombe malade, 
il meurt, le 26 octobre 1957, à 
Fribourg-en-Brisgau des suites de la grippe asiatique après avoir été
longtemps soigné d’une leucémie.
 Son corps est rapatrié à Héraklion et inhumé le 5 novembre dans les 
remparts de la ville, sur le bastion
 Martinengo, en raison de l’interdiction par le clergé de son enterrement 
au cimetière. Sa tombe porte en 
épitaphe l’inscription :  
 
 
 
« Den elpivzw tivpota. Den Fobou'mai tivpota. E◘i\mai ejleuvqero". » 
c'est-à-dire « je n’espère rien. Je ne 
crains rien. Je suis libre. », à laquelle se réfèrent  le narrateur et Zorba
 comme à un idéal de conduite. 
 
 
 


Dernière édition par Dan.L le Mar 3 Juin - 16:04 (2014); édité 3 fois
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Message Posté le : Mar 1 Avr - 09:22 (2014)    Sujet du message : Publicité

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Dan.L
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Message Posté le : Mar 1 Avr - 09:24 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba : 
 
 
 
 Nikos Kazantzakis, Alexis Zorba :

 
 Titre du roman
Le véritable titre du roman, en grec, BIOS KAI POLITEIA TOU ALEXH ZORMPA a été 
traduit approximativement par « Alexis Zorba ». Bvivo§ signifie : vie, biographie. Polivteia,
en grec moderne, signifie état, république. En grec ancien, il désignait l’état et les droits 
de citoyen, la vie de citoyen, la vie et l’administration d’un homme d’état, la participation aux
 affaires publiques, la constitution d’un état, la forme de gouvernement,  le régime politique.
 Le dictionnaire de Rosgovas propose pour l’expression bivo§ kai polivteia  la traduction « quatre cents coups ».
 Selon mon professeur de grec moderne l’expression  grecque désigne la vie d’un homme qui a beaucoup roulé
 sa bosse. Il est donc difficile de trouver un équivalent au titre grec, la traduction la plus proche serait 
« vie d’Alexis Zorba » . Le titre grec renvoie à la vie mouvementée de Zorba qui a exercé de nombreux 
métiers et a participé à des luttes patriotiques en Crète et en Macédoine. Autres traductions possibles : 
faits et gestes d’Alexis Zorba ou, mieux, Vie et aventures d’Alexis Zorba .
  
 
 
 

 
 
 
 
 
Narrateur et temps de la narration 
 
 
 
Le récit est fait au passé  et à la première personne par le narrateur, intellectuel d’origine crétoise,
 qui adopte comme compagnon et contremaître, pour l’exploitation de sa mine de lignite, Zorba, 
le héros du récit qui le fascine dès leur rencontre au Pirée. Cinq ans après le dénouement catastrophique
 de l’entreprise et leur séparation, le narrateur, toujours hanté par l’ombre de Zorba et, alors, à Egine,
 éprouve, après un rêve, le désir irrésistible de reconstituer la vie qu’ils ont vécue tous les deux sur
 la côte crétoise « tous les propos, les cris, les gestes, les rires, les pleurs, les danses de Zorba
 pour les sauver. » (p. 346). Il y voit un sombre pressentiment mais finit par céder à son désir et,
 écrivant avec acharnement, achève en quelques semaines « la légende dorée de Zorba » mais voit 
son pressentiment se réaliser avec l’arrivée d’un courrier annonçant la mort de Zorba. (p. 347) 
 
 
 
Les 5 années écoulées depuis les événements permettent au narrateur de prendre un peu de recul 
mais son récit ne vise pas à l’objectivité, il a pour but de décrire aussi fidèlement que possible la figure 
héroïque et fascinante du héros, à bien des égards son opposé, qui n’a cessé de rôder autour de lui. ce 
faisant, il poursuit  sa quête intellectuelle et spirituelle. 
 
 
 
Dans ce roman où le grotesque et le comique côtoient le tragique, on peut lire la biographie du héros,
 un récit autobiographique d’un moment de la vie du narrateur, de son histoire d’amour tragique avec 
la veuve, un récit tragi-comique des amours de Dame Hortense, un récit de l’histoire mouvementée
 des luttes du peuple grec à la fin du XIXème et début du XXème siècle, une sorte de dialogue platonicien
 sur le sens de l’existence humaine qui se poursuit dans tout le roman à travers les discussions 
philosophiques du héros avec le narrateur. L’ensemble du roman, d’une grande richesse, propose au lecteur,
 à travers les aventures des personnages et leurs réflexions philosophiques, une  méditation sur l’existence
 humaine en développant des thèmes parfois proches de ceux abordés par Camus. Sophie Petitjean-Lioulias
 a consacré, aux deux écrivains, une thèse de doctorat intitulée : Albert Camus-Nikos Kazantzaki : 
D’une rive à l’autre
 ou l’itinéraire méditerranéen, à l’université d’Angers, en 1998 . 
 
 
 
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Dernière édition par Dan.L le Mar 3 Juin - 16:02 (2014); édité 3 fois
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 1 Avr - 09:27 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Nikos Kazantzakis : Alexis Zorba
 
Composition et rythmes narratifs : Le roman  compte 26 chapitres qui s’organisent
 selon un plan chronologique :
 
 Du Pirée au village de Crète .
1-      La rencontre de Zorba au Pirée (p 9 à 23) 13 pages
2-      Le voyage du Pirée en Crète et l’accueil en Crète. (p 23 à 40) 17 pages
      Ces 30 premières pages correspondent aux 34-35 heures du voyage : 1 journée, une       
 nuit, une matinée et un après midi.
3-      Le repas et la nuit chez dame Hortense.(p 40 à 54) 14 pages.
4-      Entre souvenirs et projets, les travaux de la mine. (p 54 à 68), 15 pages pour
plusieurs jours.
5-      L’hospitalité crétoise: le repas chez l’oncle Anagnosti et les utopies du narrateur, (p 69 à 79),
 10 pages pour une journée .
6-      Jours de pluie : projets et danse de Zorba, travaux de la mine et travail sur Bouddha.(p 79 à 94),
 15 pages, 2 jours.
7-      Récit par Zorba de ses amours avec Sophinka et Noussa autour d’un brasero. (p 95 à 105),
 nuit suivante.
 
      Ces 7 premiers chapitres en 95 pages décrivent le voyage et l’installation  sur la côte      
sud de la Crète. 
Ils se déroulent à l’automne et s’étendent sur 2 à 3 mois mais        l’essentiel du récit se
concentre autour des 
2 jours et deux nuits  décrivant le voyage et l’arrivée au village, sur la journée du
 repas chez l’oncle Anagnosti
 et sur deux autres jours de travail et une nuit consacrée au récit des amours de
 Zorba.
Les premiers signes annonciateurs de la catastrophe.
 
8-      Pluie d’orage et refuge au café : l’hostilité du village à la veuve et l’amour désespéré
du fils Mavrandoni.
 Première fuite du narrateur. (p 106 à123) 17 pages pour une journée .
9-      L’écroulement d’une galerie et la catastrophe évitée de justesse.
 (p 123 à 131), 8 pages, une journée.
10-  Fêtes de Noël : lutte du narrateur contre son obsession de la veuve.
 Deuxième fuite. (p 132 à 143), 11 pages
 pour la semaine de Noël au jour de l’an.
11-  Jour de l’an : rencontre fortuite de la veuve par le narrateur et repas 
du jour de l’an chez Dame Hortense. 
Récit par Dame Hortense de ses amours. 3ème fuite du narrateur. (p 142 à 155), 
13 pages. Une Journée et une nuit.
 
      Dans ces quatre chapitres, en 49 pages, qui  se déroulent au début de l’hiver et    
s’achèvent avec les fêtes 
de Noël et du jour de l’an, le lecteur voit se nouer l’action et         
se manifester les prémisses de la catastrophe
 finale réparties sur 4 journées marquantes. 
 
Lenteurs du cheminement tragique.
 
12-  Départ de Zorba pour Candie. Lecture par le narrateur de la lettre 
de l’ami d’Afrique et  de celle de l’ami
 du Caucase. (p 155 à 165), 10 pages, une journée, une nuit, une journée.
13-   Lettre de Zorba au 6ème jour de son séjour à Candie : récit de ses 
amours avec Lola.
 
       ( p 166 à 178), 13 pages.
14-  Les rêves de mariage de Dame Hortense et le suicide du fils Mavrandoni.
 Le cadeau de la veuve au narrateur. 
(p 179 à 190) 12 pages, samedi 1er mars.
15-  Visite du narrateur à la cité minoenne et au monastère de la très sainte Egorgée.
 Fuite du narrateur,
 la 4ème fois ( p 190 à 201) 11 pages, une journée et une nuit.
16- Retour de Zorba averti par le narrateur de la promesse de mariage faite en 
son nom à     
 dame Hortense. Discussions sur le bonheur. (p 201 à 212), 11 pages, 2 jours et 2 nuits.
 
Ces 5 chapitres décrivent en 57 pages la période du jour de l’an au début mars, 
fin de l’hiver et période où le drame couve en se précisant avec le suicide du fils 
Mavrandoni et la marche du narrateur pour tromper son obsession.
 
Une Semaine Sainte dominée par les préoccupations païennes.
 
17-  La démarche au monastère pour la signature du contrat d’exploitation de la forêt, 
le Lundi Saint.(p 213 à 224), 11 pages pour une journée.
18-   Meurtre au monastère et signature d’un contrat avantageux. Nuit et Mardi Saint.
 (p 224 à 239) 15 pages.
19-  Fiançailles de Zorba et de Dame Hortense sur la plage et sous le ciel étoilé. ( p 239 à 249) ,
1o pages pour le récit de cette soirée du Mardi saint jusqu’à minuit passé.
20-   Récit par Zorba de ses combats en Bulgarie qui ont désacralisé la notion de patrie.
 Début de la maladie de Dame Hortense. Bénédiction du premier poteau du téléphérique et 
mise en place des autres poteaux. (p 250 à 261), 11 pages  pour la suite de la nuit et 
la journée du Mercredi Saint.
21-  Repas de Pâques en l’absence de Dame Hortense, malade. Amours de la veuve et du narrateur. 
(p 262 à 273), 11 pages pour le dimanche de Pâques et la nuit suivante.
     
      Ces 5 chapitres décrivent, en 61 pages, les événements qui préparent la catastrophe        
 finale durant toute la Semaine Sainte mais sont principalement concentrés autour du          
  récit de la démarche au monastère et du jour de Pâques.
 
Lendemains tragiques de Pâques.
 
22-  Egorgement de la veuve malgré l’intervention héroïque de Zorba au cours de la
 fêteaide du narrateur. (p 274 à 286)  12 pages  pour une semaine du lundi de Pâques au samedi 
ou dimanche (réconciliation avec Manolakas) avec une ellipse narrative sur les 3 ou 4 jours entre
 les deux événements.
23-  L’agonie et la mort de Dame Hortense. Le pillage de ses biens. La scène se déroule
 une semaine après la mort de la veuve, le dimanche ou le lundi jusqu’à la nuit tombée. 
Elle est décrite en 14 pages.
24-  Discussion au retour sur la vie, (même soir que précédemment), la mort et l’ignorance
 de l’homme. L’incendie du monastère et la mort du moine incendiaire sur la plage (nuit du 27 
au 28 avril, (14 pages).
25-   Inauguration et écroulement du téléphérique (30 avril et veille du 1er mai).
 Danse exprimant la révolte démoniaque de l’homme. Bonheur paradoxal après la catastrophe.
 Dernière lettre de l’ami du Caucase puis sombre pressentiment que le narrateur parvient à calmer.
 12 pages. 30 avril, nuit et 1er mai jusqu’à l’après-midi.
26-   Soirée d’adieux et séparation (2 mai) Télégramme annonçant la mort de Stavridaki, l’ami 
 parti au Caucase. Courriers de Zorba et dernier courrier annonçant sa mort. 14 pages pour
 une soirée et 5 années.
  Ces 5 derniers chapitres décrivent en 73 pages la succession des événements tragiques, 
  du lundi de Pâques au 1er mai,  qui marquent le dénouement du récit  et se prolongent           
  les 5 années suivantes.
 


 L’essentiel de l’action se déroule sur 8 mois de l’automne au 2 mai. Le récit s’attarde sur le 
départ du Pirée, la traversée et l’installation en Crète. L’intensité dramatique ne cesse de croître,
ensuite, pour se dissoudre en une  cascade d’événements tragiques qui se succèdent sur les
 5 derniers chapitres et se prolongent, après la séparation de Zorba et du narrateur, sur les
 5 années suivantes évoquées avec une accélération du rythme narratif dans les 10 dernières pages.
 Les signes annonciateurs de la catastrophe se manifestent dès le chapitre 8 avec la description 
 de la scène de café, au moment de l’averse. Ils ressurgissent avec le suicide du fils Mavrandoni 
au chapitre14. Les Chapitres 14 à 26, soit la moitié du roman, sont concentrés autour de Pâques, 
sur la période du 1er mars au 1er mai.  A partir du 1er mars, les événements tragiques se précisent
et se précipitent, s’abattant d’abord sur les moines puis sur les personnages principaux du roman.
 La composition du roman peut être comparée à celle d’une tragédie dont le dénouement interminable 
se prolonge en une série de catastrophes toutes concentrées autour de la fête de Pâques. 
Les tragédies de l’existence humaine s’opposent aux joies de la Résurrection que célèbre la fête de Pâques 
 
 


Dernière édition par Dan.L le Mar 3 Juin - 16:07 (2014); édité 2 fois
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Dan.L
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Message Posté le : Mar 1 Avr - 09:28 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Epoque du récit et prolongements dans le temps et l’espace 
 
 
  
 
 
Les personnages font le récit de leur participation  aux luttes du peuple grec à la fin du XIX ème 
et début du XXème siècle . 
 
 
a)      L’insurrection crétoise contre les turcs (1896- 1898) aboutit à la proclamation de l’autonomie
 de la Crète. 
 
 
      Zorba évoque sa participation à cette révolution au chapitre 2 p. 28-29 et la liesse
  populaire à l’arrivée
 du roi Georges  dans la Crète libérée (p. 30-32,chap. 20, p.259)). 
 
 
      Dame Hortense s’est également trouvée mêlée à ces événements.
 Dans le port de Souda où les flottes anglaise,
 française, italienne et russe avaient jeté l’ancre, elle avait rencontré les 4 amiraux 
sur le vaisseau- amiral, elle les
 suppliait en leur caressant la barbe de ne pas bombarder la Canée et était devenue 
leur maîtresse ( chap  3, p. 48 à 52, chap 6, p.92-93,
 chap 14, p.181-182, chap 19, p.240, 244, chap 23, p 292-293)). Son perroquet porte 
le nom de l’amiral italien Canavaro 
et elle doit elle-même, par dérision, son surnom de « Bouboulina » au rôle qu’elle
 s’attribue dans cette révolution.  
 
 
 Bouboulina est en effet une héroïne de la guerre d’indépendance (1821-1824). 
Laskarina Bouboulis  naît en1771, 
dans une prison de Constantinople où sa mère est allée rendre visite à son époux,
 condamné à mort par les turcs. Elle épouse un capitaine de Spetses qui périt sur son bateau attaqué par des pirates,
 puis Bouboulis qui meurt dans les mêmes conditions. Devenue elle-même capitaine, elle fait fortune en forçant le blocus imposé par les anglais
 à Napoléon et  devient propriétaires de chantiers navals et d’une flotte de Bricks et de Goélettes auxquelles elle
 adjoint une puissante corvette,« L’Agamemnon ». 
 Mère de 7 enfants et devenue amiral, elle engage toute son escadre dans la guerre 
d’indépendance et participe aux sièges de Nauplie et de Monemvassia. Elle meurt sur le balcon de sa maison, à 54 ans,
 le 22 mai 1825, touchée en plein front par deux coups de feu par un membre de la famille d’une demoiselle 
qu’un de ses fils avait enlevée. 
 
 
 
b) les guerres balkaniques 
 
 
Zorba a également combattu férocement dans les luttes patriotiques à la frontière
 de la Bulgarie avec Pavlo Mélas, homme politique et héros patriote, mort  en 1904  
(chap 20, p. 252 à 257, et le capetan Rouvas , de son vrai nomGiorgos Katehakis qui 
a participé à la lutte macédonienne en 1904-1905 puis à la première guerre balkanique. 
Ces combats contre les turcs et les partisans bulgares (comitadjis se déroulent vers 1904) 
 
 
c)      l’exode des grecs du Caucase 
 
 
Stavridaki, l’ami du narrateur parti pour sauver ses compatriotes  dans la région du Caucase, évoque dans ses l
ettres (chap 12, p.155 à 165 et chap25, p.329-330)  les massacres et l’exode de ces populations menacées qui,
 en 1920-1921, fuient devant les troupes ottomanes vers les ports de la Mer Noire Tbilissi et Batoumi où des 
bateaux envoyés par le gouvernement grec vont les chercher pour les conduire en Thrace et en Macédoine.11181 
grecs auraient été cependant  massacrés en  1921. 
 
 
d) La guerre gréco-turque de 1919-1922 qui aboutit à la catastrophe de Smyrne  
en 1922  et, après le traité de Lausanne (1923), à un échange de populations entre Grèce et 
Turquie : arrivée de 1300 000 Grecs contre le départde 385 000 turcs,
 est peu évoquée dans le roman qui précède de peu ces événements. Elle l’est, semble-t-il, 
quand l’auteur évoque les 5 années qui ont suivi la séparation du narrateur et de Zorba :
 « Cinq années passèrent, cinq longues années terribles, pendant lesquelles le temps s’élança, 
effréné. Les frontières géographiques entrèrent dans la danse, les Etats se déployaient
 et se contractaient comme des accordéons. Un certain temps, 
Zorba et moi fûmes emportés par la bourrasque ; de temps à autre, les trois premières années, 
je recevais une brève carte de lui. » 
 
 
e) La grande famine en Allemagne 
 
 
C’est à Berlin que la narrateur reçoit la dernière lettre de Zorba ( chap 26, p. 341-342).
 Il parle de la grande famine
 qui y règne et de la misère après la dévaluation catastrophique du mark. 
Cette dévaluation s’est produite en 1923. 
 
 
  
 
 
Epoque du roman 
 
 
Le télégramme  annonçant la mort de Stavridaki lui est parvenu à Candie,
 juste après la séparation avec Zorba. Le séjour du narrateur à Berlin 
se situe  au moins  3  ans après la séparation (p. 340_341). Zorba répond 
à la lettre dans laquelle le narrateur lui explique le refus de son invitation
 puis interrompt sa correspondance. Le narrateur poursuit : « De nouveau, 
de terribles événements nous séparèrent, le monde continua de chanceler
 comme un blessé, comme un homme ivre, amitiés et soucis personnels 
furent engloutis. » ( p. 342)  Le courrier annonçant sa mort lui parvient 
à Egine. L’action du roman doit donc se dérouler entre l’automne 1919 et le printemps  1920.   
 
 
  
 
 
Lieux de l’action 
 
 
La rencontre du narrateur avec Zorba a lieu dans un café du Pirée après une 
nuit de tempête. Le narrateur s’apprête à prendre le  bateau pour la Crète où se déroule l’essentiel de l’action. 
Après avoir navigué en mer Egée et longé les côtes de Crète (p.27),
 ils  aperçoivent par le hublot le Mont Ida et arrivent, au bout de 30 à 36 heures,
 un samedi, en fin d’après-midi, sur une côte sablonneuse au sud de la Crète. (p.33).
 Le village, brièvement décrit (p.35)se trouve à peu de distance de même que la mine 
de lignite (p.15). Après une nuit à l’auberge de Dame Hortense (p.40
) ils construisent une cabane au bord de la plage (p.61). L’essentiel du récit
 se déroule sur cette plage, au village 
et à la mine de lignite qui se trouvent à proximité. 
On découvre le café du village où on les accueille (p.37-45) et 
où tout le monde se réfugie, le jour de l’averse (chap8) 
L’égorgement de la veuve a lieu sur le parvis de l’église au 
bout de la place du village où se déroulent les danses du lundi de Pâques.
 (chap 22). Zorba se rend à Candie, actuelle Héraklion, pour acheter le matériel 
nécessaire à la construction du téléphérique. Le narrateur, au chapitre 15,
 se rend, en une matinée de marche  dans la montagne (p.191), 
sur les ruines d’une cité minoenne puis redescend
 sur le rivage et de là se rend au monastère de la 
Sainte Egorgée où il assiste à l’office du soir et dialogue avec 
la Supérieure avant de regagner à la nuit tombée le bord de
 la mer pour un bain nocturne. Le monastère de Notre-Dame
 de la Vengeance, où le narrateur et Zorba se rendent
 pour négocier l’exploitation de la forêt (chap. 17 et 18) se trouve
 à presque une journée de marche (p. 219, 225). 
Quand l’état de Dame Hortense s’aggrave, le narrateur envoie
 chercher le médecin au village de Kalo (p.272). 
Toutes ces indications conduisent à situer la plage et le village
sur la côte entre Aghia Galini et Matala. 
 
 
  
 
 
Avec l’évocation des souvenirs des personnages le récit s’étend 
à l’ensemble de la Grèce et même à l’ensemble 
du Moyen-Orient. Zorba est originaire de Macédoine
 (p. 120, 205, 207, 262) où il a été colporteur, il a fondé 
une famille en Chalcidique (p. 80, 82,83,87) et travaillé 
comme mineur à Pravitsa où il reçoit une lettre
 de son frère, épicier à Salonique. Il  a séjourné au mont 
Athos où il a fait connaissance avec le Père Lavrentio (p.168)
 et y retourne après la séparation avec le narrateur.
 Il a également vécu en Russie, dans la région de Novorossisk (p. 87)
 où il a connu Sophinka  et dans le Kouban où il a épousé
 Noussa.(p.100). Il a participé à la révolte crétoise de 1896 (p.28 à 32)
 et à la lutte en Macédoine contre les comitadjis bulgares
 (p.252 à 257). Il poursuit sa vie en Roumanie (p.340)
 puis en Serbie (p.340) près de Skopije où il meurt. 
 
 
Le narrateur, originaire de Crète, se trouvait au Pirée, 
au début du récit, et regagnait la Crète. 
Après la séparation avec Zorba,
 il se rend à Candie, à dos de mulet, et regagne
 le continent (p.339). Les années suivantes, 
il voyage en Europe et séjourne
 à Berlin puis retourne en Engadine où il avait 
fait un séjour exquis avec Stavridaki . 
Il revient en Grèce et  c’est dans sa maison
 au bord de la mer, à Egine, qu’il rédige la légende 
dorée de Zorba.(p. 346-347) et 
qu’il reçoit le courrier lui annonçant la mort de Zorba. 
 
 
L’évocation des souvenirs de Dame Hortense conduit
 le voyageur un peu partout dans le Moyen-Orient : en Crète, à la Chanée à Alexandrie
Beyrouh,Smyrne, Constantinople(p.37,p48,p150,p181,275)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               
 
 
Les lettres de Stavridaki  évoquent la persécution des Grecs dans la région du 
Caucase et de l’actuelle Arménie et Géorgie (p. 163-164, 329, 339))). Celle de Karayannis parle 
des montagnes du Vassamba au Tanganyka (p. 160-161). 
 
 
L’essentiel du récit se déroule en Crète, s’étend à l’ensemble de la Grèce et des pays voisins. 
 
 


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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:38 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Le personnage de Zorba 
  
1- Un personnage fascinant à la vie intense et chaotique. 
   
A) Ses nombreux métiers et ses aventures en Grèce, dans les Balkans et en Russie 
Le narrateur est fasciné par ce personnage, dès son apparition à la vitre du café : « Un inconnu 
…connaisseur fasciné. » (p.16-17). Le lecteur découvre le personnage et son passé à travers  
les nombreux récits que Zorba fait au narrateur. 
 D’origine macédonienne, il est né dans un village au pied de l’Olympe. (p.19, 205 207 262).  
« Un inconnu…Il me plut. » (p.16-17).Il est alors  
âgé de 65 ans (p.59) Il a fait tous les métiers et parcouru la Grèce et le Caucase sans qu’on puisse reconstituer 
 toute la chronologie de ses aventures. 
 Il a travaillé comme mineur, son dernier emploi, mais sur un coup de tête a rossé son patron sans motif  (p.18).  
A vingt ans, il a été pris de passion 
 pour le santouri et contre l’avis de son père est allé étudier le santouri , pendant un an, chez un maître turc,  
Restep Effendi, à Salonique (p.19) 
 Le santouri lui sert à exprimer son trop plein d’émotions. Le narrateur explique sa fascination en le décrivant : 
 « Je comprenais…sur la chaise. » (p.20-21) 
Il a ensuite exercé le métier de potier avec passion  et s’est coupé le petit doigt qui le gênait. (p.25-26).  
Tombant dans le panneau en aveugle,  
il  a fondé une famille, a bâti une maison en Chalcidique, a connu les embêtements de la vie familiale (p.20).  
Il a éprouvé une douleur folle 
 extériorisée par la danse, à la mort de son premier né, Dimitraki, âgé de 3 ans (p.87).  
Il a également eu une fille Phrosso, à l’égard de qui  
 il montre plus d’ouverture d’esprit que son frère, bien-pensant, épicier à Salonique,  
qui l’accuse d’avoir souillé l’honneur familial en faisant un enfant avant d’être mariée. (p.82-83)   Il a également exercé le métier de colporteur, 
à Salonique (p.121) et en Macédoine, trouvant dans chaque village une veuve compatissanteP.29. 
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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:40 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

C’est alors qu’homme fait, âgé de 32 ans, il part en Crète pour participer aux combats de la libération de la Crète (1896-1898).
Il combat avec sauvagerie, coupant sans les compter les têtes turques et mettant leurs oreilles dans l’alcool. (p.28-29) Il assiste à la joie de la Crète libérée. (p. 32)
Il se bat également comme une brute, contre les bulgares, sous les ordres de Pavlo Mélas (p.252) et du capitaine Rouvas en 1904 (p.323)
mais prend conscience de la barbarie de la guerre et des horreurs auxquelles conduit le patriotisme nationaliste. (p.253 à 257).
Mis en prison, il s’est évadé et a travaillé comme mineur dans une mine de cuivre en Russie dans la région du Caucase où il se marie avec Sophinka puis avec Noussa .
Il fait pour un compagnon russe la récapitulation de tous ses métiers : « Je lui décrivais… en Russie. » (p.88-89). Son visage et son corps portent les cicatrices de cette vie. « Son visage…Istrati. » ( p.18)
« J’approchai … passoire. » (p. 253)
On l’a surnommé « pelle à four », « passa tempo », « mildiou » (p.18-19).

B) Son affaire interminable : la femme.
Il raconte avoir été marié en Chalcidique où il avait bâti une maison. Il décrit sa douleur à la mort de son premier né Dimitraki, âgé de 3 ans .
Mais il décrit le mariage et la vie de famille comme un piège. (p. 20, 82, 87, 96)).
Il raconte ses mariages à moitié honnêtes dans la région de Novorossisk, avec Sophinka qu’il quitte au bout de trois mois puis avec Noussa,
rencontrée 10 jours plus tard et qui part avec un beau militaire, 6 mois après. Son coeur, tout rapiécé (p. 104) est déchiré mais se cicatrise
et il ne manifeste aucune rancune (p. 97 à 105) et montre une indulgence généreuse vis-à-vis de la femme être « faible » et incompréhensible ». (p.104)
Pour le reste ses aventures ont été innombrables. A ses yeux, les unions légales sont sans saveur : « Les unions…(p.96).
Quand il était jeune il faisait collection des mèches de cheveux des filles qu’il avait séduites, une par fille, et s’en était fait un oreiller qu’il a fini par brûler. (p.96-97).
Au temps où il était colporteur en Macédoine il trouvait dans chaque village une veuve compatissante : « En ce temps-là … la bonne vie » (p.29)
.Il ajoute s’être comporté comme un coq : « Moi, quand…pendre ! » (p.253) C’est près d’une veuve Ludmilla qu’il trouve refuge
dans un village bulgare où on le cerne : « Une autre fois…Ludmilla. ». (p.256-257) .
Son plus grand péché, selon lui, est d’avoir refusé de coucher avec une riche musulmane lorsqu’il était colporteur à Salonique.
Mais son refus était dicté par la méfiance des turcs qui, selon la rumeur, tuaient des chrétiens dans les quartiers turcs. (p.121).
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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:48 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

2- Le pessimisme d’un homme revenu de beaucoup d’illusions. La liberté de pensée.

Revenu de beaucoup d’illusions, Zorba affiche un pessimisme qui oscille entre doutes et accès de révolte.
a) ses doutes métaphysiques et son anticléricalisme :
De son passé d’enfant de chœur, il a retenu les prières qui lui permettent de se livrer à une parodie de cérémonie religieuse
 pour
célébrer ses fiançailles également parodiques avec Bouboulina. (p .243). Il lui arrive encore de se poser la question de
 l’existence de Dieu (p. 124)
et de son incarnation (p. 135-136), d’avouer ses doutes et son désarroi devant la question de la Foi (p.136) « ma foi
…drôle de machine que l’homme !
» Mais, le plus souvent on le voit afficher un nihilisme total : « Ne te fâche pas, patron. Non, je ne crois en rien
. Si je croyais en l’homme, je croirais aussi en Dieu,
je croirais aussi au diable. Et c’est toute une affaire. Les choses s’embrouillent alors, patron ; et ça me cause
 un tas d’embêtements. » (p.66) Il va jusqu’à proclamer
que la vie de l’homme n’a pas de sens et, que pour lui, tout est égal et indifférent sauf le sentiment d’être vivant : 
« Je ris parce que…suffoquer. » (p.167)
Mais son comportement dément cette négation de toute échelle de valeurs.
Son anticléricalisme, lui ne se dément pas : Du père Lavrentio, rencontré au Mont Athos, il se rappelle qu’il était,
 de son propre aveu, possédé du diable (p.168)
Zaharia, rencontré sur le chemin du monastère fait le même aveu (p. 216) et décrit le monastère comme le jardin
 de satan (p.215) : »Retournez sur vos pas…Trinité. »
Parvenus au monastère, le narrateur et Zorba peuvent constater la véracité des propos de Zaharia. Zorba vérifie
 leurs convoitises et leur corruption e
t exprime son dégoût (p.221) : « Dis donc, Qu’est-ce que c’est que ces types-là ? fit Zorba avec dégoût. Ni hommes, 
ni femmes, des mulets. Pouah ! qu’ils aillent se faire pendre !.
..la cervelle ! » Dans la nuit le meurtre du novice par son protecteur Dométios donne raison à Zaharia qui décrivait 
le monastère comme Sodome et Gomorrhe
. Zorba exploite le scandale pour faire du chantage près de l’higoumène et obtenir l’exploitation de la forêt
avec une réduction substantielle (p. 237). En quittant le monastère, et après avoir soufflé à Zaharia le moyen 
de se venger et d’incendier le monastère,
il appelle sur lui la malédiction des moines (p.237-238) comme il a appelé sur lui la malédiction du Pope du village
 ren contré peu avant l’écroulement
de la galerie (p.127) et dont il a remarqué, à l’office de Noël, la hâte pour se jeter sur la nourriture après le jeûne
 de l’avent (p. 135) . Dans ses dernières
volontés, il demande à son voisin l’instituteur de faire déguerpir le pope qui viendrait le confesser et lui donner les
 derniers sacrements et de lui demander sa malédiction
(P. 348). Il se dit « libéré des popes » comme il l’est de la patrie et de l’argent. (p.255)

b) sa vision pessimiste de l’homme :
Son expérience de la vie le conduit à la conclusion que l’homme est une brute : « L’homme …moi. » (p.66),
 « une bête fauve » (p.177), « une bête féroce » (p.257)
Il critique les rêves socialistes du narrateur et le dissuade de fraterniser avec ses ouvriers. Selon lui le patron 
doit garder ses distances et inspirer le respect
sous peine de se faire manger : Garde…te veux. » (p.66) Il critique le narrateur de vouloir éclairer le peuple 
et de faire prendre conscience aux hommes de leur
misère s’il n’a pas à leur offrir « un monde meilleur que le monde de ténèbres où ils vivent maintenant. » (p.75)
Sa participation à la révolte de Crète en 1896 et aux luttes balkaniques où il a combattu sauvagement le conduit
 à la prise de conscience de la barbarie de la guerre
qui fait de l’homme une bête féroce, à rejeter le patriotisme (p. 257), à proclamer sa fraternité avec tous les hommes
 (p. 29-30 et 252 à 257) bien que l’humanité pue (p. 170).

c) Sa pitié pour la femme :
Influencé par sa mentalité méditerranéenne et instruit par ses nombreuses aventures, Zorba s’est forgé de la femme
 une image où la pitié, jointe au mépris,
se mêle à l’indulgence et lui inspire une certaine générosité.
Les propos de son camarade russe sur les femmes enlevées par les révolutionnaires s’accorde avec son sentiment
 de la faiblesse et de la vulnérabilité de
s femmes (p. 88) : « Au commencement, elles pleuraient, les garces, elles se griffaient et griffaient, mais tout doucement
, elles s’apprivoisaient,
elles fermaient les yeux, elles glapissaient de satisfaction. Des femmes quoi.. »
La malédiction de sa propre grand-mère, âgée de 80 ans, lui a donné l’idée que la femme, « créature faible et pleurnicheuse »
 a un besoin maladif
de se sentir désirée (p. 57-59) : « - oui, elles n’ont que ça en tête.. j’ai souffert ! », « Et si…sein . » (p. 256)
Le récit de la création de la femme par son grand-père a conforté cette vision négative (p. 152-153) : « - Mon grand-père
…et j’en suis là ! »
Il en vient à dire que la femme n’est pas un être humain : « Tu peux dire ce que tu veux…on est foutu ! » (p .104-105)
Lui-même a adopté un comportement plein de mépris (p.253) : « Moi, quand j’ai senti que j’étais un homme… qu’elles aillent 
se faire pendre ! »
Pleurer devant une femme serait un aveu de faiblesse de l’homme : Au moment de la mort de Bouboulina , il sort pour 
cacher ses larmes.
Le narrateur rapporte ses propos à ce sujet (p. 295) : « Je me rappelle…Ce sera la fin du monde. »
Il a rapporté des cadeaux à Bouboulina sachant que la femme, créature faible, délicate, est fascinée par l’argent (p. 202-203) :
« C’est un être humain…patron ! »
La réconciliation avec Manolakas, après l’égorgement de la veuve, ne peut s’expliquer que par le rang inférieur de la
 femme dans cette société crétoise
et la domination de l’homme qui fait prévaloir les questions d’honneur sur tout le reste (p. 283-286)


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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:51 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

3- Un appétit de vivre intense et intact.

a) Malgré ses 65 ans et ses désillusions, Zorba a gardé le regard
 émerveillé d’un enfant. Le narrateur note ce regard neuf et émerveillé (p.63) :
« Les choses.. Zorba voit chaque jour toutes choses pour la première fois .
. dans les airs. », (p.158), (p.175-176)) : » Semblable à l’enfant…sur terre. »
Malgré ses nombreuses aventures il reste émerveillé par la garce de vie
 et l’éternelle virginité de la femme . (p. 93) « Il le vida… ne se rappelle pas. »

b) Sa pensée est concentrée sur le présent et il possède une aptitude
 à vivre pleinement le moment présent (p.45) : « moi, en ce moment…
Pas de demi-mesures, tu comprends ? » Travailleur acharné (p.61), il a
 aussi le goût du commandement et se donne tout entier à sa tâche surtout 
quand le danger d’écroulement se précise. (p.129)

c) Il sait réserver des moments entièrement consacrés à satisfaire les besoins 
et les appétits du corps. « Les besoins fondamentaux de l’homme
– nourriture, boisson, femme, danse – demeuraient encore inépuisables et frais 
dans son corps avide et robuste. » (p.145)
C’est lui qui fait la cuisine avant et après son travail (p.81- 82), (90-91), (p.210-211).
 Après une journée de travail , la boisson et la nourriture le raniment (p.81)
il mange toujours avec appétit),( repas de Noël (p.137) et du jour de l’an (p.147) chez dame Hortense, repas de Pâques malgré l’absence de Dame Hortense, malade (p.264),
repas à la baraque (p.308,323-325). sauf après l’égorgement de la veuve où il reste
 plusieurs jours sans manger (p.282 A l’inverse, à la mort de Bouboulina, il se précipite sur la nourriture
pour faire diversion à son chagrin (p.296) Selon sa théorie il est de ceux qui transforment
 ce qu’il mange en travail et en bonne humeur. (p.81)
On le voit aussi prendre un bain nocturne et le savourer avec une joie animale (p.90) .
Il extériorise sa douleur et sa joie par une danse sauvage (p.84, 87, 107). Le santouri 
lui permet de chasser
le cafard (p.19-20) et d’exprimer ce qu’il ne peut exprimer autrement, par exemple, dire au narrateur qu’il gâche sa vie en luttant contre son amour de la veuve (p. 120). Il accompagne 
parfois
un chant sauvage sorti du fond des entrailles (p.176) et son chant attire les ouvriers qui
 forment un cercle de danse autour de lui (p.205).
d) Les plaisirs de l’amour :
Les plaisirs de l’amour sont, pour lui, la clé du paradis. Selon lui, ceux qui les fuient sont des estropiés et « les estropiés n’entrent pas au Paradis ! » (p.26).
Ses nombreuses aventures n’ont pas affaibli ses désirs, il s’intéresse particulièrement 
aux veuves comme Dame Hortense (p. 37, 39) et les marques de
vieillesse ne freinent pas son ardeur dès le lendemain de leur arrivée (p. 46,47 à 53),
 puis la nuit de Noël (p.138). La nuit du jour de l’an, il est dépité de
la voir s’endormir (p.146 à 152). Il ne se dérobe que le soir des fiançailles (p.245). Il continue de s’émerveiller sur le mystère de la femme (p.63) et son éternelle virginité (p.93).
La veuve Sourmelina l’enflamme aussi, immédiatement, (p.116) mais il comprend qu’elle n’est
 pas pour lui et encourage le narrateur à la prendre (p.118-119 : « Ne déshonore pas…la maudite ! »
Le soir même de son arrivée à Candie, il se lie avec la jeune Lola (p.171), 40 ans plus jeune, et prolonge ses amours avec elle une quinzaine de jours (p.171 à 175). Pour ne pas lui faire honte,
il se teint les cheveux et se sent redevenu un jeune homme de vingt ans (p.174 et 205). Après la séparation, ses aventures amoureuses se poursuivent avec des femmes plus jeunes :
une roumaine plantureuse, et une jeune serbe, Liouba, qu’il épouse après lui avoir fait un enfant.
 On comprend qu’il réinvente le mythe de Zeus et se voie en nouveau Zeus, patron
d’une agence matrimoniale et martyr de l’amour. (p.245 à 248)
Le refus de la sagesse
Pour Zorba, la vie est une succession de bagarres et d’embêtements. Les fuir 
c’est se condamner à ne pas vivre comme le narrateur. (p.119) Il a fait sienne la 
phrase d’Erasme qu’il cite presque :
« Tous les hommes ont leur folie, mais la plus grande folie, m’est avis que c’est de ne 
pas en avoir. » (p.170) La folie nécessaire manque au narrateur .(p. 336-337)
Selon le narrateur Zorba, homme primitif faisant craquer « l’écorce de la vie –logique,
 morale, honnêteté- atteint la substance. Toutes les petites vertus, si utiles, lui manquent.
Il ne lui est resté qu’une vertu incommode, difficile et dangereuse, qui le pousse irrésistiblement vers l’extrême limite, vers l’abîme. » (p.175). lui-même écrit dans sa lettre de Candie :
« Vu que je n’ai pas de contrat à terme avec ma vie, je lâche le frein quand j’arrive à
 la pente la plus dangereuse. La vie de l’homme est une route avec montées et descentes.
Tous les gens sensés avancent avec un frein. Mais moi, et c’est ici qu’est ma valeur, patron,
 il y a belle lurette que j’ai jeté mon frein, car les carambolages ne me font pas peur.
Les déraillements, nous les ouvriers, on les appelle carambolages. Que je sois pendu si
 je prête attention aux carambolages que je fais. Nuit et jour je fonce à toute pompe,
 je fais ce qui me chante : tant pis si je casse ma pipe. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Rien. 
De toute façon, même si je prends mon temps, je me la casserai ! C’est sûr ! Alors brûlons les étapes ! » (p.169)
A l’adresse du narrateur il dit : « Ah si j’avais ta jeunesse ! Se » jeter partout la tête la première ! Dans le travail, le vin, l’amour, et ne craindre ni Dieu ni diable. Voilà ce que c’est que la jeunesse !
« (p.265) L’âge n’a pas calmé sa folie bien au contraire : « Tout…patron ? » (p.149), »-C’est …le monde ! » (p.91-92)
Le rejet de la morale :
Logiquement il s’affranchit des règles de la morale habituelle et se moque du narrateur qui
 ne les a jamais transgressées : « A ce que je comprends, ta seigneurie n’a jamais eu faim,
jamais tué, jamais volé, jamais couché avec la femme d’un autre. Qu’est-ce que tu peux donc 
savoir du monde ? Cervelle d’innocent, chair qui ne connaît pas le soleil…
murmura-t-il avec un évident mépris. » (p.30) Dans sa lettre, il se dessine avec à ses 
trousses sept loups rouges représentant les sept péchés capitaux. (p.169).
Il se flatte même d’avoir violé tous les commandements en regrettant qu’il n’y en ait pas 
davantage à violer : « Mais j’ai volé, tué, menti, couché avec un tas de femmes,
violé tous les commandements. Il y en a combien ? dix ? Ah ! je voudrais qu’il y en ait vingt, cinquante, cent pour les violer tous ! Et pourtant, s’il y a un Dieu,
je n’aurai pas peur du tout de me présenter devant lui…soupe ! » (p.265-266)
Sa morale à rebours prône la purification par la satiété (p.222-223) et, à ses yeux, 
le plus grand péché qui précipite un homme en Enfer, s’il existe,
c’est de ne pas coucher avec une femme qui le souhaite. Il craint ce châtiment pour n’avoir pas accepté l’invitation de la riche musulmane (p.121)

L’homme révolté :
Sa révolte contre le clergé s’exprime, on l’a vu par un anticléricalisme qui va jusqu’à la
 vengeance. Non content d’appeler sur lui la malédiction des popes et des moines, i
l exploite le meurtre scandaleux du jeune novice pour faire du chantage sur l’higoumène 
et va plus loin en suggérant à Zaharia les moyens d’incendier le monastère (p.237).
Raffinement dans la vengeance et défi sacrilège, il met en scène la mort de Zaharia 
comme un miracle de Notre-Dame de la Vengeance, la veille de la bénédiction du téléphérique,
s’imaginant avec une joie vengeresse comme higoumène faiseur de miracles. (p.314 à 316)
La révolte contre Dieu :
Révolté, il l’a été par la mort de son fils Dimitraki qui avait trois ans (p.87) En le voyant danser,
 on l’a cru devenu fou. Il s’interroge constamment sur le problème du mal et ne comprend pas,
en évoquant la libération de la Crète en 1898, comment la liberté peut être le résultat d’une quantité de meurtres et de crapuleries où il avoue avoir eu sa part, et non la fleur
qui naît de la bonté et de l’honnêteté ? (p30-31). L’égorgement de la veuve fait ressurgir 
la question de manière insoutenable pour lui : « -Je te le dis…la limace Zorba ! » (p.279-280)
« Combien d’années…obscurité. » (p.280) Il va se calmer en allant marcher dans la montagne, 
le lendemain il déverse sa fureur sur les ouvriers et les 3 ou 4 jours suivants s’acharne au travail
« sans souffler, sans manger, sans boire » (p.282) Au contraire, à la mort de Dame Hortense, il rentre sa douleur en se jetant sur la nourriture et la boisson (p.296).
Au retour, c’est la question de la condition humaine et du pourquoi de la mort qu’il pose,
 ne parvenant pas comme Camus, notamment, à accepter le scandale révoltant de la mort :
« Est-ce que tu …meurt ? » et il éclate contre les livres qui n’ont pas permis an narrateur de trouver une réponse acceptable. (p .303-304) Il éclate à nouveau en défiant la mort :
 « moi…Paradis ! »
(p. 304-305) Il ne supporte pas non plus que le narrateur , en lui parlant de l’ascèse
 pratiquée 
par les moines tibétains, déprécie les plaisirs qui font son bonheur comparé, comme
dans Antigone d’Anouilh, à un os jeté aux chiens et il s’en prend avec fureur à celui 
qui nous jette les os : « Mais…figure. » (p.209-210). Il attribue au diable tout ce qu’il ya de beau
et de bon dans la vie et à Dieu tout ce qu’il ya de laid. (p.241-242)
Après la dernière catastrophe : l’écroulement du téléphérique, il apprend au narrateur
 à danser le zeïmbékiko puis exécute, seul, une danse « de défi, d’obstination et 
de révolte » :
« Il fit…démoniaque de l’homme. » (p.326)


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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:52 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Le courage héroïque et la tendresse humaine :
Le sentiment de la brièveté de la vie et du malheur humain lui inspire, comme à Camus, de la compassion pour 
 les vers de terre que sont les hommes
, comparaison qui revient souvent (p.95, 120, 255-256, 266,279, 304) et encore plus pour la femme 
 qu’il juge plus faible et plus fragile que l’homme :
« Il fut un temps…sein. » (p.255-256) Au nom de cette solidarité et de cette compassion il incite  
le narrateur à ne pas résister à son désir et à prendre

Quand le danger menace les autres hommes et que le malheur risque de s’abattre sur eux, 
 il se bat héroïquement. On le voit, quand la galerie 
menace de s’effondrer prendre tous les risques pour permettre aux ouvriers de se sauver  
(p.130-131). Pour secourir la veuve, il se dresse contre 
tout le village et se bat héroïquement pour la sauver (p.277-280), poursuivi ensuite par une rage 
 et un chagrin indicibles.
A l’égard des êtres avec lesquelles il se lie, il éprouve une profonde tendresse.Il garde un souvenir 
 ému de Sophinka et pardonne généreusement 
à Noussa. (p.95 à 104) . Il cajole Dame Hortense, au besoin en lui mentant (p.57, 138, 148), il lui  
rapporte des petits cadeaux et célèbre ses fiançailles 
avec elle (p.243-244). Au moment de sa mort , il s’en prend violemment aux pleureuses (p.293), 
 il essaie de la réconforter (p.294) puis lui ferme les paupières (p.295).
Il est le seul à éprouver un véritable chagrin (p.296)
Au narrateur, il avoue qu’il l’aime comme personne (p.326). Au moment de le quitter, il refuse  
les « consolations indignes » (p.336) et tranche dans le vif, en abrégeant les adieux et
en restant invisible, au départ du narrateur. (p.338-339). Sa façon de faire face c’est de se  
consacrer totalement au moment présent explique –t-il au narrateur 
qui lui reprochait d’avoir oublié Bouboulina: « Nouvelle route…vas-y ! » (p.307)

La lutte de Zorba a quelque chose de Prométhéen et illustre assez bien le combat de l’homme 
 avec Dieu que Kazantzakis décrivait dans la lettre à son ami e
t traducteur suédois Knös citée en introduction. Elle fait aussi penser à l’œuvre et à certains 
 personnages de Camus.

 





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Message Posté le : Mar 29 Avr - 20:53 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Bon, ce n'est pas top, mais j'espère que vous aurez eu moins de difficultés à lire

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Message Posté le : Mar 3 Juin - 15:32 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Bon , j'ai un peu amélioré! désolée pour les césures anarchiques mais je ne pouvais pas relire tout le texte
 pour choisir où passer à la ligne, cela m'aurait trop de temps


Dernière édition par Dan.L le Mar 3 Juin - 15:49 (2014); édité 1 fois
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Message Posté le : Mar 3 Juin - 15:49 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Epoque du récit et prolongements dans le temps et l’espace 
 
  
 
Les personnages font le récit de leur participation  aux luttes du peuple grec à la fin du XIX ème 
 
 et début du XXème siècle . 
 
a)      L’insurrection crétoise contre les turcs (1896- 1898) aboutit à la proclamation de 
 
 l’autonomie de la Crète. 
 
      Zorba évoque sa participation à cette révolution au chapitre 2 p. 28-29 et la liesse            
 
populaire à l’arrivée du roi Georges  dans la Crète libérée (p. 30-32,chap. 20, p.259)). 
 
      Dame Hortense s’est également trouvée mêlée à ces événements. Dans le port de Souda 
 
 où les flottes anglaise, française, italienne et russe avaient jeté l’ancre, elle avait rencontré  
 
les 4 amiraux sur le vaisseau- amiral, elle les suppliait en leur caressant la barbe de ne pas  
 
bombarder la Canée et était devenue leur maîtresse ( chap  3, p. 48 à 52, chap 6, p.92-93,  
 
chap 14, p.181-182, chap 19, p.240, 244, chap 23, p 292-293)). Son perroquet porte le 
 
 nom de l’amiral italien Canavaro et elle doit elle-même, par dérision, son surnom de  
 
« Bouboulina » au rôle qu’elle s’attribue dans cette révolution.  
 
 Bouboulina est en effet une héroïne de la guerre d’indépendance (1821-1824). Laskarina  
 
Bouboulis  naît en1771, dans une prison de Constantinople où sa mère est allée rendre  
 
visite à son époux, condamné à mort par les turcs. Elle épouse un capitaine de Spetses  
 
qui périt sur son bateau attaqué par des pirates, puis Bouboulis qui meurt dans les  
 
mêmes conditions. Devenue elle-même capitaine, elle fait fortune en forçant le blocus 
 
 imposé par les anglais à Napoléon et  devient propriétaires de chantiers navals et d’une 
 
 flotte de Bricks et de Goélettes auxquelles elle adjoint une puissante corvette,« L’Agamemnon ». 
 
Mère de 7 enfants et devenue amiral, elle engage toute son escadre dans la guerre 
 
 d’indépendance et participe aux sièges de Nauplie et de Monemvassia. Elle meurt  
 
sur le balcon de sa maison, à 54 ans, le 22 mai 1825, touchée en plein front par deux  
 
coups de feu par un membre de la famille d’une demoiselle qu’un de ses fils avait enlevée. 
 
b)      les guerres balkaniques 
 
Zorba a également combattu férocement dans les luttes patriotiques à la frontière de  
 
la Bulgarie avec Pavlo Mélas, homme politique et héros patriote, mort  en 1904   
 
(chap 20, p. 252 à 257, et le capetan Rouvas , de son vrai nom Giorgos Katehakis  
 
qui a participé à la lutte macédonienne en 1904-1905 puis à la première guerre  
 
balkanique. Ces combats contre les turcs et les partisans bulgares (comitadjis se déroulent vers 1904) 
 
c)      l’exode des grecs du Caucase 
 
Stavridaki, l’ami du narrateur parti pour sauver ses compatriotes  dans la région 
 
 du Caucase, évoque dans ses lettres (chap 12, p.155 à 165 et chap25, p.329-330)  
 
les massacres et l’exode de ces populations menacées qui, en 1920-1921, fuient  
 
devant les troupes ottomanes vers les ports de la Mer Noire Tbilissi et Batoumi  
 
où des bateaux envoyés par le gouvernement grec vont les chercher pour les conduire  
 
en Thrace et en Macédoine.11181 grecs auraient été cependant  massacrés en  1921. 
 
d) La guerre gréco-turque de 1919-1922 qui aboutit à la catastrophe de Smyrne   
 
en 1922  et, après le traité de Lausanne (1923), à un échange de populations entre  
 
Grèce et Turquie : arrivée de 1300 000 Grecs contre le départ de 385 000 turcs, est  
 
peu évoquée dans le roman qui précède de peu ces événements. Elle l’est, semble-t-il, 
 
 quand l’auteur évoque les 5 années qui ont suivi la séparation du narrateur et de Zorba : 
 
 « Cinq années passèrent, cinq longues années terribles, pendant lesquelles le temps s’élança,  
 
effréné. Les frontières géographiques entrèrent dans la danse, les Etats se  
 
déployaient et se contractaient comme des accordéons. Un certain temps, Zorba et  
 
moi fûmes emportés par la bourrasque ; de temps à autre, les trois premières années, 
 
 je recevais une brève carte de lui. » 
 
e) La grande famine en Allemagne 
 
C’est à Berlin que la narrateur reçoit la dernière lettre de Zorba ( chap 26, p. 341-342).  
 
Il parle de la grande famine qui y règne et de la misère après la dévaluation catastrophique 
 
 du mark. Cette dévaluation s’est produite en 1923. 
 
  
 
Epoque du roman 
 
Le télégramme  annonçant la mort de Stavridaki lui est parvenu à Candie,  
 
juste après la séparation avec Zorba. Le séjour du narrateur à Berlin  
 
se situe  au moins  3  ans après la séparation (p. 340_341). Zorba 
 
 répond à la lettre dans laquelle le narrateur lui explique le refus de 
 
 son invitation puis interrompt sa correspondance. Le narrateur poursuit : 
 
 « De nouveau, de terribles événements nous séparèrent, le monde continua 
 
de chanceler comme un blessé, comme un homme ivre, amitiés et soucis personnels 
 
 furent engloutis. » ( p. 342)  Le courrier annonçant sa mort lui parvient à Egine.  
 
L’action du roman doit donc se dérouler entre l’automne 1919 et le printemps  1920.   
 
  
 
Lieux de l’action 
 
La rencontre du narrateur avec Zorba a lieu dans un café du Pirée après une nuit  
 
de tempête. Le narrateur s’apprête à prendre le  bateau pour la Crète où se déroule  
 
l’essentiel de l’action. Après avoir navigué en mer Egée et longé les côtes de Crète (p.27), 
 
 ils  aperçoivent par le hublot le Mont Ida et arrivent, au bout de 30 à 36 heures,  
 
un samedi, en fin d’après-midi, sur une côte sablonneuse au sud de la Crète. (p.33).  
 
Le village, brièvement décrit (p.35) se trouve à peu de distance de même que  
 
la mine de lignite (p.15). Après une nuit à l’auberge de Dame Hortense (p.40)  
 
ils construisent une cabane au bord de la plage (p.61). L’essentiel du récit  
 
se déroule sur cette plage, au village et à la mine de lignite qui se trouvent 
 
 à proximité. On découvre le café du village où on les accueille (p.37-45) et  
 
où tout le monde se réfugie, le jour de l’averse (chap8) L’égorgement de 
 
 la veuve a lieu sur le parvis de l’église au bout de la place du village où se  
 
déroulent les danses du lundi de Pâques. (chap 22). Zorba se rend à Candie,  
 
actuelle Héraklion, pour acheter le matériel nécessaire à la construction du téléphérique. 
 
 Le narrateur, au chapitre 15, se rend, en une matinée de marche  dans la montagne (p.191), 
 
 sur les ruines d’une cité minoenne puis redescend sur le rivage et de là se rend au  
 
monastère de la Sainte Egorgée où il assiste à l’office du soir et dialogue avec 
 
la Supérieure avant de regagner à la nuit tombée le bord de la mer pour un bain 
 
 nocturne. Le monastère de Notre-Dame de la Vengeance, où le narrateur et 
 
 Zorba se rendent pour négocier l’exploitation de la forêt (chap. 17 et 18) se trouve  
 
à presque une journée de marche (p. 219, 225). Quand l’état de Dame Hortense 
 
 s’aggrave, le narrateur envoie chercher le médecin au village de Kalo (p.272).  
 
Toutes ces indications conduisent à situer la plage et le village sur la côte entre Aghia Galini et Matala. 
 
  
 
Avec l’évocation des souvenirs des personnages le récit s’étend à l’ensemble de 
 
 la Grèce et même à l’ensemble du Moyen-Orient. Zorba est originaire de Macédoine 
 
 (p. 120, 205, 207, 262) où il a été colporteur, il a fondé une famille en Chalcidique  
 
(p. 80, 82,83,87) et travaillé comme mineur à Pravitsa où il reçoit une lettre de  
 
son frère, épicier à Salonique. Il  a séjourné au mont Athos où il a fait connaissance  
 
avec le Père Lavrentio (p.168) et y retourne après la séparation avec le narrateur. 
 
 Il a également vécu en Russie, dans la région de Novorossisk (p. 87) où il a  
 
connu Sophinka  et dans le Kouban où il a épousé Noussa.(p.100). Il a participé à la  
 
révolte crétoise de 1896 (p.28 à 32) et à la lutte en Macédoine contre les comitadjis  
 
bulgares (p.252 à 257). Il poursuit sa vie en Roumanie (p.340) puis en Serbie (p.340 
 
 près de Skopije où il meurt. 
 
Le narrateur, originaire de Crète, se trouvait au Pirée, au début du récit, et regagnait  
 
la Crète. Après la séparation avec Zorba, il se rend à Candie, à dos de mulet, et 
 
 regagne le continent (p.339). Les années suivantes, il voyage en Europe et séjourne 
 
 à Berlin puis retourne en Engadine où il avait fait un séjour exquis avec Stavridaki . 
 
 Il revient en Grèce et  c’est dans sa maison au bord de la mer, à Egine, qu’il  
 
rédige la légende dorée de Zorba.(p. 346-347) et qu’il reçoit le courrier lui  
 
annonçant la mort de Zorba. 
 
L’évocation des souvenirs de Dame Hortense conduit le voyageur un peu partout 
 
 dans le Moyen-Orient : en Crète, à La Chanée, à Alexandrie, Beyrouh,  
 
Smyrne, Constantinople(p.3737,p.48,.150-151,p.181,275.)  Les lettres de Stavridakis évoquent la persécution                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       
 
dans la région du Caucase et de l’actuelle Arménie et Géorgie (p. 163-164, 329, 339))).  
 
Celle de Karayannis parle des montagnes du Vassamba au Tanganyka (p. 160-161). 
 
L’essentiel du récit se déroule en Crète, s’étend à l’ensemble de la Grèce et des pays voisins


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Message Posté le : Mar 3 Juin - 16:25 (2014)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond Répondre en citant

Zorba : le personnage du narrateur. 
 

 
 
Fasciné par Zorba dont il écrit la « légende dorée », il s’oppose à lui à bien des égards 
 
 mais noue avec lui une amitié féconde. Leur dialogue  se poursuit tout au long du roman,  
 
et interpelle le lecteur sur tous les grands problèmes de l’existence. 
 

 
 
1- Un jeune intellectuel crétois  
 
a) Sa jeunesse et ses origines crétoises. 
 
Le narrateur, toujours appelé « patron » par Zorba est un jeune intellectuel 
 
 âgé de 35 ans (p. 66) qu’il juge peu au fait des réalités : 
 
 « -Avec ta permission, patron, dit-il, j’ai l’impressionque ton cerveau n’est pas très consistant, 
 
 de la vraie pâte à crêpes.. » 
 
 A bien des égards, il est l’opposé de Zorba qui se moque de son ignorance de la vie : 
 
 « A ce que je comprends…et de boue. » (p. 30).  
 
Le lecteur reste dans l’ignorance de son nom, de son prénom et de son physique. 
 
 Ses origines  crétoises sont affirmées à plusieurs reprises   
 
Il parle de son grand-père maternel, Moustoyorgi qui habitait une bourgade de Crète 
 
 et n’était jamais allé ni à Candie, ni à La Chanée (p.61-62) et dont il raconte la mort, 
 
 à ses camarades d’école, en inventant le mythe des chaussures  
 
en caoutchouc qui l’auraient fait rebondir jusqu’au ciel. (p.85). 
 
 Il a une petite nièce nommée Alka. A son retour de Candie, 
 
 Zorba lui joue « un air crétois, de (son) pays » (p.205).  
 
En s’interposant entre Zorba et Manolakas pour les réconcilier, 
 
 il calme Manolakas en invoquant leur identité  crétoise commune 
 
 et le sens de l’honneur et de l’hospitalité des Crétois   à l’égard d’un hôte étranger  (p. 285). 
 

 
 
b) Sa formation livresque. 
 
Surnommé « souris papivore » par Stavridaki (p. 107, 129) et « gratte-papier » 
 
 par Zorba (p.137, 342), il a une prédilection pour Dante et les textes 
 
 bouddhiques (p. 42, 56), il a  eu une formation essentiellement  
 
livresque. Stavridaki le presse de s’engager comme lui dans l’action  
 
pour sauver les Grecs du Caucase (p.11). Zorba ironise sur son savoir 
 
 livresque (p.246) et le juge « pourri  par ces sacrés bouquins » (p.94)  
 
dont son paradis sera bourré (p.173). Il lui conseille même un jour de « brûler ses livres » (p. 11) 
 

 
 
c) Le désir d e se libérer des livres et de changer de vie 
 
Piqué par les moqueries de Stavridaki, le narrateur a vu plus clair 
 
 en lui et décidé de changer de vie. C’est pourquoi il a loué une mine de 
 
 lignite abandonnée en Crète. Ainsi, il pourra vivre dans l’action au contact 
 
 de gens simples : « Je luttais…à la chair. » (p. 14-15) 
 

 
 
II-La lutte pour se libérer des religions et des idéologies. 
 

 
 
a) La lutte contre Bouddha 
 
Enfant, il a failli se jeter dans un puits après la lecture d’un conte 
 
 à l’école : (p.199, 200) « J’eus un frisson…de le terre. » 
 
 Sa libération commence par la lutte contre le Bouddhisme  
 
sur lequel il poursuit une réflexion depuis deux ans (p.15) et   
 
dont il entreprend de se libérer par l’écriture. 
 
Au départ, il a été tenté par l’ascèse bouddhique et le renoncement  
 
à tout, même à la satisfaction des besoins élémentaires, comme voie  
 
du bonheur que propose le Dialogue de Bouddha et du Berger. (p. 26-27). 
 
 Il a envisagé la retraite dans la solitude. (p. 33) « Je m’arrêtai…Quand ? »   
 
Il a comme la vision du Nirvana en voyant une fumée se dissiper dans les airs :  
 
(p.56) « Je suivais…certitude. » Mais, peu après, la vision du ciel étoilé  
 
et son union avec les éléments font naître en lui le désir de se libérer  
 
des vaines angoisses métaphysiques et d’échapper à Bouddha : (p.67-68)  
 
« Les étoiles…temps encore. » A partir de ce moment, le combat se poursuit.  
 
La voix de Bouddha, déclenche en lui une sorte de panique en lui apparaissant  
 
comme la « mélodie du tigre ». L’écriture apporte alors un moyen de libération :  
 
(p.76-78 ) « La mer…manuscrit » . Il progresse dans la rédaction du manuscrit  
 
et  cela lui donne la certitude d’une libération prochaine : (p.91) « J’ouvris…libre. » 
 
Même si on le voit encore lutter contre l’obsession de la veuve en copiant un  
 
chant bouddhique sur la femme (p.132) : « Qui donc …sur eux. », les conseils 
 
 de Zorba se fraient en lui et la lutte contre Bouddha prend l’aspect d’une lutte à mort.  
 
De même, Les poèmes de Mallarmé lui paraissent exsangues. L’écriture tient lieu, 
 
 contre Bouddha, d’exorcisme efficace et lui donne la certitude de sa délivrance : 
 
 (p.154-157) « Le sommeil…dès l’aube. » 
 
Un livre sur l’ascèse pratiquée par les moines tibétains lui rappelle la nécessité 
 
 de se libérer de tous ses fantômes : (p.207-208) « Je sortis…des idées. » 
 
 Il retient cependant l’idée que la concentration de l’esprit sur une seule  
 
et même chose peut accomplir des miracles. (p.209) 
 
Le lendemain de ses amours avec la veuve (nuit du dimanche de Pâques)  
 
il éprouve un bonheur physique et moral qui lui fait éprouver son harmonie  
 
avec le monde et lui donne le sentiment de sa délivrance. Il peut alors ordonner 
 
 la dissolution, en lui, de Bouddha et ficeler  son manuscrit  achevé : (p.269-271)  
 
 « Toute la joie…se dissoudre en moi. »  
 

 
 
b) La dissolution des utopies socialistes et des grands idéaux. 
 
Sans oser en parler à Zorba, le narrateur a formé le rêve d’une communauté  
 
socialiste. (p.64) « Au début…nouvelle vie. » ces rêves remontent à l’enfance : 
 
 (p.65) «  j’étais dévoré…quichottesques. » Zorba  devine et désavoue ces 
 
 projets qu’il juge irréalistes. Il affirme la nécessité de la crainte et du 
 
 respect que le patron doit inspirer à ses ouvriers. (p.64-65). Ces rêves 
 
 tenaces évoluent sous la pression des faits mais font encore l’objet des  
 
moqueries de Zorba (p. 210-211) « Ecoute…fariboles ! » Ils se réduisent a 
 
u moment de la séparation à  un rêve de retrouvailles dans un monastère sans  
 
Dieu : (p.334-335) « -Ne te chagrine …fermer. » 
 
De la même manière, il s’est délivré des mots « amour », « espérance »,  
 
« patrie » qui lui sont apparus comme des pièges  dans lesquels il ne fallait 
 
 pas tomber, tout comme le mot « éternité ».(p.200) 
 

 
 
 c) La lutte contre l’éternité promise par la religion. 
 
Dans sa jeunesse, il s’est révolté contre la religion. Cette révolte,  
 
avec le temps, s’est atténuée et a fait place à un sentiment de jouissance  
 
esthétique quand il se rend aux fêtes  orthodoxes solennelles : (p.197)  
 
« Depuis bien des années…art. » Sa foi est « une mosaïque d’incrédulités » (p.109),  
 
      mais la conversation avec la mère supérieure du couvent de la très sainte Egorgée 
 
 le hérisse quand elle mesure  à l’éternité les dix ou quinze ans de souffrance de sœur Eudoxie, 
 
 atteinte du haut mal. (p.198) « Nous parlâmes…qui passent. » Pour lui l’éternité est dans 
 
 chaque minute qui passe. Le mot éternité comme le mot Dieu fait partie des puits 
 
 dans lesquels il a failli tomber. Il doute de l’existence de Dieu et ne sait comment 
 
 la concilier avec le problème du mal Sadp. 31) « Que comprendre…Personne. »  
 
Il éprouve de la compassion pour le monde et les hommes dont la vie lui semble 
 
 « une fantasmagorie du néant » (p.24) « mais par moments…l’air pur.» ou comme  
 
une pièce de théâtre (p.38) « La vie…pinceau .» Par un jour de pluie, 
 
 il sent s’abattre sur lui un chagrin où il discerne une peur panique 
 
 devant la certitude de la mort : (p.106-107)) « Aujourd’hui…et les ronge. »  
 
Au monastère de Notre dame de la Vengeance, il ne peut trouver  
 
le sommeil en entendant les funèbres mélodies du Lundi Saint dominées 
 
 par les chants des rossignols et partage la détresse humaine du  
 
Christ montant au Golgotha  et le refus de la mort par son coeur humain:  
 
(p.228-229) « Nous nous…Paradis. » Les monastères et les cathédrales  
 
lui semblent des coquilles vides avec la disparition de la vraie Foi  
 
chez les moines et les popes : (p.233) « J’écoutais…et le soleil. » 
 
Il ne sait que répondre aux questions de Zorba et ne peut que  
 
lui avouer l’ignorance dans laquelle se débat l’homme : (p. 303-304)  
 
« -Est-ce que…Je me tus. » Il doute de l’immortalité de l’âme  
 
et s’interroge sur notre soif inextinguible  d’immortalité, preuve,  
 
non de notre immortalité mais « de ce que, pendant le court instant  
 
où nous respirons, nous sommes au service de quelque chose d’immortel ? » (p.306) 
 
Face à ces ignorances et à ces incertitudes, il a opté pour le rejet  
 
de l’éternité  et choisi de vivre chaque minute de cette vie comme 
 
 la seule, en prenant un bain nocturne après le dialogue avec 
 
 la supérieure mais il n’est pas sans contradictions dans sa recherche 
 
 du bonheur et il lui reste à trouver les voies qui y conduisent. 
 

 
 
III- La quête d’une sagesse de vie. 
 

 
 
a) La lutte pour réconcilier le corps et l’esprit. 
 
1) La lutte contre le désir : 
 
Conscient que les livres l’ont éloigné de la vraie vie, le narrateur  
 
a conçu le désir de se mettre à l’école de Zorba qui le fascine 
 
 pour son aptitude à vivre en harmonie avec l’univers (p.154), et  
 
de réconcilier en lui l’âme et la chair : (p.89) « Ma vie…ces deux  
 
ennemis séculaires. » Mais il lui reste un long chemin à parcourir  
 
pour y parvenir. La vue de la veuve a fait naître en lui un désir  
 
immédiat qui devient obsessionnel (p. 114) Mais il se dérobe et s’irrite 
 
 des conseils de Zorba tout en sachant qu’il fait fausse route (p.118-119) 
 
 « -Patron…J’étais descendu si bas que si j’avais eu à choisir entre tomber 
 
 amoureux d’une femme et lire un bon livre sur l’amour j’aurais choisi le livre. » 
 
 Zorba insiste et revient à la charge (p.119-120) « -Ne calcule donc pas… 
 
il n’y en a pas ! » Mais il l’interrompt sèchement pour fuir. L’obsession ne 
 
 cesse cependant de grandir en lui et il lutte en copiant  un chant bouddhique 
 
 (p.132) « Qui donc… de reproche. » Mais il s’épuise dans une lutte vaine  
 
 contre ses désirs charnels (p.133)  Le soir de Noël Zorba l’incite à nouveau  
 
à rejoindre la veuve mais le narrateur, agacé, le fait taire (p.134) » Il tente  
 
de se convaincre que le bonheur consiste à éviter tous les pièges et à vivre  
 
en harmonie avec l’univers loin des hommes. (p.139) «  voilà… conte de fées. »  
 
Au repas de Noël, les attentions de Bouboulina pour ses deux invités l’émeuvent 
 
 jusqu’aux larmes et lui font mesurer le vide de sa vie : (p.137) « Soudain… de tout. » 
 
 Le matin  du jour de l’an, la veuve est la première personne qu’il croise sur  
 
la route du village. Son trouble extrême le paralyse . Il choisit la fuite une fois 
 
 de plus et trouve l’apaisement dans la contemplation d’un amandier en fleurs  
 
(p.143-144) « Je pris…Paradis. » 
 
Zorba qui  se rend chez Bouboulina le trouve et, jouant le rôle de tentateur  
 
 lui décrit le grain de beauté de la veuve  mais comme précédemment le narrateur 
 
 l’interrompt et presse le pas. (p.146). Au retour, en passant devant le jardin de la veuve, 
 
  Zorba se moque  des craintes du narrateur (p.153) 
 
2) La naissance d’une complicité et les concessions au désir : 
 
Les menaces de mort contre la veuve, après le suicide du fils Mavrandoni,  
 
déclenchent une réaction indignée du narrateur (p. 186-187) « -Il s’est noyé…les hommes. » 
 
 Une complicité s’établit entre le narrateur et la veuve et se développe. La veuve 
 
 lui envoie un panier d’oranges pour ses bonnes paroles. Le narrateur, avec ses  
 
remerciements, lui fait parvenir des conseils de prudence. Il mange une orange  
 
et s’abandonne à des rêves heureux qui sont comme un consentement à son désir (p. 189)  
 
« Soudain… femme. » 
 
3) La reprise de la lutte et la défaite progressive : 
 
Le narrateur tente ensuite de dissiper son malaise et de tromper 
 
 son désir par une marche dans la montagne (p.190) « Il soufflait… printanier. »  
 
mais les souffles du printemps lui font ressentir l’urgence de vivre l’instant 
 
 présent (p.193) et le conduisent  à rejeter, peu après, l’éternité que lui propose 
 
 la mère supérieure du couvent. Le bain nocturne qui suit exprime son   
 
consentement aux joies du corps et son besoin immédiat de les savourer dans l’instant. (p.200) 
 
4) Le triomphe du désir. 
 
L’après-midi de Pâques, peu après le départ de Zorba vers le village, 
 
 le narrateur, mû par le désir et par son inconscient agit en somnambule  
 
et se rend chez la veuve. Le désir l’emporte sur ses dernières peurs : (p. 267-268) 
 
 « Je voyais...viens ! » L’assouvissement des désirs auxquels il a longtemps résisté  
 
lui procure une sensation de légèreté, de bien-être physique et moral, d’accord 
 
 avec le monde (p.269-270) Il est délivré de ses angoisses métaphysiques.     
 
 Son corps et son âme semblent enfin réconciliés « Je me couchai…c’était fini. » 
 
5) ses réactions restent celles d’un intellectuel plus spectateur qu’acteur. 
 
De même qu’il s’est insurgé contre l’appel à la vengeance et au meurtre  
 
contre la veuve (p.186-186), il tente au moment tragique, de se porter à son secours  
 
mais il chute malencontreusement dans sa course. Relevé par le berger Sifakas, 
 
 il intercède pour elle mais semble incapable d’intervenir efficacement pour la  
 
défendre contre ses agresseurs. Après l’intervention de zorba, il s’élance 
 
 à son secours, quand Manolakas le mord à l’oreille mais Zorba le renvoie (p.278). 
 
 Il assiste  au drame en spectateur impuissant. Après la mort de la veuve, ses  
 
réactions restent celles d’un intellectuel. Certes il pleure comme un enfant (p.277) 
 
 mais par une série de raisonnements généraux et abstraits parvient à concilier  
 
la mort de la veuve avec les lois de l’harmonie universelle, de l’histoire des 
 
 civilisations et de l’univers. La tragédie se trouve comme rejetée dans le passé 
 
 lointain de la civilisation minoenne (p.281) et il sombre dans le sommeil. Il se sent  
 
lui-même honteux devant le chagrin de Zorba (p.282). Le recul dont il dispose, 
 
 au moment de l’écriture du récit, lui permet de déplorer et de condamner sans  
 
ambiguïté  cette réaction d’intellectuel. Son chagrin paraît superficiel par rapport 
 
 à celui de Zorba qui laisse éclater sa révolte et déverse sa fureur dans le travail 
 
 et sur ses ouvriers en restant sans boire ni manger pendant plusieurs jours. (p.281-282)    
 
 Quand il repasse devant le jardin de la veuve, en se rendant au chevet de Bouboulina,  
 
les souvenirs l’envahissent, son cœur se serre mais sans se briser (p.288-289). 
 
Malgré tout,loin d’être indifférent, il fait preuve d’intuition en voyant partir Zorba  
 
vers le village.Il évite un nouveau drame en jouant un rôle d’arbitre efficace et fin  
 
diplomate, avec sa connaissance de la mentalité crétoise, dans la réconciliation de Zorba  
 
et Manolakas. Il sait ménager et flatter le sens de l’honneur de Manolakas et faire 
 
 appel aux lois de l’hospitalité. (p.284-287) Il ne reste pas insensible, non plus,  
 
devant l’agonie de Bouboulina et la cruauté primitive des villageois (p.294)  
 
« Je m’étais assis…otarie malade. » Le chagrin contenu de Zorba semble  
 
cependant tout autre (p.300). Au moment de la séparation, sa libération à 
 
 l’égard de livres n’est  pas achevée et il prévoit de la mener à son terme 
 
 par la méthode de Zorba : la satiété (p. 334) « -Si, Zorba…débarrassé. » 
 

 
 
b- La recherche du bonheur dans l’harmonie avec l’univers. 
 
1) fascination du narrateur pour l’harmonie de Zorba avec l’univers. 
 
Le narrateur envie l’adaptation de Zorba aux êtres et aux éléments et  
 
voit dans cet accord un objectif à atteindre : 
 
Au retour du repas du jour de l’an, au petit matin, Zorba s’assied face à la mer. 
 
 Le narrateur le contemple en admirant son entente avec l’univers (p.154) 
 
 « Le jour …sur la mer. » 
 
A son retour de Candie, Zorba se met à jouer du santouri  et à chanter, 
 
 les ouvriers viennent danser autour de lui pour le plus grand bonheur du 
 
 narrateur (p.205-206) « Il posa…pas d’autre. » 
 
2) bonheur éprouvé par le narrateur dans l’union avec les éléments.  
 
A plusieurs reprises, le narrateur, lui-même, éprouve le sentiment du bonheur 
 
 dans la contemplation de la nature jusqu’à parvenir à la certitude que c’est la 
 
 vraie voie du bonheur. 
 
En regardant Zorba fumer la pipe et en voyant la fumée se dissiper  
 
dans les airs, le narrateur éprouve la certitude du nirvana. (p.56) « Je suivais…certitude. » 
 
Un peu plus tard, c’est la vision du ciel étoilé sur la mer qui lui donne la 
 
 sensation du bonheur et lui enseigne la démarche de libération à accomplir 
 
 pour y parvenir. (p.67-68) « Les étoiles.. . encore. » 
 
A son ami Stavridaki, il écrit qu’il connaît sur son rivage solitaire de Crète  
 
un bonheur fait de joies simples, au contact des éléments éternels,  et 
 
 fait à sa taille : (p.107-108) « Très cher…la même. » 
 
Au retour du monastère, le narrateur, empli d’une tristesse insupportable,  
 
au chant du rossignol, ne parvient pas à dormir. A l’aube, il contemple  
 
la mer et la terre. Il s’émerveille devant la splendeur miraculeuse du 
 
 printemps et l’unité de l’âme et du corps.(p.257-258) « De toute la nuit… 
 
de la même substance. »  
 
Le matin de Pâques, la contemplation de deux mouettes qui se balancent 
 
 sur les vagues lui indique la voie à suivre pour « trouver le grand rythme » (p.264)  
 
 « Je descendis…confiant. » sans vouloir le devancer comme il l’avait fait en aidant  
 
le papillon à éclore (p.141) 
 
Le lendemain, après ses amours avec la veuve, il savoure l’harmonie retrouvée 
 
 de son corps et de son âme et leur accord avec le monde. (p.269) « le rêve… 
 
héritages. » et (p.270) « Je mastiquais…et me taisais. » 
 
De même, paradoxalement, après l’écroulement du téléphérique,  ayant mangé  
 
et trinqué avec Zorba, il éprouve cette union heureuse avec l’univers (p.324-325)  
 
« Ayant trinqué…l’univers. » 
 

 
 
c) fragilité de ce bonheur : L’homme face à ses angoisses et à la nécessité. 
 
Le bonheur que le narrateur trouve dans un accord avec les êtres et les éléments 
 
 reste fragile et menacé. 
 
1) Les questions insolubles et la certitude de la mort. 
 
Le narrateur constate que, comme tout homme, il doit se résigner   
 
à  sa perplexité devant  les questions de la création du monde,  
 
du sens de la vie. Il l’explique à Zorba en lui décrivant les hommes 
 
 comme de petits vers sur la feuille d’un arbre gigantesque, pris de vertige  
 
et de terreur sacrée face à l’abîme : (p. 304) « Nous sommes…terreur. » 
 
 Il lui est pareillement impossible de savoir si notre désir d’immortalité provient  
 
de ce que l’âme est réellement immortelle ou  de ce que « pendant le court instant 
 
 où nous respirons, nous sommes au service de quelque chose d’immortel » (p.306) 
 
 « devant …immortel ? » 
 
Pas d’autre solution, alors pour Zorba et pour le narrateur qui, contrairement à 
 
 ceux qui se tournent vers Dieu, ont opté pour le refus de l’éternité, que de  
 
faire face courageusement à la certitude de la mort et du néant, en affirmant 
 
 leur détachement et leur liberté contre l’aveugle nécessité. 
 
2) La victoire intérieure sur la nécessité.  
 
Après l’écroulement du téléphérique et toutes les catastrophes qui l’ont précédé,  
 
Zorba et le narrateur ressentent une joie paradoxale et absurde, plus de défi et  
 
de révolte chez Zorba, plus de délivrance et de fierté chez le narrateur. Ecrasé  
 
par la nécessité, ayant tout perdu, il découvre « une fierté et une joie indicibles »  
 
à rester debout dans la catastrophe avec le sentiment d’une victoire intérieure et  
 
d’une liberté chèrement conquise. (p.327-328) « Zorba se jeta…dure félicité. » 
 
3) L’effroi devant l’instant suprême. 
 
Dans la catastrophe le narrateur se souvient du récit de Zorba défiant les éléments 
 
 déchaînés dans une petite cabane des montagnes de Macédoine (p.327_328)  
 
« Je me rappelle…crouler ! » Le berger du dialogue de Bouddha et du berger 
 
 lançait le même défi  à la pluie. Pourtant la forteresse où l’homme se retranche  
 
n’est pas inexpugnable. Le narrateur sent son âme bousculée dans ses derniers 
 
 retranchements quand la panique s’empare de lui, à la vue d’un corbeau qui lui  
 
semble présager la mort de son ami Stavridaki (p.331-333). De même il prend peur en 
 
 pressentant la mort de Zorba et reste sans voix devant la terrible certitude.  
 
(p.346-347). 
 
Il sait que l’homme ne peut regarder la mort sans horreur (p.329 « J’allai… ver blanc ? ») 
 
 et que son âme, et même celle de Stavridaki, peut céder à la panique à l’instant suprême.  
 
(p.343) « Parfois… d’immortalisable. » 
 
   
 
 La rédaction de « la légende dorée de Zorba » outre le désir de garder le souvenir  
 
de son ami, est, pour le narrateur, un moyen de poursuivre une quête inachevée, au moment 
 
 de la séparation. Il doit finir de se libérer des livres et promet à Zorba de le faire en  
 
suivant sa méthode de purification par la satiété. (p.334) « Je pars… débarrassé. » 
 
De même il doit briser les fibres qui le lient encore « à la vertu et à l’espérance » en suivant 
 
 la voie tracée par Zorba.(p.337) « Le cœur…larmes . » Au moment des adieux, Zorba déplore 
 
 son manque de folie qui constitue, à ses yeux, le principal obstacle à son bonheur. (p. 336-337)  
 
« -C’est difficile…de nouveau. » Mais le narrateur semble choisir une voie intermédiaire, différente 
 
 de celle de Zorba, une voie qui prenne en compte les limites imposées à l’homme par la nécessité,  
 
par la condition humaine. Cette voie suppose un plus grand contrôle et une plus grande maîtrise de soi.  
 
L’image du cerf volant bien tenu en main  
 
(p.337) « Il s’en …ne s’échappe pas. » s’oppose à celle de la descente sans  frein et  
 
à tombeau ouvert utilisée par Zorba. (p.169) « Vu que…étapes ! » 
 
Cette quête inachevée constitue, semble-t-il, ce qu’il appelle 
 
 « son affaire interminable » (p.341) « Toutes … ni cochons. »  
 
Elle se poursuit par des voyages sur le chemin des souvenirs,  
 
séjours à Berlin, en Engadine sur les lieux de précédents voyages 
 
 avec Stavridaki. Elle s’accompagne d’une forme de solidarité avec  
 
les hommes dans la souffrance. Le souvenir y occupe une place dévorante.(p.343)  
 
« Ainsi…    main. » La pensée de la mort, trop pesante, l’empêche encore 
 
 de vivre pleinement le présent. La rédaction de la « légende dorée de Zorba » 
 
 et la nouvelle de sa mort devraient lui permettre de tourner la page et  
 
de reprendre pied dans le présent. 
 

 
 


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Message Posté le : Aujourd’hui à 05:18 (2017)    Sujet du message : Alexis Zorba commentaires de Jean Pierre Le Blond

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