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Une scène à la forge, puis à l'auberge
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Dan.L
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Message Posté le : Sam 29 Sep - 22:38 (2012)    Sujet du message : Une scène à la forge, puis à l'auberge Répondre en citant

Le bruit cadencé de la forge les réveille dès l’aurore : eux, et la quasi- totalité du quartier. Deux coups sourds et retenus sur l’enclume, un coup fort et clair sur  la pièce de fer brut qu’on nomme le saumon, chauffée au rouge.
Malgré la chaleur de l’âtre de la forge qui rougeoie, l’accueil de leur père  Jehan l’Aîné, est loin d’être chaleureux, il est glacial même. Il faut dire  qu’ils sont largement en retard.
Les cheveux blonds roux attachés par un lacet, la moustache gauloise, le regard franc et assuré dans un visage buriné et noirci par le feu, le père Lemarchand frotte ses mains larges comme des battoirs à son épais tablier de cuir et d’un geste les envoient vers leurs tâches respectives. C’est le genre d’homme qu’on hésite à contrarier ! Sa force tranquille, certes teintée de bonhomie, incite à surveiller ses actes et ses paroles, les garçons se mettent à l’ouvrage sans tergiverser.
Robert est  trop jeune pour taper sur l’enclume, il aide Bertran, le compagnon forgeron qui tire la chaîne de l’énorme soufflet dont la large poignée accepte quatre mains. Un feu digne de l’enfer éclaire l’atelier comme en plein midi. Les pièces de l’ancre sont déjà au feu. Bertran, tout en actionnant le soufflet, surveille  l’exacte coloration du métal. Ce matin, on soude au feu les deux parties de l’ancre d’un bateau qui sortira au printemps des chantiers de Maître Thibault Fesquet.
 Jehan a déjà une bonne expérience. Il a le privilège de taper avec son père sur les pièces de métal pour leur donner forme. C’est un travail qui demande force et maîtrise, et surtout d’avoir  confiance en son compagnon : à chaque frappe, le marteau frôle tantôt la tête du père, tantôt celle du fils.
Pour forger une grosse pièce comme celle-là, il faut des renforts : Nicolas Lepeudry, le Garde- Métier*, Maître de forge de Barneville et Richard Boulland de la vieille forge de la rue Varin se tiennent là, prêts, la masse à portée de main. A l’instant précis où le métal atteint  l’exacte coloration, les pièces sont vivement tirées du feu et la danse des marteaux commence. Muni d’une longue baguette de métal, le père Lemarchand, d’un geste vif touche l’endroit exact où doit s’abattre le lourd marteau, indiquant du même geste l’angle de frappe. La cadence est infernale mais comme on dit à la forge “ il faut battre le fer tant qu’il est chaud!” Les marteaux s’abattent chacun son tour, sans jamais perdre la cadence. De temps à autre, on remet les pièces au feu, ce qui donne quelque répit, le temps de descendre quelques pintes de cidre coupé d’eau.
 Vers le milieu de la matinée, le père Lemarchand  lève la main et donne le signal de la pause. Le silence est assourdissant après tout ce bruit et il leur faut un bon moment avant d’entendre normalement. Enfin, peu à peu les cris de la rue qui, leur parviennent à nouveau.
Le père Lemarchand,  se penche sur le baquet de bois cerclé de fer qui se trouve près de la porte et de sa large main s’envoie une goulée d’eau sur la figure pour se rafraîchir. Puis, il quitte ses sabots pour enfiler ses chaussons de feutre. Tous les autres en font autant.
Les voilà qui descendent la rue en colonne par deux ; çà prend toute la largeur ! Le porteur d’eau doit se blottir dans l’encoignure d’une porte pour leur céder le passage. Arrivé en bas il traverse la Rue Neuve pour entrer en face chez la mère Nezan. Il faut descendre une marche pour franchir le seuil de la taverne de la mère Nezan. On dit « l’auberge du Cheval Blanc », à cause de Maître Saulnier dont le cheval de cette couleur est presque toujours attaché à l’anneau du mur de la taverne, attendant d’un sabot impatient son maître qui passe là le plus clair de son temps. Ce nesit pas la seule taverne de la rue, outre celle de Lynford qui se trouve presque en face, on trouve un peu plus haut la taverne des Bagues d’Argent. Il faut que depuis qu’on a reconstruit L’église Sainte Catherine le quartier ne manque pas d’animation.
 La porte de l’auberge du Cheval Blanc se compose de deux parties indépendantes. Le père Lemarchand pousse du pied le bas de la porte qui résiste toujours un peu puis, ouvre le haut d’un coup de coude qui l’envoie heurter violemment le mur.
Ils entrent, chez la Mère Nezan, par ordre d’importance, comme il se doit: Le père Lemarchand d’abord, puis le Garde Métier Nicolas Lepeudry, Richard Boulland, puis Jehan, son frère Robert et enfin, Bertran.
- Je sens pus ma force! S’excuse le père Lemarchand, en guise de bonjour.
Les fenêtres étroites à guillotine, selon la mode anglaise, laissent à peine  filtrer le jour, au travers de leurs carreaux en cul de bouteille, Cela les oblige à attendre chacun leur tour, sur le seuil, pour que leur vue s’habitue un peu à la demi obscurité.
La mère Nezan lâche le tisonnier avec lequel elle remuait les bûches dans la cheminée et se tourne vers les arrivants. On ne fait pas attendre le Père Lemarchand, son statut de Maître de Forge en fait un personnage important au sein de la communauté des gens de mer.
- qu’est- ce que je vous sers, les gars? J’ai du hareng mariné qui m’reste!
Elle fait les demandes et les réponses si bien que, comme toujours et faute de connaître le contenu de son garde -manger, on est bien obligé d’accepter ce qu’elle propose!
- Ben, çà nous va! Répond le père Lemarchand pendant qu’ils installent tous les six à l’un des bouts de la grande table qui occupe le centre de la pièce.
 Chacun pose son bonnet de laine sur son genou et son couteau à côté du tranchoir de terre cuite qui sert d’assiette. Une servante, lâche son ouvrage, vient  déposer sur chaque tranchoir, une large tranche de pain à la mie brune et serrée tandis qu’une autre  claque sur la table une terrine vernissée de brun dans laquelle les filets de harengs, roulés sur eux- mêmes, baignent dans le vinaigre, agrémentés de persil, d’oignons et de sauge. L’odeur forte du poisson mêlée à celle, acidulée, de son ensaucement, leur met l’eau à la bouche. De la pointe de son couteau, le père Lemarchand pêche un à un les filets odorants et les dépose sur les tranches de pain qui s’imbibent du jus. La Mère Nezan s’approche prestement par derrière chacun d’eux et saupoudre de poivre long moulu leur pitance. Ce poivre provient de la petite boite d’étain fermée d’un cadenas, elle- même enfermée dans un coffre verrouillé: c’est la réserve personnelle que le père Lemarchand entreient chez la Mère Nezan et qu’elle ne doit utiliser que pour leur seul usage. Parmi ces produits, trop rares et bien trop coûteux pour le commun des mortels, on trouve outre le poivre long, de la graine de Paradis ou maniguette, et un peu de poudre fine pour agrémenter les ragoûts.
Les premières bouchées avalées, Jehan regarde autour de lui : ils sont seuls dans la salle de l’auberge.
- Ben oui, mon gars, dit la Mère Nezan qui a surpris son regard, c’est la pleine mer. Y sont tous sur le port à....
Elle n’a pas le temps d’en dire davantage: la porte s’ouvre à la volée, sur un matelot emmitouflé d’une cape de bure où s’accrochent des gouttelettes d’eau qu’il s’empresse de secouer à la façon d’un chien qui s’ébroue. C’est Vent du Nord. Il est si large et si haut que la pièce semble plus petite tout d’un coup. Il se tient là, tête baissée pour ne pas se cogner aux poutres du plafond trop bas pour lui… Il enlève son bonnet de laine et découvre  ses cheveux blonds et bouclés qui paraissent presque blancs sur son teint buriné. Ses yeux d’un bleu très pâle, comme lavés par la mer, semblent aussi trop clairs dans son visage de grand enfant un peu simple.
On avait trouvé Vent du Nord, quelques dix ans plus tôt, au quai de la Planchette. Il était vêtu de haillons et n’avait souvenir de rien ni de lui- même. Peut-être était-ce le vent qui l’avait déposé là? Les marins, en rentrant de la pêche, l’avaient aussitôt adopté. Depuis, selon son humeur ou les nécessités du moment, il aide à la débarque, furète partout, au courant de plus d’un secret. Il dort le plus souvent dans un coin de la forge où sa force colossale qu’il a bien plus solide que le raisonnement, rend de nombreux services.
-Ya le Notre Dame qu’est au large, annonce-t-il, avant de se laisser tomber sur le premier siège venu.


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Message Posté le : Sam 29 Sep - 22:38 (2012)    Sujet du message : Publicité

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